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Saturno Contro par Eowyn Cwper

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Il y a des manières de s’imposer. Par exemple, cette critique s’impose mal : elle démarre fort et de mauvaise humeur. C’est un peu la même chose dans Saturno Contro où Özpetek balance des interactions sans contexte qui vont amener les personnages à vite se rentrer les uns dans les autres. S’il visait l’agitation thermique avec ces collisions, il jette plutôt un froid, car on a vite soupé des intrigues sentimentales, des cachotteries et des mesquineries.

Il est des liens entre les personnages qui donnent l’impression de devoir être évidents pour tout le monde, mais beaucoup sont en fait très peu clairs. Ils sont entretenus avec un soin collant et un œil télévisuel de la même manière qui servira au prochain non-dit, au mensonge suivant.

[Spoilers] Tout cela, c’est le décor qui donne matière à un décès, mais il n’y a pas de force dans les personnages, sauf quand ils sont entretenus par Pierfrancesco Favino et Serra Yılmaz. Même Milena Vukotic ne se trouve pas dans son infusion médicale cynique d’une bienveillance qui a ses limites. Tout se décoince avec Luigi Diberti, père endeuillé qui débarque dans la vie de feu son fils, même si on ne prend pas plus la peine d’expliquer sa raison d’être. Il essaye de comprendre, et cette extraspection discrète exsude une ambiance un peu grise mais déjà bien plus charmante.

Le cercle des amis, qui se constituait par exemple d’une droguée instable et d’un mari accomodant, se développe sur le tard et révèle de vraies sensibilités – les exemples deviennent miraculeusement une jeunesse qui se cherche et un âge mur qui ne se trouve plus.

[Spoilers] Je trouve qu’Özpetek manie mal ce qu’il choisit de cacher. La mort est précédée d’une agonie d’où le mourant lui-même est absent, comme si on n’avait pas confiance en le spectateur pour comprendre ses propres émotions. Ou alors il aurait dû en cacher plus, puisque la partie austère et hospitalière n’est finalement qu’un long contexte pour une reprise en main émotionnelle purgée de ses scènes de ménage. Les avoir enlevées ne crée même pas de vide particulier. Pas de sentiment de vide, en tout cas, car elles laissent bien leur place pour une poésie de l’amitié dont on se demande pourquoi elle n’a pas toujours été là.

Quantième Art

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