Une galaxie morbide et onirique

Avis sur Satyricon

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Avec Satyricon, Fellini poursuit l'entreprise d'émancipation commencée avec la Dolce Vita, il se libère de tout cadre scénaristique, esthétique et moral pour laisser place à une imagination débordante. Illustration sublime de la décadence, le Satyricon est un long poème dissonant, aux allures de science fiction, peuplé de morts vivants tout droit sortis d'un cauchemar. Fellini reprends la structure narrative du roman, à savoir une structure éclatée, brouillée, comme dans un rêve où les scènes n'ont pas de lien direct les unes entre elles ce qui, dit il, laisse libre court à l'imagination du spectateur.
Progression logique dans la filmographie de Fellini, Satyricon s'inscrit dans un triptyque composé de la Dolce Vita et de Casanova, les 3 films consentant à des renvois mutuels innombrables tenant soit aux personnages, imposteurs aux aspirations artistiques, soit à l'univers et à la faune qui les peuple, on ne citera qu'un exemple : L'énorme poisson péché sur le bateau de Lichas, qui n'est pas sans rappelé celui qui échoue sur la plage à la fin de la Dolce Vita et la fameuse baleine de Casanova. On relèvera le rôle étonnant de la mer, qui fait figure d'infini et d'inconnu, elle clôture même le récit des 2 premier film cités.

Pour en revenir à Satyricon, c'est un film hanté par la mort, la décrépitude se manifeste sur le corps des personnages, blafards et rachitiques, mais aussi sur les décors qui montrent une Rome en ruine, dont les habitants se réfugient dans des cavités souterraines, tombeaux de la civilisation. Cet éclatement, total donc, se retrouve aussi dans la mise en scène et le montage, où Fellini brise la continuité des plans ou de l'intrigue avec habileté et jouissance, érigeant le faux raccord en véritable figure de style poétique.
Le film, sur ce point, est ancrée dans les années 60, sa culture underground, sa remise en question des valeurs traditionnelles, et sa libération sexuelle auxquelles le film fait écho de façon évidente. L’identité sexuelle des personnages est floue : travestis ou bisexuels, il est difficile de distinguer le vrai du faux, l'imposture de la sincérité, dans le brouillard poisseux du Satyricon, qui nous encercle dans son atmosphère morbide. Leitmotiv de Fellini, l'imposture est également morale, sociale et artistique, comme l'illustre le personnage de Trimalchion, l'esclave-ignare devenu maître-poète. L'idée de fresque poétique est encore soulignée par la présence de rimes visuelles ou scénaristiques donnant l'impression que le récit se mords la queue, qu'il n'a ni début ni fin.

Alors que le film met en scène des personnages hédonistes animées par une faim insatiable de vie, Satyricon est un film qui pue la mort, où la chair est pourrie comme en témoigne la scène finale. Fellini, alors au sommet de sa carrière, réalise une véritable oeuvre d'art, qui donne au fantasme intime une dimension monumentale, et illustre toutes les obsessions, les doutes et les peurs qui jalonnent l'oeuvre de son auteur.

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