Attrape-couillons

Avis sur Sausage Party : La vie privée des aliments

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On en a fait toute une histoire, de ce film. Ultrasubversif, condamné par la Manif pour tous, fortement déconseillé aux mineurs… Et ce avant même sa sortie en salle !
Mais ce scandale n’est finalement qu’une preuve supplémentaire d’un puritanisme totalement ubuesque de la part des populations.

OK pour la sexualité qu’on ne pouvait pas rendre plus explicite, notamment sur la méga-partouze finale, mais franchement, qui cela va-t-il choquer à part les pauvres femmes de curé avec un baobab dans les fesses ? Enfant – voire ado – on a tous joué avec la nourriture, et surtout à des jeux pornos, avec toutes ces perspectives de trous et de turgescences, en bon petits frustrés que nous étions. Et que dire de ce geste de pénétration avec les doigts, le comble de l’absurde dans un film se voulant subversif.

Dans sa dimension satirique, là encore, Sausage party veut aller très loin en faisant du supermarché une parabole de la société américaine puritaine, mais son problème est qu’à vouloir trop en dire, il se prend les pieds dedans, et si on comprend globalement où le film veut en venir, on ne sait vraiment plus à quoi se rattacher pour suivre le fil, tant les métaphores alimentaires sont nombreuses. Entre la croyante un peu débauchée repentante, les conflits israélo-palestiniens, le saphisme, l’antisémitisme, le racisme latent, le scepticisme, la théorie du complot, la mafia… On frise la surcharge pondérale, d'autant plus quand tout ça est enrobé d'une sauce graveleuse et trash dans chaque plan de chaque scène. Si ce genre d'humour est à encourager tant qu'il permet d'aller à rebours d'une vision du rire coincée et anti-bergsonienne, en saturer un film comme ça le rend bien vite indigeste.

Si certains détails assez glauques dans l’animation (impeccable au demeurant) renforcent un sentiment de malaise (les innombrables yeux de la pomme de terre, les faciès boutonneux ou très enrobés de la plupart des protagonistes humains, le design général d’un visage collé sur à peu près n’importe quoi…), ça ne se justifie pas pour autant dans l’esprit général du film, qui ne se destine pas à donner du malaise pour changer les esprits, mais plutôt à faire prendre conscience de certaines lacunes sociales.

Dans cette perspective, il est vrai que le cinéma a le pouvoir, à l’instar de la littérature ou la musique, de changer la vision du monde et d’ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure. Mais qu’est-ce que Sausage Party a de vraiment exclusif à nous apprendre, sinon des états de fait ? Rien de ce que dénoncent Conrad Vernon et Greg Tiernan n’est vraiment une nouveauté et n’a la réelle possibilité de révéler quoi que ce soit, puisqu’on en a déjà conscience. Quel est donc le but de ce film, sinon de se complaire dans l’idée que les moutons fermés d’esprit sont des cons sans esprit critique qui ferment les yeux à tout raisonnement logique (ce qui n’est pas faux, mais n’a aucun intérêt à être montré à l’écran) ?

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