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Sausage Party : La vie privée des aliments par Cinemaniaque

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Je ne le cache pas : l'humour bête et méchant, moi j'aime bien. Y compris quand c'est trash. Autant dire qu'avec ce Sausage Party, j'ai été rassasié.

Je dis pas : tout le monde n'appréciera pas l'enfilade de "fuck", les gags un peu gras souvent lourds, les allusions sexuelles qui deviennent des normes et autres massacres joyeusement gores. Il n'empêche : Sausage Party possède pléthore de qualités, et ce serait dommage de crier au scandale sous prétexte qu'il est en apparence un peu vulgos, vachement beauf.

Déjà l'animation est superbe, pas seulement parce qu'elle est propre et fluide pour un "petit budget" mais parce que rarement les décors auront été aussi bien pensés dans un dessin animé : le supermarché est un univers à part entière, avec ses rayons qui représentent autant de pays différents - et qui, visuellement, sont parfaitement dissociables les uns des autres ! Pas de répétition, pas d'épure, tout est baroque, extravagant, outrancier à l'image de l'humour du film. Et l'apparente simplicité des personnages-aliments ne fait jamais que renvoyer à ces cartoons des années 40 (on le sent surtout dans les mouvements amplifiés des corps), ces cartoons signés par Tex Avery ou Chuck Jones. Et oui, je sais qu'il y a des bruits de couloir autour d'heures impayées, de conditions de travail déplorables et d'abus en tous genres - ce qui est commun à de très nombreux films, de la plus petite production belge à Apocalypse Now, so what ?

Certes, les gags volent souvent très bas dans Sausage Party, mais leur sous-texte est bien plus percutant qu'on ne pourrait le croire. D'une part, le film évoque constamment des sujets qui fâchent frontalement (l'homosexualité, la religion, les conflits territoriaux) ; d'autre part, Sausage Party assume jusqu'au bout son parti pris. Car on parle d'animation là, le seul genre où chaque décision est mûrement réfléchie vu ce que ça coûte.En outre, et c'est la clé de compréhension du film : ce film s'adresse aux adultes de plus de 25 ans. Tout est centré sur ce public-cible, moins au niveau de l'humour que de leurs références culturelles : Toy Story, Meat Loaf, Terminator 2, Il faut sauver le soldat Ryan ne sont que des repères culturo-historiques générationnels, celle de Seth Rogen qui ne cesse de s'interroger, l'air de rien, sur ce qui déconne dans notre monde. Et c'est moins sur la blague potache israelo-palestinienne que sur la critique des USA qu'il faut s'attarder : de la malbouffe à la vision étriquée des autres nations (les asiatiques bridés, les mexicains mafieux) à la satire (le pommeau de douche vaginal sous stéroïdes dans un pays qui ne jure que par l'esthétique des corps) en passant par sa propre Histoire (Firewater et son récit selon lequel il était le premier produit du supermarché avant d'être parqué dans un rayon lointain...), Seth Rogen dézingue tout et tout le monde, y compris son propre pays.

Parfois borderline, toujours subversif, Sausage Party affiche au final une audace narrative dissimulée sous une bonne couche de gras, mais qu'il ne faudrait pas sous-estimer pour autant. En s'adressant à la génération Obama et tous ceux devenus adultes "responsables" sous sa présidence, Rogen titille les consciences à grands renforts de gros mots et situations improbables. Mieux, il réalise une oeuvre beaucoup plus engagée que celle de nombreux artistes qui se disent de gauche, et ce sans jamais se départir de sa patte scato-divertissante. Marcel Duchamp se serait fendu la poire.

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