La ville qui craignait le crépuscule.

Avis sur Scream

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En état de mort cérébrale à la fin des années 80 suite à une surabondance de productions de plus en plus navrantes et à un manque d'intérêt d'un public privilégiant une horreur plus "mainstream" (les franchises à la Friday the 13th se casseront la gueule alors que les grosses productions deviendront plus graphiques), le genre extrêmement codifié du slasher renaîtra finalement de ses cendres sous l'impulsion d'un scénariste inconnu et d'un cinéaste inégal mais ayant offert aux spectateurs de grands moments de trouille.

S'inspirant de son amour pour le cinéma d'épouvante et d'un massacre ayant défrayé la chronique dans les années 80 (celui d'étudiantes dans la ville universitaire de Gainesville), le scénariste Kevin Williamson a donc l'idée d'un long-métrage respectant scrupuleusement les codes du genre, tout en jouant avec les attentes des spectateurs et en apportant à l'ensemble une touche d'ironie et d'humour noir, à mi-chemin entre l'hommage et le pastiche. Le script fera l'objet d'une féroce bataille entre différents studios et atterrira finalement entre les mains de Bob et Harvey Weinstein, via leur boîte de production Dimension Films, spécialisée dans la série B à moindres frais. Après une valse des cinéastes ayant vue passer Robert Rodriguez ou encore Danny Boyle, la mise en scène du bébé est confiée au maître de l'horreur Wes Craven, connu pour une poignée d'oeuvres marquantes comme The Last House on the Left ou A Nightmare on Elm Street mais à l'époque en sérieuse perte de vitesse.

En le revoyant aujourd'hui, près de vingt ans après sa sortie (je me souviens encore d'avoir acheté un billet pour cet étron de Speed 2 pour mieux me faufiler dans la salle projetant le film interdit aux moins de seize ans avant de me faire prendre et de devoir subir l'atroce blockbuster de Jan de Bont), on ne peut nier l'influence qu'aura eu le succès de Scream (anciennement Scary Movie) sur le reste de la production, permettant au teen-movie et au slasher en particulier de revenir sur le devant de la scène, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Pur produit d'une époque où le spectateur, abreuvé de VHS en tous genres, prend un malin plaisir à étaler sa cinéphilie et peine à être surpris, Scream tente une approche intéressante, qui n'est bien évidemment pas sans rappeler celle d'un certain Quentin Tarantino ou de Kevin Smith, auteurs à l'immense culture ayant toujours eu à coeur de s'atteler à un genre pour mieux le déconstruire à grands coups de références. Un post-modernisme bicéphale, capable d'engendrer le meilleur comme le pire, apte à surprendre le public tout autant qu'à agacer les puristes d'un cinéma plus premier degré.

Le bon côté d'une telle méthode, est qu'elle permet aux auteurs de jouer avec leur audience, avec les attentes de fans souvent blasés par une formule éculée, en brouillant sans cesse les pistes. C'est exactement ce que fait Scream, jeu de massacre ludique et fun, whodunit prenant et souvent drôle qui prend un malin plaisir à pervertir les codes jusqu'à une révélation finale malheureusement pas franchement à la hauteur, plus ridicule qu'autre chose.

Là où le bat blesse, c'est qu'à force de multiplier les références (et pas d'une manière franchement subtile), à force de jouer au petit malin, Scream fini par se mordre la queue, voire par irriter. Sans cesse abreuvé de noms plus ou moins connus et de titres de films, le spectateur peut finir par se détacher d'un spectacle trop sûr de ses effets et virant à la farce, de protagonistes conscients qu'ils sont dans un film d'horreur. Un aspect cynique et roublard qui aura malheureusement raison d'un genre autrefois peut-être moins imaginatif mais diablement plus honnête.

Loin de la maîtrise formelle d'un Halloween premier du nom, Scream bénéficie cependant du savoir-faire de Wes Craven, compensant une patine visuelle passe-partout par une efficacité de chaque instant. Peut-être moins gore que certains de ses aînés, la faute à une sévère censure (la brutale introduction en fera d'ailleurs les frais dans le montage international, scandaleusement expurgé de quelques secondes tuant le rythme et l'impact de la séquence), Scream offre cependant un suspense certain, parfaitement maîtrisé par un cinéaste rodé.

Composé principalement de jeunes comédiens venus de la télévision, le casting s'avère un peu inégal, la faute surtout à une écriture un peu aléatoire des personnages. Si Neve Campbell et Skeet Ulrich peuvent se raccrocher à un minimum de profondeur concernant leur rôle respectif, les autres ne peuvent pas en dire autant, condamnés à surjouer des coquilles vides, mention particulière au grimaçant Matthew Lillard, proprement insupportable. Le meilleur reste cependant l'alchimie évidente du couple Courteney Cox / David Arquette (le mariage suivra le tournage), dont les échanges s'avère franchement savoureux et rafraîchissants.

Hommage tout autant que détournement d'un genre laissé de côté, satire de médias à l'affût du moindre scoop et d'une jeunesse de plus en plus insensible face à l'horreur qui l'entoure, Scream est une oeuvre intéressante par son approche, qui a son importance dans l'histoire du cinéma d'épouvante. Il faudra cependant faire avec un second degré un brin réducteur, tuant pas mal l'émotion qui aurait pu se dégager d'un slasher tout ce qu'il y a de plus recommandable au demeurant.

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