Pas que des innocents en prison

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Ah, je savais que c'était possible de faire des films dans une prison (ou centre de redressement ou ce que tu veux) sans que tout le monde ne soit des gentils innocents. C'est le genre de film qui change avec les trucs où tout le monde est gentil, tout le est beau et ce sont les vilains gardiens qui sont très méchants. Ici tout le monde (ou presque) a quelque chose contre lui, il n'y a pas réellement de type droit, juste des gens qui tentent de survivre, qui obéissent, qui font ce qu'on leur demande, ou qui refusent de faire ce qu'on leur demande, qui obéissent à la loi du silence.

Et c'est ça qui est fort dans le film d'Alan Clarke, c'est que c'est viscéral, ça prend aux tripes, ça cogne dur, ça ne fait pas semblant, mais contrairement à un autre film "du genre" : The Tribes que j'avais détesté les personnages existent il n'y a pas cette impression de rajouter du glauque pour rajouter du glauque. Ici le monde va mal, mais il existe ce monde, ce n'est pas juste un fantasme de réalisateur. Clarke arrive à faire exister ses personnages dans cet enfer.

Il sait mettre en scène, ça c'est certain, toute la fin est absolument grandiose... le plan où tout le monde refuse de manger, la caméra qui revient sur le surveillant, le regard sur Carlin pour savoir ce qu'il va faire... c'est d'une tension folle, mais vraiment... Tu sens que tout est prêt à craquer, qu'on a atteint un point de rupture juste avec la mise en scène.

Et la séquence qui a provoqué cette scène de la cantine est quant à elle sublime aussi, avec ce plan fixe sur le drap... ça glace le sang.

Cependant il n'y a pas que la fin qui est à saluer, tout le film est comme ça, mais ça suit un crescendo, il n'y a pas réellement d'intrigue et ça c'est bien... mais on suit au jour le jour ce qui se passe dans ce centre de correction et finalement je pense que chacun pourra un peu s'identifier à un personnage... Pour ma part se fut Archer, l'insolent souriant. Et c'est assez fort de réussir à mettre des personnages qui existent dans un lieu de déshumanisation. Ce que dit Archer justement au directeur de la prison est très fort également, ça empêche finalement tout manichéisme, tous ces gens, jeunes, gardiens, etc ne sont que des individus qui font ce qu'ils peuvent pour survivre, et tenter de supporter leur horrible condition.

Bref pas un portrait glorieux de la société. Mais un film puissant.

Je verrai bien Dog Pound du coup vu que j'ai apprécié à ma grande surprise la crème de la crème, bien que je ne pense pas que Chapiron puisse avoir l'intelligence et le génie de mise en scène de Clarke ça peut valoir le détour.

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