Saga chinoise

Avis sur Séjour dans les monts Fuchun

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Il faut d'abord reconnaître à ce jeune cinéaste une ambition folle : celle de conter une saga familiale dans la Chine d'aujourd'hui, sur trois générations, en prenant son temps et surtout sans effets spectaculaires. Xiaogang ambitionne tout simplement de nous raconter les évolutions du pays à travers l'histoire de ces quatre hommes, de leur mère, leurs épouses et leurs enfants.

Beau pari. Gagné, disons, aux 3/4 à mes yeux.

Dans la forme, c'est original, et par moments de toute beauté. Xiaogang a cherché le rendu de la peinture chinoise, puisque le titre est emprunté à un célèbre rouleau du XIVème siècle : il filme ainsi ses personnages dans de larges plans d'ensemble, détails infimes dans un cadre qui les dépasse. La nature est magnifiée. Ainsi, dans cette scène formidable ou l'on suit Gu Xi qui nage pendant que son amoureuse le rejoint par la terre, puis leur marche sous les saules pleureurs : l'audace de la simplicité, qui donne de la force au cinéma. J'ai pensé à Béla Tarr, qui peut filmer deux personnages qui marchent pendant de longues minutes.

Le film nous offre ainsi quelques beaux moments de cinéma. Exemple, on voit en plongée de très haut le plus jeune des frères qui courtise une femme, on entend une discussion. La caméra se déplace, monte un peu et on aperçoit un deuxième couple, Youjin et Gu Xi. C'étaient eux qui parlaient !... Un peu plus tard, on tourne autour d'un arbre magnifique, symbolisant sans doute la Chine éternelle, qui a assisté, muet, aux transformations du pays. C'est sous ce camphrier que se marieront les jeunes tourtereaux, sans avoir obtenu la bénédiction de la mère de Youjin. Car le film parle beaucoup de cela : comment chaque couple a fondé tous ses espoirs (ou son amour, pour l'enfant trisomique) sur l'enfant unique, et comment cet enfant n'entend plus se plier aux diktat de ses parents, la société ayant évolué. Un monde qui s'effondre, à l'image des immeubles qui sont démolis. Tout tourne autour de l'argent bien sûr, mais cet aspect n'est pas le plus original du film.

Autre exemple, celui-là moins dans la nature : on voit le frère endetté qui joue sur le balcon d'un appartement, panoramique latéral pour arriver dans un appartement en face, le panoramique se poursuit, traverse l'appartement pour aboutir, dans un troisième immeuble en démolition, au plus jeune des frères qui récupère de vieilles cartes postales. Lecture de ces cartes pleines de nostalgie sur fond de bruits des gravats evacués par les ouvriers. Brillant.

J'aime aussi comme Xiaogang se refuse à la violence complaisante : ainsi, dans la scène du restaurant, le clan venu réclamer de l'argent se contente-t-il de renverser les tables (notons aussi la sortie du restaurant, avec les parapluies noirs qui s'ouvrent, magnifique). De même, la descente de police, toujours filmée en plan large en plongée, plutôt que tout près des corps. Ces flics m'ont fait penser aux gendarmes français qu'on voyait dans les films des années 70. Nullement effrayants comme dans le dernier film de Diao Yinan par exemple.

Tout cela est donc hautement estimable à mes yeux. D'où vient le quart du contrat non rempli alors ? Eh bien, force est d'avouer qu'on ne se passionne pas toujours pour ce qui est raconté. L'absence d'intensité dramatique n'est sans doute pas assez compensée par d'autres aspects (plastiques, psychologiques...), et l'ennui guette tout de même un peu, entre deux scènes superbes.

Un premier film tout de même remarquable, qui justifie le déluge d'éloges dont il est l'objet, et donne envie de suivre l'épisode prochain de la trilogie.

7,5

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