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Séjour dans les monts Fuchun par Nielk

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Séjour dans les monts Fuchun de Gu Xiaogang est le premier film d'une trilogie annoncée. C'est un film sans intrigue qui relate simplement le déroulement de la vie d'une fratrie de quatre fils et leurs propres enfants. Cette chronique de leur vie se déroule dans une ville chinoise en pleine mutation au bord du fleuve Fuchun, la caméra épouse d'ailleurs le cours de l'eau en de lents travelling, même quand la rivière n'est pas présente. La bande sonore musicale est toute en pointillés comme pour soutenir la fragilité et la majesté des paysages filmés, elle est comme un jardin sonore, faite de touches et de caresses délicates.

A ce stade, il n'est sans doute pas inutile de préciser que bien que le film soit totalement chinois c'est à dire tourné en Chine, par un jeune réalisateur chinois, des comédiens de la même nationalité et en langue chinoise, le risque de contagion par le Coronavirus est totalement impossible. De la même manière, le risque que vous soyez contaminés en poursuivant la lecture de ces lignes est tout aussi improbable.

La chronique débute par une fête donnée en l'honneur de l'anniversaire de l'aïeule de la famille. Le cadre familial se met en place sans que le réalisateur se donne la peine de s'attarder sur chacun et nous familiariser avec les protagonistes. Il nous invite à les découvrir peu à peu comme s'il voulait nous contraindre à une attention soutenue et nous mettre en synchronisation parfaite avec le métronome qui semble rythmer le film du début jusqu'à la fin.

Je me suis plié à cette invitation, ce qui ne cesse de m'étonner, moi qui n'aime, ni la lenteur dans la narration, ni la longueur presque toujours excessive d'un film quand celui-ci dépasse les 90 minutes. De surcroît, quand il n'y pas une histoire avec ses rebondissements, je ne suis jamais très docile au cinéma. Je me suis donc plié à l'exercice, peut-être par respect pour un cinéma qui ne fonctionne pas nécessairement selon les même normes que le nôtre. Je ne le regrette pas, j'ai réellement trouvé du plaisir au premier volet de la trilogie, à la manière dont les personnages se sont mis en place peu à peu.

J'ai regardé avec un authentique plaisir la caméra suivre un nageur pendant que les arbres défilaient en sens inverse en arrière-plan à la vitesse de l'homme dans l'eau. Elle suggérait la tradition d'une œuvre d'art où une peinture se déroule en rouleau et dont le titre donnera le sien au film.

Afin qu'il n'y ait aucun malentendu, cela ne vaudra pas comme une indulgence à venir quand on me présentera demain un autre film avec suppression du scénario ou absence d'histoire sous le prétexte fallacieux de nous proposer une résurrection de la Nouvelle Vague.

Je me suis senti être pris aimablement par la main pour découvrir la société chinoise à travers une famille, à un moment où la culture de l'enfant unique a déjà touché à sa fin et où la Chine est à la croisée des chemins. Les quatre frères, allant de la petite quarantaine à la cinquantaine, nés dans les années où les naissances n'étaient pas encore planifiées, ont diversement réussi dans la vie. Aîné est restaurateur et marié, père d'une jeune fille. Cadet ne fait pas grand chose, il aime jouer avec l'eau et arroser les plantes Puînés sont pêcheur dans les eaux de la rivière pour l'un et joueur de jeux de hasard dans les tripots de la ville pour l'autre. Ils sont tous les deux pères, l'un d'un fils qu'une relation a aidé à être embaucheé à l'usine, l'autre d'un garçon souffrant de trisomie 21.

La fête de l'anniversaire de la grand-mère finira par un drame qui pèsera sur la famille, elle fait un AVC en pleines réjouissances et vivra désormais chez Aîné. La vie reprend son cours, le pêcheur fournit en poissons le restaurant de son frère, le joueur aux jeux de hasard, plutôt malchanceux continuent d'emprunter de l'argent à ses frères et aux malfrats des bas-fonds de la ville et cadet coule des jours paisibles couvé par l'amour de sa mère dont il est le préféré. La vie n'est pas facile, elle est chère et ne fait pas de cadeau même en Chine communiste.

Du communisme que reste-t-il d'ailleurs ? La rhétorique certainement, quand des banderoles proclament « Continuons le combat pour la rénovation urbaine ». Désormais, il est peu important qu'un chat soit blanc ou noir du moment qu'il attrape des souris. La destruction d'habitations pas nécessairement insalubres et leur remplacement par des immeubles de standing au bord du fleuve ne répond plus à un quelconque plan quinquennal. Les espèces sonnantes et trébuchantes sont la seule raison d'être de l'immobilier dont le marché n'a rien à envier à son équivalent à Londres ou à Paris. Du communisme chinois doivent bien rester d'autres choses, mais le réalisateur ne les évoque pas car ce n'est pas l'objet de son film et parce que ce serait bien imprudent, s'il veut que son film soit projeté dans les cinémas de son pays et que l'occasion lui soit offerte d'en faire d'autres.

Gu Xiaogang est un homme de la trentaine et il connait la nouvelle donne. La société chinoise continue sa transformation rapide liée à l'acceptation des lois du marché par le parti communiste chinois. Cette mutation n'est pas sans conséquence sur la génération montante qui entend elle-même bousculer les traditions les mieux établies comme les mariages arrangés et la soumission aux règles de vie des anciens. Il est frappant de voir que la société chinoise est peu à peu confrontée aux mêmes interrogations que celles que les sociétés occidentales ont connues et par lesquelles elles continuent d'être agitées.

Cette Chine, si lointaine, si différente en apparence, nous devient dès lors si proche et si familière. Ce n'est pas la moindre qualité du film. Si le cinéma a une influence sur le développement d'une culture commune entre les membres d'une communauté en lui offrant un miroir pour prendre conscience d'elle-même, il est plus que probable que ce film y contribue.

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