Ce châtiment de l’été.

Avis sur Sept ans de réflexion

Avatar Sergent Pepper
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L’usine à rêves qu’est Hollywood ne peut pas passer à côté du vivier scénaristique que sont les fantasmes de l’homme marié à la faveur du départ de la famille en vacances. C’est l’été, il fait chaud, une blonde ingénue ayant du mal à maintenir sa robe sur les bouches d’aération s’invite chez vous, et tout semble partir en roue libre.

Adapté d’une pièce de théâtre bien plus explicite, le film de Wilder joue avec le code Hays avec un sens du détour assez jubilatoire : puisqu’il ne peut résolument pas advenir une concrétisation de l’adultère, il faudra recourir aux rêveries du protagoniste, un Monsieur tout le monde, figure du spectateur allant dans les salles satisfaire sa soif de romanesque. Les séquences rêvées, jouant de tous les clichés, sont d’autant plus amusantes qu’elles reflètent aussi, dans le réel, un sens marketing appliqué à ces thèmes aussi racoleurs que lucratifs. Le domaine de l’édition dans lequel travaille Richard s’applique ainsi à habiller ses couvertures de façon à ravir les instincts les plus primaires.

L’unité de lieu quasi exclusive, (annonçant sur bien des points La Garçonnière), les solos de Richard rêvant sa vie ou s’adressant à son épouse accentuent la dimension théâtrale de l’intrigue, et la redynamisent par une série de sketches autonomes jouant sur l’esprit satirique, voire parodique, à l’exemple de cette séquence où la musique d’accompagnement se révèle finalement intradiégétique. S’y ajoutent une série de symboles qui soulignent la médiocrité du personnage : sa pagaie, pour un homme qui rame dans tout ce qu’il entreprend, et cette jolie idée d’un escalier qui ne mène nulle-part, habile figure de l’impasse de ses fantasmes.

Le retour à la réalité se ménage par à-coups, à la faveur des incursions de l’extérieur, notamment par le concierge ; le fragile Richard a beau paniquer, l’ingénue fille dénuée de nom comme de fond incarnée par Marilyn est l’idéal de ce temps suspendu : libertine, spontanée, ingénue, féminine en diable selon les canons limités du mâle, au point qu’elle garde un calme auquel son interlocuteur ne peut prétendre.

Le retour sur les rails de la moralité restera bien dans les limites édictées par le Code ; il restera de cette comédie pétillante la permissivité savoureuse d’une parenthèse qui aurait pu être enchantée. Un instant de cinéma voué à forger la légende, sans qu’on se souvienne beaucoup des sympathiques atermoiements qui l’entourent.

(6.5/10)

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