Concentré de western

Avis sur Sept hommes à abattre

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Partant du principe que le chemin le plus court est toujours le meilleur, Budd Boetticher s'emploi à faire passer une idée précise dans chaque scène ou dans chaque plan. Avec lui, on va à l'essentiel, sans grandes manières ni fioritures. On est dans le simple, le concret et l'efficace ! Les décors sont, par exemple, réduits à leur plus simple expression, mais en quelques plans biens sentis, il arrive à en exploiter tout le potentiel : ambiance de mort, huis clos étouffant, etc. Et puis surtout, le minimalisme ambiant lui permet de nourrir plus efficacement l'intrigue et les personnages ! Ses films, à l'instar de "Seven Men from now", sont ainsi des condensés du meilleur du western : on y parle d'amitié, de solitude, de vengeance, de désir de liberté ou encore de sentiments amoureux. Tout ça en moins de 80 minutes ! De même, le nombre restreint de personnages lui permet de creuser et d'affiner toutes les personnalités. Loin des grossières caricatures, les personnages de Budd sont fait de nuances et ont tous leur importance dans l'histoire. Rien n'est laissé au hasard, tout ce que l'on voit à l'écran a une fonction, ou une utilité, et sert toujours à faire avancer l'intrigue !

"Seven Men from now" est un film simple, tellement simple que son histoire est résumée par le titre, mais ce n'est sûrement pas un film simpliste. L'épure de la mise en scène va ainsi exalter, avec un certain brio, le thème de la vengeance qui est au cœur du film. Ce sentiment va être omniprésent à l'écran, soit de manière latente, avec une impression de danger imminent qui rend l'atmosphère tendue ou suffocante, soit de manière beaucoup plus concrète avec des explosions de violences. Le grand mérite de Boetticher est de ne pas la valoriser ; celle-ci n'apporte ni apaisement au personnage ni jouissance au spectateur. Elle apparaît, au contraire, comme un sentiment obsessionnel, froid, autodestructeur qui bloque l'individu dans son processus de deuil et l’empêche de penser à l'avenir. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, Randolph Scott en est l'incarnation parfaite ! Son faciès monolithique et sa grande carcasse sont parfaits pour donner l'impression d'un être robotisé, qui ne pense et ne respire que pour mener à terme sa triste besogne. Et puis Boetticher a le talent pour amener finement cette thématique : la scène d'ouverture laisse brillamment éclater la violence qui sommeille au plus profond du personnage de Scott, et puis ses motivations ne sont lâchées qu'au compte-gouttes, rendant l'intrigue passionnante à suivre.

Mais "Seven Men from now" est surtout un modèle d'efficacité ! Une poignée de plan, une scène bien construite, suffisent pour faire passer bon nombre d'idées. Ainsi les sentiments naissant entre Scott et Gail Russell apparaissent à l'écran d'une manière discrète, à travers les postures ou le jeu des regards, avant de s'afficher plus concrètement comme avec cette belle scène où on a l'impression qu'ils partagent le même lit alors qu'ils sont en fait séparés par une cloison. De même, l'état du couple, formé par Russell et son mari, est immédiatement caractérisé à l'écran par la vision de leur chariot coincé dans la boue. Le mari est incapable de faire avancer son couple, tandis que Scott, l'homme fort, va tout de suite débloquer la situation. Pas besoin de long discours, tout est dit en une poignée de minutes. Chaque scène a ainsi son utilité et vient toujours nourrir l'intrigue. Par exemple, lorsque le personnage de Lee Marvin apparaît à l'écran, le doute s'installe concernant sa personnalité et ses motivations. Rapidement, on comprend qu'il va se positionner comme le grand rival de Scott, en intervenant dans sa "mission", mais surtout en convoitant la même femme ! L'intrigue prend ainsi plus d'ampleur et notre ami Budd potentialise les tensions avec toujours la même efficacité, comme lors de cette brillante scène où Marvin va s'immiscer entre le couple et Scott pour semer le doute sur les motivations de ce dernier. Voilà quelques exemples qui attestent de la finesse d'écriture et de mise en scène de Boetticher. Le film manque forcément un peu d'ampleur du fait de son format minimaliste, mais il serait dommage de négliger un western dont la beauté réside aussi bien dans sa simplicité formelle que dans la justesse de son propos. Et puis, ce film est l'occasion de découvrir un Lee Marvin remarquable de charisme et de cynisme, dans un rôle qui préfigure celui de Liberty Valance.

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