Vagina-faces ?!

Avis sur Sex Addict

Avatar Fry3000
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C'est après avoir vu Frankenhooker il y a un ou deux ans que je me suis un peu plus penché sur la carrière de ce dément qu'est Frank Henenlotter, un réalisateur peu productif mais assez culte, à qui on doit Frères de sang (Basket case) et Elmer le remue-méninges (Brain damage). Je ne sais plus si j'avais déjà vu Basket case avant ou non, mais je crois bien que c'est après celui-là ou Frankenhooker que je me suis intéressé davantage à la carrière de ce monsieur. J'ai regretté que son dernier film en date, Bad biology, réalisé 14 ans depuis son dernier (Basket case 3) ne soit pas disponible en France.
Enfin, c'était avant de découvrir qu'en fait, dans l'hexagone, on le connaît sous le titre vraiment déplacé de "Sex addict", dont j'avais en fait vu la pub pour le DVD. Bon, c'est quand même moins cool d'acheter un film nommé ainsi plutôt que "Bad biology".
Malgré les avis assez négatifs que j'avais lu, dont un sur IMDB qui disait qu'il y avait tous les ingrédients d'un Henenlotter d'antan sans que ce soit aussi bien, j'avais bien envie de voir ce film, toujours marqué par le réjouissant délire qu'avait été Frankenhooker. D'ailleurs ça doit être le seul qui m'ait plu bien comme il faut, car je n'avais pas trop aimé Basket case, et été assez déçu par Brain damage.
J'ai longuement traîné, plusieurs fois je m'étais dit "putain, faut que je voie Bad biology", j'y pensais, j'avais pas le temps et ensuite j'oubliais, mais cette fois c'est bon, j'ai vu Bad biology !

Si visuellement, avec les avancées technologiques concernant la vidéo, ce Henenlotter du nouveau millénaire s'écarte de ses prédécesseurs, c'est vrai qu'on retrouve pas mal de thèmes du réalisateur, aussi courte qu'ait été jusque là sa carrière. Il y a une ambiance un peu similaire, mais aussi des ressemblances de par les scènes de sexe bizarres et le garçon qui est soumis à une partie de son corps qui est "autre", comme dans Brain damage, et le fait que pendant que le personnage rêve, une part de lui s'échappe pour forniquer, comme dans Basket case. Et comme dans ce dernier film, on retrouve aussi un passage en stop-motion, qui laisserait presque à penser qu'on n'a pas trop avancé dans ce domaine depuis 26 ans (putain, 26 déjà ?!).
De par les thèmes qui traitent du corps, de ses malformations ou déformations, et le mélange entre le sexe et la mort, je rapprocherais un peu Henenlotter de Cronenberg, même s'ils ne sont pas du même niveau.
Pour les deux personnages principaux, chaque copulation a des conséquences assez néfastes, et en dehors de ça, il y a l'héroïne qui est une photographe s'intéressant à capturer du sexe bizarroïde sur sa pellicule. Elle mitraille ses amants de son appareil photo, ce qui rend des images déformées de leur visage, et comme on le lui fait remarquer, et que j'ai trouvé intéressant : on ne saurait dire s'ils sont en train de se faire tuer au moment de la prise de vue, ou s'ils ont l'orgasme de leur vie. C'est bien là un truc qui aurait intéressé Cronenberg, je pense, et ça aurait probablement donné un film qui m'aurait ennuyé du genre de Crash.

Jennifer est une nympho parce qu'elle a 7 clitos et doit satisfaire un désir plus grand que les femmes normales. Au début, elle parle longuement de ce sujet, y revient plusieurs fois, comme si c'était une part réelle de sa vie, à laquelle elle a pensé maintes fois, et que pour le spectateur elle déversait enfin tout ce qu'elle avait sur le cœur jusque là à ce propos. Jennifer a une véritable histoire concernant son vagin, elle évoque les évolutions au fur et à mesure de sa croissance, a ses réflexions là-dessus, et ce qui paraît ajouter un peu de vécu à ce qu'elle raconte, c'est qu'elle puisse dire par exemple que l'accouchement (2h après fornication) est presque plus agréable que la relation sexuelle.
A un moment, elle en vient à décrire cette douleur, comme "une flamme liquide", qui lui parcourt tout le corps et lui donne envie d'une bite comme un camé a besoin de sa dose, et c'est fait avec précision et des termes assez recherchés pour qu'on y croie un peu.
Plus tard dans le film arrive le second protagoniste, celui qui a un pénis intelligent et qui redéfinit lui aussi (comme pour Marquis, par exemple) l'expression "penser avec sa bite".
Pour se masturber, il doit utiliser une machine, et il y a une idée pas mal dans la scène où il s'en sert, la fumée qui se dégage après que l'appareil ait été poussé au maximum, et son arrêt progressif et lent après qu'il ait été mis en déroute, créant une amusante métaphore de la phase post-éjaculation.
Tout n'est que figuré au début. Un peu comme une sorte d'Elephant-man (got it ?) phallique, le monstre dans Bad biology n'est pas montré avant une certaine avancée dans le film, et une fois le moment venu, alors que c'est censé être un passage important dont Henenlotter a ménagé l'attente, on découvre un FX bien ridicule.

Contrairement à ce que je craignais quand j'ai démarré le film, celui-ci ne fait pas si amateur que ça, malgré quelques défauts dans le jeu des acteurs par exemple. Les signes d'amateurisme ne pointent leur nez que plus tard, comme avec cet écran bien fake de caméra SD que l'on voit l'héroïne utiliser, ou ce pénis qui, à chaque apparition, qu'il soit représenté par un objet en dur ou une marionnette molle qu'on peut actionner, est vraiment mal foutu. Et le fait que ce soit un sexe mutant n'excuse pas tout.
Comme quoi l'aspect "film d'exploitation cheap" n'a pas totalement disparu de la carrière d'Henenlotter, il revient même en force vers la fin de ce film-ci.
Le pénis s'échappe, et sa ballade est vraiment trop longue, il aurait fallu couper beaucoup plus, parce que là, ainsi que dans toute la dernière partie de Bad biology, ça manque terriblement de rythme. Ca fait même film porno amateur, tant on répète les situations où des femmes nues tentent mollement de s'échapper (il y en a une qui se retrouve par terre on ne sait trop comment, censée avoir l'air tétanisée j'imagine, mais on dirait plutôt qu'elle attend l'arrivée du pénis à elle), et tant on s'attarde sur ces corps, la caméra étant toute proche d'eux tandis qu'un faux pénis difforme est agité par un assistant juste à côté, hors-champ. Oui, et évidemment, à chaque demeure où le pénis de Batz se rend, il trouve une belle jeune femme, seule, et en petite tenue si ce n'est complètement nue.

Ca meuble énormément tout d'un coup, surtout qu'une fois que la présentation individuelle des deux personnages principaux a été faite, on sait que l'unique but n'est plus que leur rencontre, car on nous fait bien comprendre que leurs corps sont fait l'un pour l'autre. Jennifer était excitée à fond rien qu'en voyant le corps de la prostituée, animé par les orgasmes persistants après le rapport sexuel avec Batz.
La scène de la voisine qui se plaint, celle chez l'éditeur, ... même si c'est plutôt marrant, ça n'apporte rien de nouveau, ça ne fait que répéter ce qu'on sait déjà, et surtout ça retarde le moment crucial.
C'est dans ce passage de vide à remplir que le ridicule éclate vraiment, avec la trop longue séquence que j'ai mentionnée du pénis qui s'en va, mais aussi une scène où l'on fait du massage cardiaque à une bite, et une autre qui mêle dieu dans tout ça, sorte de point d'orgue du film qui assume, là du coup, plutôt bien son aspect grotesque.
Il y a quand même une irrégularité dans le ton du film, qui n'était pas aussi ridicule que ça jusque là, mais plutôt sérieux voire appliqué malgré son sujet, et c'est dommage.

Au moins, Henenlotter ne se contente pas de faire ce qui est attendu même pour la fin, il conclut autrement que ce qui était prévu.
J'hésitais quant à la note à mettre, alors que le film m'avait bien diverti jusque là, la dernière partie se montrait particulièrement faible, mais rien que pour la toute fin mal foutue mais assez tarée pour moi, je mets 6 au lieu de 5/10.
Henenlotter a quand même de bonnes idées ; j'ai apprécié l'ambiance créée chez le dealer de façon un peu originale, de par cette dispute entre deux camés, dont une femme qui gueule en réclamant son "jiggyjig" face à un toxico qui essaye de lui faire entrer dans le crâne qu'il ne comprend pas ce qu'elle veut dire. Ils s'insultent, se renvoient pleins de vannes, sans pour autant s'attaquer physiquement, juste s'entrechoquer car trop défoncés, et on y croit plutôt bien.
J'ai aussi particulièrement apprécié cette idée digne d' "Elvifrance" (et plus précisément, Gozzo, pour les connaisseurs), avec ces "vagina-faces". Ce qui est génial, c'est qu'à cette idée de malade, Henenlotter trouve une signification valable : ça représente le fait que les femmes ne sont vues de nos jours que comme des êtres sexués.
Malgré les défauts de Bad biology, je trouve qu'Henenlotter a plutôt bien réussi son passage au 21ème siècle, et ça ne me dérangerait pas de voir plus de productions de ce genre.
Je pense pas revoir le film, mais j'ai bien envie de me procurer le DVD rien que pour voir le making-of, ça doit être intéressant, déjà que je sais que le tournage s'est fait en 21 jours et que la maquilleuse a dû, à la dernière minute, remplacer une des femmes topless à tête de vagin...

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