Shin Seiki Egodzellion

Avis sur Shin Godzilla

Avatar kwyxz
Critique publiée par le

Le voici enfin, le projet titanesque de reboot japonais du lézard atomique géant, après un épisode américain pas si mauvais en 2014. On efface tout et on recommence, avec une volonté de proposer du réel, et de s'éloigner des improbables combats de catch de monstres en latex. Derrière la caméra, un type qui n'est pas étranger aux histoires de monstres géants qui attaquent l'humanité puisqu'il s'agit de Anno Hideaki, ci-devant créateur de Neon Genesis Evangelion, série d'animation culte du milieu des années 90. Vingt ans plus tard, Anno a-t-il toujours le feu sacré ?

Dans le cinéma d'action américain, on attache souvent le rôle principal à un quidam se retrouvant par la force des choses dans le feu des événements - on veut que le spectateur s'identifie au héros. C'est une approche très particulière qu'a choisi le réalisateur, choisissant de montrer en priorité la paralysie bureaucratique du gouvernement. De fait, il n'y aura pas un ou deux mais des dizaines de protagonistes, si ce n'est une centaine, et on est très vite submergé d'informations - ci-devant le nom d'un personnage, son poste, le nom de la commission qui nous est présentée, et même, fin du fin pour les otaques du genre, le nom des tanks, hélicoptères ou même du type de munitions ou missiles utilisés. En posant une caméra moqueuse devant ces politiques complètement dépassés par l'improbabilité de la situation, Anno émet évidemment une critique cinglante envers une administration japonaise tétanisée comme elle a pu l'être lors de la catastrophe de Fukushima. Celle-ci n'est jamais nommée, mais jamais bien loin, et l'apparition de la créature est expliquée par le rejet sauvage de déchets nucléaires dans l'océan plusieurs dizaines d'années auparavant.

Le monstre est aussi l'objet d'un redesign très particulier, choisissant de faire de la première forme de Godzilla celle d'un quadripède rappelant un peu un crocodile, mais à la tête complètement improbable et peut-être un hommage au cinéma de marionnettes. La forme finale du monstre est celle que l'on connaît, assorti de colorations rouges puis violettes et enfin bleutées. Ce Godzilla n'est pas là pour déconner et détruit tout sur son passage impitoyablement, à l'aide de lasers délicieusement 80s. Les effets spéciaux sont parfois inégaux, mais on se demande souvent si leur aspect n'est pas volontaire pour entretenir le doute : sont-ce des CGI ou un mec dans du latex au milieu d'une maquette ?

C'est un film très verbeux, peut-être trop pour les plus jeunes ou les spectateurs qui espéraient un film entièrement basé sur l'action. Mais la critique est maline et suffisamment drôle pour montrer l'absurdité de ces réunions à répétition, si longues que la situation, pendant ce temps, dégénère de façon exponentielle et que chaque déclaration publique est immédiatement contredite par les événements. Un film beaucoup moins con que ce à quoi on pourrait s'attendre en entrant dans la salle. Vous êtes prévenus.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1619 fois
28 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de kwyxz Shin Godzilla