Tendre l'oreille, entendre le possible

Avis sur Si tu tends l'oreille

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En pleine rétrospective des films du studio d'animation Ghibli, je tiens à rendre hommage par cette critique à Mr Yoshifumi Kondō.

Sorti en 1995, Si tu tends l'oreille est issu de la période de l'âge d'or du studio. Pressenti par Miyazaki pour prendre la suite des animations phares, Kondō, en grand espiègle qu'il est, place plusieurs clins d'oeil aux précédents films du maître dans l'image de son nouveau récit, celui d'une jeune collégienne qui se cherche, se questionne, jusqu'à rencontrer l'âme soeur.

Une histoire simple, figée dans un passé que nous reconnaîtrons tous dans la relation que Shizuku entretient avec ses parents. Dans les doutes qu'elle ressent vis-à-vis de ses études. De sa vie en classe et de son approche du sexe opposé. Relatif au film du grand Takahata en 1991 Souvenirs Goutte-à-goutte, ce qui sera le seul et unique film réalisé par notre Kondō explore les doutes sur l'avenir ressentis des plus jeunes et ressasse les souvenirs familiaux des plus âgés.

Je parle d'une influence certaine qu'exercent les oeuvres antérieures à Si tu tends l'oreille, mais le film se dénote par sa propre ambition, mettre en avant une relation amoureuse réaliste entre deux petites personnes en voie de devenir ce qu'ils veulent être. Si le passage à l'âge adulte est une thématique emblématique du studio, c'est la première fois qu'il est ici retranscrit de façon si réaliste. En effet, que ce soit dans Kiki la petite sorcière (1984) ou Souvenirs Goutte-à-goutte (1991), nous assistons indirectement à ses changements ou via des flash-back. Ici, à l'image du téléfilm Ocean Waves de Tomomi Mochizuki sorti sur les ondes japonaises en 1993, nos deux héros apprennent à agir ensemble l'un pour l'autre afin de se frayer un chemin et obtenir une destination qu'il leur est propre. Et le film imagine une drôle de manière pour y parvenir, d'où l'intérêt particulier que je lui porte.

Ici, Kondō exploite l'imaginaire de l'enfant pour les porter dans la réalité et accomplir leurs véritables envies. Shizuku est dès le départ plongée dans ses livres : dès le début, elle est faite pour ce monde du roman, de la fable, sans s'en rendre compte. Distraite par des histoires à l'école et un caprice du côté de sa famille, elle se laisse porter par le destin, qui prend la forme d'un chat, la guidant à travers les immeubles pour rencontrer le prince qu'elle s'était imaginé. Il s'avère ne pas être comme elle le voulait. Une déception, mais qu'elle apprendra à accepter pour voir la réalité telle quelle. Shizuku va alors abandonner la fiction pour vivre son histoire dans la vraie vie, jusqu'à ce qu'il doive partir étudier. Tout est alors remis en cause. Tout est chamboulé pour elle, toutes ses questions sont alors révélées à elle-même. C'est là le tour de force du film : en se replongeant dans la fiction et le romanesque, la jeune fille va parvenir à trouver sa motivation, sa vocation, puis régler ses distances familiales en prenant la place de sa grande soeur. Une bien belle histoire, appuyée par trois séquences de rêve ou d'imagination excellentes puisqu'elles reprennent les vrais éléments qui ont façonné le parcours de Shizuku et servent d'appui pour ses histoires. Processus véritable qui sert de base à tout processus créatif et façonne l'âme des artistes. Le Baron et son histoire d'amour, le grand-père et ses images de pierres brutes, son petit-ami luthier et ses ambitions. Tout ce cercle de la réalité va créer la poussière de fée qui fait s'envoler Shizuku qui, au gré du vent, à su tendre l'oreille.

PS : On peut retrouver une petite sorcière de profil dans la chambre de Shizuku et la marque de la belle horloge est "Porco Ross" dans le magasin du grand-père. Les petites histoires construisent la grande.

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