Coups pour coups

Avis sur Sicario La Guerre des cartels

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Dépourvue de la présence de Denis Villeneuve derrière la caméra, il était permis de ne pas donner cher de la peau de cette Guerre des Cartels, même si Taylor Sheridan, lui, reprenait le développement de ses personnages et de son intrigue terriblement réaliste.

Il ne sera cependant pas étonnant de révéler immédiatement que Sicario 2 est inférieur à son aîné. Tout d'abord, en reprenant les deux protagonistes masculins, et donc en se passant ostensiblement de la présence d'Emily Blunt à l'écran, la saga se prive de manière immédiate d'un point de vue immersif qui permettait autrefois au spectateur de rentrer dans l'univers dépeint et de ne pas se sentir un peu étranger, ce qui est un peu le cas dans ce deuxième opus. Car ici, on a opté pour un certain éclatement du récit des deux côtés de la frontière mexicaine, et même au delà le temps d'agréger la thématique de l'aura du terrorisme ainsi que la critique de l'action américaine basée sur le tout sécuritaire.

Il ne sera pas non plus interdit de penser que Sicario 2 est peut être dilaté un peu plus que de raison. mais il s'agit là d'une simple question de ressenti, tellement la bande annonce semblait promettre de son côté une action totale. Mais sans doute que le gros défaut de La Guerre des Cartels est de ne pas bénéficier de la réalisation clinique et tranchante d'un Villeneuve qui semblait à l'époque au sommet de son art et de la tension constante qu'il instillait dans son atmosphère délétère. Et même le thème principal du regretté Johann Johannsson, repris en plusieurs occasions, ne changera rien à l'affaire.

Pour autant, Sicario 2 est loin d'être à jeter. Car le plus surprenant, dans l'entreprise, c'est que la suite redoutée réussit à conserver l'esprit le plus funèbre et désespéré de son modèle, même si les enjeux sont plus classiques et plus balisés, si le sentiment qui s'en dégage est un peux moins asphyxiant.

Et même si les séquences les plus emblématiques du film n'arriveront jamais, au pif, à émuler la tension ressentie lors de la fusillade sèche dans les embouteillages de l'autoroute, il réserve quand même quelques morceaux de bravoure loin d'être anodins, comme cette embuscade sanglante qui ne manquera pas de marquer les esprits.

Les enjeux de La Guerre des Cartels semblent aussi, au passage, s'être humanisés : les relations entre les deux protagonistes principaux, anti-héros en quête de chaos, sont sondées de jolie manière, tout comme le point de non retour qui ne manquera pas de les séparer. Et cette petite fille en forme de témoin impuissant de la folie ambiante, d'un conflit qui la dépasse de loin, et dont l'instigateur échoue à garder un quelconque contrôle résonne de manière extrêmement étrange dans notre réalité, tout comme cet attentat en terre américaine d'un terrible réalisme.

Sicario 2 ne manque donc pas de charmes, même s'il se permet un retour des plus irréalistes qui ne manquera pas de faire hurler le spectateur qui l'aura bien mauvaise de s'être ainsi fait entubé avec une paire de couilles achetée en soldes... Avant un final qui met littéralement le feu en promettant une guerre totale. De quoi faire rebondir l'oeuvre vers un enfer sans concessions et une traque implacable dans sa rancoeur et sa colère.

Rien que pour cela, Sicario 2 mérite son petit détour.

Behind_the_Mask, Saga Frontier.

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