Un sujet fort, traité par un trop plein

Avis sur Sicko

Avatar Sébastien Decocq
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Palme d’or au Festival de Cannes 2004, Fahrenheit 9/11 est entré dans l’histoire comme étant le deuxième documentaire ayant reçu la plus haute distinction lors de ce rendez-vous international du cinéma (après Le Monde du Silence, en 1954). Une critique fondamentale de la politique de George W. Bush qui permit à son réalisateur, Michael Moore, d’obtenir une notoriété incommensurable auprès des gens du métier mais également du public. Autant dire que son projet suivant était attendu de pied ferme ! Avec, cette fois-ci dans sa ligne de mire, le système de santé américain. Aussi percutant que Fahrenheit 9/11 ?

Nous savons tous qu’aux États-Unis, se faire soigner relève du parcours du combattant. Notamment en ce qui concerne les frais médicaux et les assurances. Pendant pas loin de deux heures, Michael Moore use de divers exemples et témoignages qui ont de quoi nous faire dresser les cheveux. En passant par la greffe d’un doigt coûtant environ 12 000 $, les gens étant obligés de travailler après l’âge de la retraite juste pour avoir la couverture sociale qui va avec, ou encore des assurances qui refusent de payer pour simple maladie non déclarée… Les exemples sont nombreux ! Et ils en deviennent de plus en plus inhumains quand arrivent des cas beaucoup plus graves (impliquant le décès d’une personne) et l’intervention des politiciens dans ce système outrageux. Le but de Michael Moore, ici, était de nous choquer. Il réussit cela haut la main !

Et il y parvient surtout quand arrivent les comparaisons avec d’autres pays (Canada, Angleterre, France, Cuba). Car si la critique est toujours présente vis-à-vis des États-Unis, ces passages autorisent le documentaire à s’aventurer vers le côté humoristique, qui allège le ton et le sujet. En effet, il est assez drôle de voir le réalisateur lui-même s’aventurer dans certains lieux, demandant aux gens des précisions, et de se retrouver éberlué face à leurs réponses. Après, il faut tout de même avouer que Moore va un peu loin dans ses effets de styles.

Continuons avec l’humour ! Avant son passage à Cuba, il démarre son trajet à la manière d’un Michael Bay : bateaux à l’allure militaire vus du ciel, drapeau américain en fond, montage énergique, musique digne de Hans Zimmer ! De ce fait, pour quelques secondes, Sicko se transforme en divertissement patriotique. C’est voulu, mais en y faisant intervenir des personnes réelles (partant pour Cuba afin de s’y faire soigner) qui, du coup, perdent énormément en crédibilité. Ils donnent l’impression de n’avoir été que des figurants depuis le début du film (alors que ce n’est pas le cas). Rien qu’avec ça, Sicko en prend un coup.

Là où Michael Moore en fait aussi trop, c’est lors des passages émouvants. Où quand certains cas sont obligés de nous faire verser une larme. Pour être sensible à un exemple, il suffit d’écouter la malheureuse histoire. Pas besoin d’une mise en scène appuyée qui insiste sur l’instant ou encore d’un plan qui montre une personne pleurant à chaudes larmes. Malheureusement, Michael Moore procède ainsi, allant jusqu’à zoomer quand une personne éclate en sanglots. En faire trop énerve plus qu’autre chose, franchement ! Et surfaire n’est pas le meilleur procédé à réaliser pour faire passer des sentiments aux spectateurs.

Et parfois, on pourrait se demander si Moore n’est pas du genre à se contenter ! Explication : il trouve un cas (voire deux) et ne vas pas chercher ailleurs. Un détail qui se remarque surtout quand il aborde une famille française, parlant de leurs économies. En voyant ce couple fort aisé en tant que représentant de notre pays (qui n’arrête pas de parler vacances), cela prouve que le réalisateur ne choisit pas forcément les meilleurs cas. Juste ceux qui l’arrangent pour la bonne construction de son documentaire.

Certes, Sicko fait part d’un sujet tout ce qu’il y a de plus répugnant, humainement parlant. Mais tout comme un long-métrage classique, il ne doit pas s’arrêter qu’à son concept. La mise en scène faisant également partie de l’ensemble. Et sur ce point, Michael Moore en fait tellement trop qu’il perd par moment notre intérêt pour son documentaire. Ce dernier se montrant parfois énervant et perdant un peu de sa crédibilité.

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