Silence... ça tourne.

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Avatar Brandon Grondier
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Le système de santé aux Etats-Unis pré-Obamacare possédaient indéniablement ses failles. Et Michael Moore le surligne 2 heures durant, brandissant d'une main sa pancarte "Fuck America" et, de l'autre, offrant des kleenex à tous ses intervenants en larmes. Super Michael Moore en action utilise son premier super pouvoir : la Super Ubiquité. "Ouais je suis devant et derrière MA caméra ! qu'est ce que tu vas faire ?"

Un tel sujet devrait être traité de manière objective. Montrer les aspects positifs des différents systèmes de santé pour mieux rebondir sur les néfastes. Mais ce n'est pas tout a fait le cas ici... "Rien à battre je montre ça que je veux c'est mon film ! ". Et c'est ainsi que Super Michael Moore utilise son deuxième super pouvoir : le Super Pathos. "On va mettre des gens qui pleurent; plein de gens qui pleurent ! Et des musiques tristes aussi, c'est important les musiques tristes. " Je ne pense pas que toucher émotionnellement le spectateur pour crédibiliser son propos et créer un pseudo lien de confiance ne soit adapté dans l'étude d'un sujet aussi imposant et sérieux. On se croirait parfois dans Tellement Vrai : j'ai une vie de merde et encore plus face à la caméra...

Quand la caméra tourne, c'est l'obsession d'un réalisateur monomaniac et quelque peu intéressé qui nous est dévoilée, mais en aucun cas le regard omniscient d'un oeil critique ! Tous y passent, mais outre les Etats-Unis, ce sont notamment la France et Cuba qui m'ont le plus interpellé.

Le système de santé en France est très performant, c'est certain. Mais de là à nous faire croire qu'il l'est tant que les français n'ont plus du tout à s'en occuper, et que leur ultime souci réside dans l'achat de la nourriture de Klaus le poisson rouge... c'est limite limite. Le réalisateur donne à voir le quotidien d'une famille française très aisée, et nous fait vraiment passer pour des cons " Oui, nous sommes très heureux et nous adorons ramener du sable du Kenya ! C'est là réellement un truc que nous kiffons, effectivement."

Pour ce qui est de Cuba, Super Michael Moore est plus hypocrite que jamais. Il présente ici une utopie médicale, où les médicaments sont presque donnés et les médecins prodiguent aux patients les soins que les Etats Unis leur refusent. L'effet caméra n'y est évidemment pour rien, non. Comment un pays au PIB si faible (par rapport aux Etats Unis) peut-il être aussi compétent dans le domaine des soins ? Tout d'abord, en comparaison aux autres pays du globe dotés du même PIB, Cuba en utilise pas moins de 10% dans le domaine médical, contre 4% pour des pays comme l'Azerbaïdjan ou la Biélorussie. C'est sûr que ça aide; mais il faut se méfier de l'envers de la médaille ! les conditions sanitaires sont déplorables, ce que Super Michael Moore n'explicite jamais dans son reportage. Les chiffres de l'espérance de vie ainsi que du taux de mortalité sur Cuba quant à eux proviennent... et bien de Cuba directement. Autant dire qu'ils ont été légèrement gonflés. Cependant un point crucial que nous ne pouvons enlever à Cuba est que leur système de santé est en effet fondée sur une infrastructure beaucoup plus stable que celle des US : La prévention !

Le seul mérite que je donnerai à ce film est d' être parti d'une intention honorable, et à défaut d'être bien dirigé, a fait pas mal de grabuge autour de lui. Je pense d'ailleurs qu'il n'a pas été oublié quand les réformes du système de soins aux US ont eu lieu !

Si... un autre mérite que je lui accorderais serait qu'il a suscité en moi le désir d'en savoir plus (pour mieux le clasher ?)

Bref, au-delà de ces aspects, ce film m'a beaucoup énervé du fait qu'il ne montre qu'un reflet dégeulasse, qui finalement se trouve être, en prenant un peu de recul, une simple facette d'un prisme complexe sans cesse en mouvement. C'est comme si Super Michael Moore avait zoomé X1000 sur une parcelle d'un tableau de Monet : Bah ouais c'est pas très beau et ça manque cruellement d'intérêt.

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