Critique : Sinister (par Cineshow.fr)

Avis sur Sinister

Avatar Mathieu  CRUCQ
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Je suis toujours étonné de voir les scores réalisés film après film par la saga Paranormal Activity, le “non-film” poussé à son paroxysme permettant à n’importe quel têtard de s’improviser cinéaste avec une image toujours plus dégueulasse et un montage haché, pourvu que les jump scares de bas étages soient au rendez-vous. Alors forcément, lorsqu’un autre film d’horreur se retrouve en concurrence avec le quatrième volet de la saga (malgré un producteur commun aux deux), on a tendance à l’encourager d’autant que malgré de nombreuses facilités, Sinister fonctionne à plein régime. On aurait pourtant pas parié grand-chose sur le nouveau film de Scott Derrickson, lui qui ne s’était distingué dans le genre que par un Hellraiser 5 et un Exorcisme d’Emily Rose pas vraiment transcendants même si assez efficaces dans le fond. Le dernier signe d’activité cinématographique du bonhomme remontait à 2008 avec le remake improbable du Jour où la Terre s’arrêta qui fit un tel four qu’on avait alors prédit la disparition pure et simple et monsieur. Et pourtant, avec Sinister, Derrickson réalise un retour salvateur à son genre de prédilection aidé par son acolyte C. Robert Cargill qui l’aida pour l’écriture du script.

Pourtant, si la formule employée dans Sinister n’a rien de bien novatrice en appelant aux piliers fondamentaux du registre (un contexte familial en décomposition, une maison glauque servant de huit-clos, une légende païenne, un boogey man), elle permet à Scott Derrickson d’établir un véritable plan diabolique d’augmentation crescendo de la peur, une peur viscérale suffisamment bien maîtrisée pour que l’effet fonctionne pendant l’intégralité du long-métrage. Au centre de tout, il y a cet écrivain au succès passé à la recherche de son prochain best-seller. Mais le type de livres qu’il écrit n’a rien de conventionnel puisqu’ils se basent sur des faits divers réels particulièrement sordides, justifiant ainsi son dernier déménagement dans une maison ayant été le témoin d’une pendaison familiale des plus affreuses. Tout la mécanique de Sinister est basée autour de la découverte par le personnage central de vieux films super 8 laissés au grenier et montrant le drame, mais aussi d’autres meurtres plus anciens de familles similaires, tous plus glauques les uns que les autres.

Ce qui en début de film semble témoigner d’un manque d’imagination de la part du réalisateur (une large partie étant consacrée à la projection des films) se révèle avec le temps le moteur principal de cette peur viscérale qui s’installe sournoisement alors que nous pensions être blindé. Et cet écrivain à la recherche de matière pour son prochain livre se retrouve assez rapidement confronté à un problème de taille, l’addiction aux images de plus en plus insoutenables. Un sentiment partagé par les spectateurs pour qui le personnage central devient rapidement l’unique point de repère, malgré une conduite largement méprisable. De films en films, de meurtres en meurtres, la paranoïa s’installe progressivement pour les deux parties rendant au fil des minutes la maison de moins en moins certaine, d’autant qu’en parallèle l’introduction du boogeyman sera progressivement établie. Tout cela répond à une construction parfaitement maîtrisée et rodée, laissant des espaces choisis de respiration pour mieux prendre à revers le public et le faire sursauter au détour d’une fenêtre, d’une image, d’un écran. Et c’est en cela que le film mérite que l’on s’y arrête, car l’utilisation des jumpscares est certes éculée mais répond ici à suffisamment d’intelligence pour fonctionner avec beaucoup plus d’efficacité que dans la moyenne des productions récentes au pitch similaire.

On pardonnera assez vite à Derrickson ces facilités et un final guère surprenant (mais toutefois sinistre et effrayant) au regard de la qualité globale élevée de son film, à commencer par le choix et la direction de ses acteurs tous excellents. Le trop rare Ethan Hawke apporte un jeu tout en finesse pour peindre son personnage d’écrivain gangrené par la recherche d’un nouveau succès, quitte à faire faire les choix les plus insensés à sa famille et refuser de voir l’évidence. A la fois passionnant et détestable, il porte une interprétation d’excellente facture contribuant largement à la réussite du film. L’esthétique visuelle du film quant à elle n’est jamais trahie et conserve cette ambiance granulaire et poisseuse jusqu’au final, se substituant à un étau compressant le spectateur dans cette ambiance délétère ô combien malsaine. Avec Sinister, il faudra bien admettre que le principe d’escalade de la peur trouve ici une parfaite mise en images, une série B d’une très bonne facture tant sur la forme très travaillée que sur le fond, simple voire éculé, mais exécuté avec beaucoup de conscience générant ainsi de sérieux moments de flippe. Pour finir, louons le travail monstrueux réalisé sur la piste son qui aidera à de nombreuses reprises à vous faire surélever du fauteuil lors des moments fatidiques. Le verdict est assez simple : Sinister ne marquera pas l’histoire du film d’épouvante mais trouvera une place évidente dans votre DVDthèque spéciale Halloween.

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