Vaisseaux d'esprits

Avis sur Sky Crawlers, l'armée du ciel

Avatar Basile Valentin
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J'avais vu ce film à sa sortie, et je l'avais beaucoup comparé à Porco Rosso, ce qui fait que ma vision de l’œuvre en était complètement biaisée. J'avais apprécié les combats aériens mais les scènes sur le sol m'avaient parues d'un ennui mortel.

Plus de dix ans plus tard, après un long sentier de croix au travers de la filmographie de Mamoru Oshii, le revoir me fait ressentir l'effet inverse, à savoir qu'il se passe plus de choses au sol que dans les airs.

Outre que les scènes de combats sont impressionnantes, on pourra noter que la mise en scène de la vie quotidienne de la base ou des espaces que traversent les pilotes au sol n'en est pas moins grandiose. Le caractère statique de l'animation rend le moindre mouvement lourd de sens, et la vie qui déborde des personnages principaux dans leurs rares éclats vient souvent se perdre dans des décors figés comme des photographies. Une villes polonaises des années 50, un pub, une maison close, une base aérienne où se tient une fête vidée de tous ses participants, tout l'environnement est comme un filet qui happe les protagonistes comme pour les retenir quelques secondes de plus avant le décollage.

Parler de parallèles avec Ghost in the Shell serait convenu, tant les thèmes invoqués ici sont semblables aux réflexions du Major. Facile à tendre, les fils liant cette œuvre à Avalon permettent de mieux situer les problématiques que développe M. Oshii dans sa filmographie :

On y retrouve l'idée que le monde du jeu, à savoir de la guerre, affecte les combattants jusqu'à vider le monde réel de tout sens. La touche de science fiction lié à la gestion de corps figés dans une adolescence perpétuelle, vaisseaux d'esprits éternellement condamnés à détruire de l'avion ennemi, est semblable aux problématiques que l'on retrouve dans la figure de Murphy et la Classe spécial A. Plus formelle encore, la vision que livre le réalisateur de la technologie se rapproche des terminaux que manipule Ash (jusquaux sonorités des touches), tandis que l'orgue de barbarie métallique de Suito Kusanagi renvoie à l'esthétique d'Innocence, dont l'une des clé de voute scénaristique repose sur l'emprisonnement de l'esprit dans des boucles, à l'image des pilotes de Sky Crawlers. Ici la musique de Kenji Kawai prend tout son sens, naviguant à vue entre des chants lointains et des mélodies d'instruments rappelant des boites à musiques.

La force du film repose dans cet ensemble d'informations progressivement livrées sans coup de théâtre ni rebondissement extrêmes, laissant au spectateur le choix d'anticiper le scénario ou de se plonger dans la contemplation de scènes de vie certes mornes, mais emplies d'une nostalgie indéfinissable qui perdure une fois le film fini.

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