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Avis sur Skyscraper

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Ancien agent spécial du FBI, Will Ford a déménagé à Hong-Kong avec sa famille après une mission ratée qui le laisse amputé de la jambe gauche. Aujourd'hui consultant en sécurité, il est amené à travailler avec le propriétaire et créateur d'un nouveau gratte-ciel dernier cri. Mais quand une bande de vilains terroristes pointent le bout de leurs armes, Will va devoir retrouver ses anciens réflexes pour sauver sa famille et éliminer les méchants...

Le cinéma de divertissement hollywoodien n'a de cesse, depuis quelques années maintenant, de repousser les limites de son carcan. Toujours plus fous, toujours plus spectaculaires, toujours plus numériques et surtout toujours plus chers, les blockbusters mastodontes n'ont plus vraiment l'occasion d'oser. Le retour sur investissement demeure leur unique cheval de bataille. Et ce n'est pas le nouveau film de Dwayne Johnson, anciennement "The Rock" (héritier en bonne et due forme de Schwarzenegger dont la carrière peine toutefois à trouver une direction convaincante) qui prouvera le contraire.

Ne nous y trompons pas, si Skyscraper est très certainement raté, il n'en demeure pas moins un intéressant objet d'étude. Non pas parce qu'il s'avère ingénieux dans sa forme (une esthétique futuriste bizarroïde où tout parait lisse, propre, parfaitement dévitalisé) ni même dans sa trame narrative (mélange hasardeux et plutôt fainéant de La Tour Infernale et du premier Die Hard) mais surtout dans son statut de film de commande XXL, au double-objectif tout à fait clair : poursuivre la mise en valeur artificielle d'un comédien XXL lui-aussi - et qui mérite mieux, sans l'ombre d'un doute - et draguer le spectateur chinois, ignoré par Hollywood il y a encore quelques années.

En résulte un film profondément bipolaire, sans cesse tiraillé entre l'envie de tout faire péter (où es-tu Roland Emmerich quand on a besoin de toi?) et la peur de trop en faire. Le film installe donc son intrigue dans un gratte-ciel nouvelle génération, haut d'un bon kilomètre et abritant tout un fatras de révolutions technologiques, que les terroristes ne vont pas tarder à incendier. Sauf que l'immeuble en question est intégralement vide, ce qui non seulement détruit tous les enjeux propres au genre (sauver des otages d'une mort certaine) et nous laisse circonspects devant tous les plans larges faussement tragiques d'une carcasse métallique en feu. A moins de considérer que les immeubles aussi ont une âme, vous ne risquez pas d'en être très ému...

On peinerait presque à voir (c'est du sarcasme) à quel point le film affiche une certaine grandeur de la Chine - louant la bonté et l'intelligence de ses forces de l'ordre, se refusant à faire apparaître à l'écran les "vrais méchants", à savoir les Triades auxquelles on substitue des mercenaires européens risibles. Sans oublier le Mark Zuckerberg asiatique de circonstance, génie du high-tech débordant de qualités jusqu'à l’écœurement.

Au milieu de toute cette bouillie sans fond, on en oublierait presque Dwayne Johnson (pour le coup affublé d'une prothèse qui ne diminuera en rien ces capacités de surhomme). Ce dernier parvient malgré la pauvreté de son personnage à s'investir dans le film et livre une performance habituelle mais satisfaisante. Ce n'est malheureusement pas le cas de Neve Campbell, dont le rôle se limite finalement au traditionnel "quota de femmes fortes", de plus en plus indigeste par les temps qui courent.

Skyscraper est au final ce que de plus en plus de blockbusters deviennent : des oeuvres industrielles boursouflées, sortes de über-films programmatiques et ennuyeux qui démontrent par bien des aspects l'impasse que leur système de production est devenue. Il serait grand temps de faire un peu de place à des cinéastes plus consciencieux, plus profonds, qui sauront peut-être (s'il est encore temps) dynamiser un peu toutes ces grosses machines.

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