Ceci n'est pas du Walt Disney !

Avis sur Sleeping Beauty

Avatar John Irons Steel
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Aussi lumineux que le titre puisse interpeller, ce conte social moderne n’emprunte rien à l’œuvre de Charles Perrault qui pourrait afficher un point commun non anodin dans la disposition de ce corps inerte alloué à la gent masculine pour un plaisir non partagé.

Sleeping Beauty partage plus d’éléments avec l’œuvre de Yasunari Kawabata, les Belles Endormies (1961) qui permet à un vieillard de 67 ans de passer la nuit avec des jeunes filles droguées, plongées dans un sommeil profond et livrées à sa satisfaction. Ce délice privilégié débouchera sur une réflexion de sa vie à un âge où la mort s’approche.

Lucy, étudiante qui jongle entre la fac et les petits boulots, élargit ses compétences en tant qu’hôtesse d’accueil pour une clientèle raffinée avant qu’elle ne boucle ses fins de mois par une prostitution d’un nouveau genre qui ne lui laisse aucune souvenir de ses rapports de la veille.

De par la nature des activités de Lucy, le ton serait prédisposé à être glacial renforcé par une description du sexe pointée comme dégradante. Il n’en est rien. La caméra posée en témoin objectif, s’attarde à scruter cet autre côté du miroir, une arène des désirs inédits, qui institue l'appropriation des corps pour l’élite et bannit tout jugement à portée des personnages, consommateurs et filles volontaires compris.

En peignant cette expérience, la réalisatrice assure une saisie réaliste, non affectée par du voyeurisme et du larmoyant, prise dans une évolution naturelle dans les projets de Lucy qui est un portrait de jeune femme tout à fait crédible pour ne plus la quitter des yeux. Girl next door, elle lutte pour payer son loyer, enchaîne les jobs mais sait aussi prendre du bon temps par son comportement extraverti. C'est ce qui l'amène à postuler pour ce travail spécial qui convoque l'érotisme chez les clients puissants. En collision avec son monde dont elle maintient l'équilibre jusqu’à ce que la procédure tacite avec Clara prenne beaucoup trop d’importance, les séquences bon enfant avec Birdmann, personnage mal en point mais très apprécié de Lucy, conservent cette zone échappatoire avant qu’elle ne s’estompe pour la propulser vers une porte de sortie de son second univers à caractère morbide.

En dépit du champ et de sa profondeur qui apportent aux cadres fixes une composition esthétique maîtrisée qui fait ressortir la personnalité des décors tous soumis à un teint légèrement sombre, le film se révèle être à la fois ouvert sur l’expérience dépeinte et opaque sur certains points. La forte relation avec Birdmann aurait mérité plus d’éclaircissement parce qu’il incarne un certain mal être réconforté dans l’alcool mais les états d’âme des clients manifestés sur la poupée vivante qu’est Lucy dans des plans fixes, touchent à la fantaisie étrange qui altère la conception même d’une relation à deux.

Emily Browning, sans fard et sans pudeur, donne tout dans son personnage qui galère mais n’a pas froid aux yeux avec cette couche de complexité qui la pousse à agir dans ce sens. Sa beauté singulière renvoie la blancheur d’une innocence souillée dans ses scènes à l’apparence de tableaux du réalisme du XIXème siècle. Sleeping Beauty dérange et il l’a fait en visant une alternative à ce domaine épineux qu’est la prostitution étudiante emmenée vers un terrain des plus troublants.

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