«Know your place ! Keep your place !»

Avis sur Snowpiercer - Le Transperceneige

Avatar Benjicoq
Critique publiée par le

*** Cette critique contient quelques spoilers ****

Le coup du film complètement con sauvé par la forme, ça ne marche pas toujours. On n’est pas dans un cas comme Pacific Rim, où il n’y a clairement pas d’ambition du côté écriture, là on sent qu’il se sont tous donnés à fond (les auteurs de la bande dessinée, ceux qui ont fait l’adaptation, le réalisateur…) et c'est vraiment déprimant de voir a quel point ils ont échoué.

Parce que le gros problème du film, c’est son scénario, dans sa globalité, et plein de petits détails qui font grincer des dents un peu partout. 

Bon, déjà, il y a problème de cohérence , l’univers ne tient pas vraiment debout : Le postulat de départ, c’est qu’on a un monde fermé qui repose sur un moteur à énergie perpétuelle … Mais déjà, pourquoi un train sur une boucle de rails ? Pourquoi cette boucle de chemins de fer parcourt la terre entière et pas un circuit plus petit? Pourquoi avoir besoin de bouger en permanence?  Parce que, bon,  si on a de l’énergie a revendre avec un super moteur pour faire bouger un train de cette taille on doit bien pouvoir chauffer un gros hangar et mettre 2 ou 3 bouillottes et bien se calfeutrer… Ça me semble bien compliqué pour pas grand chose.
Ensuite, pourquoi ce système de classes  qui semble vraiment putain d’arbitraire : la classe supérieure, devant, qui vit comme des pachas la classe moyenne, qui est exploitée gentiment pour gérer la logistique - cuisine, service, milice - et les gueux à fond de cale, qu’on tolère, mais loin, s’il vous plait)  Je ne sais pas, dans un cas pareil, organiser la survie  de l’humanité dans un espace confiné me semble assez incompatible avec la présence d’une milice armée et des groupes qui se tirent dans les pattes pour le contrôle du train. Que ça finisse par arriver au bout d’un moment , pourquoi pas, mais le train a été conçu comme ça visiblement. C’est étrange.  
Mais bon ça a la limite, c’est l’univers qui nous est présenté, c’est pas si gênant, on accepte le postulat de départ, et c’est clairement plus symbolique qu’autre chose. Et puis les trains au cinéma c’est cool, je ne nie pas. Ca permet plein de rappels symboliques de partout, les cycles, le perpétuel renouvellement, le début devient la fin,  etc, je comprends bien, pourquoi pas. Mais faudrait que ça doit mieux amené que ça, éventuellement.

Mais y’a aussi plein de petits problèmes de logistique tous bêtes. Où dorment tous ces gens qu’on voit tricoter, prendre le thé ou que sais-je? On les voit évoluer dans des jolis wagons de loisirs, mais jamais les espaces où ils vivent. Où sont élevés les poulets et les vaches qu’on voit débitées en quartiers ou suspendus à des crochets du boucher dans ce grand wagon réfrigéré? Dans un train, espace super limité, était-ce vraiment indispensable d’avoir un wagon-dancefloor? On passe de la queue de train à la locomotive pendant la durée du film, et ce train comme écosystème n’est pas crédible une seconde . C’est pas faute d’insister lourdement sur ce concept. Que ça soit au premier degré, ou en métaphore poissonnière dans le wagon-aquarium-vivier.
Le train et ses différents wagons sont finement détaillés, plein de choses sont faites qui pourraient crédibiliser le décor , on essaye de nous faire sentir la vie la dedans , mais en passant à côté de l’essentiel. Il faut reconnaitre cependant une direction artistique de haute volée. Les décors comme les costumes sont magnifiques.

Au delà de ces problèmes de cohérence interne, il y a tout ce discours assez déprimant sur la révolution et la rébellion qui ne serait qu’un outil au service des classes dirigeantes. Et ça nous est asséné avec un manque de finesse total par un Ed Harris monolithique, didactique, et qui ne donne absolument pas l’impression d’être une personnage incarné, c’est un personnage-outil, chiant comme la pluie. Il n’est là que pour nous expliquer que ce qu’on a vu depuis 2 heures c’était un vilain plan de la classe dirigeante, et que de toute façon toutes ces  révoltes sont nécessaires pour réguler la population du train (ouais, tous ces gens qui meurent au combat, ça fait des bouches de moins a nourrir) et que l’idée même de révolte a été semée par la classe supérieure via un sale agent double. Le héros que l’on suivait n’est qu’un idiot utile, qui à ce moment là, semble prêt a prendre la relève du vilain / fou / capitaine mémo en mousse / prophète malade et que le cycle va recommencer avec un nouveau dirigeant . Mais heureusement, un dernier sursaut qui fait un peu de bien après tant de conneries mène a un déraillement du train et à la survie d’une meuf et d’un gamin de 8 ans, qui vont devoir repeupler la terre si ils ne meurent pas gelés dans la demi heure. Donc en gros, le message c’est que finalement, la révolte c’est pire que de se laisser porter, le chaos c’est le mal, il vaut mieux l’ordre, vu que le résultat c’est 2 personnes libres mais condamnées? C’est très étrange, on a appris a détester le personnage joué par Tilda Swinton , et finalement, on se retrouve avec une fin qui semble nous indiquer que son discours n’était pas si con. «Know your place ! Keep your place !» . Il vaut mieux accpeter un système horriblement inégalitaire, mais qui permet de rester en vie. Ah bah super.

Voila, et tout ces points négatifs sont malgré tout partiellement compensés par la mise en scène assez éblouissante de Bong Joon-Ho. C’est un vrai gâchis, parce que c’est de très haute tenue, vraiment. Il sait mieux que personne manier les ruptures de ton, de style, tout est brillant. dans le forme. Et il arrive a filmer un huis clos de manière très très dynamique. Et avec un rythme parfait.

Et c’est Putain de beau! Photo/Décors/costumes, c’est orgasmique. Les acteurs sont assez corrects en général, mais ils n’ont pas grand chose a défendre. Il n’y a guère que Tilda Swinton qui apporte vraiment quelque chose là dedans. Elle est incroyable, elle fait tout passer comme une lettre à la poste. Alors que son personnage et son traitement sont loin d’être évidents. Elle est sur le fil du rasoir entre l’humour grinçant, grotesque, grimaçant et l’horreur glaçante de cruauté et de veulerie. Et Song-Kang Ho qui est assez bon , et qu'on prend plaisir a retrouver après The Host de Bong Joon-Ho .

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