Un gouffre

Avis sur Sœur Sourire

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C’est un gouffre ! Mais le gouffre que j’évoque en titre de cet avis ne concerne pas la pauvre vie de la malheureuse Jeannine Deckers , Sœur Sourire, dont le succès unique, fulgurant, universel et incompréhensible de la chanson Dominique en 1963, qui fut longuement Numéro 1 aux hits-parade, devançant, paraît-il, Elvis Presley et Les Beatles, mais le regard ignorant, indifférent, voire hostile jeté par le réalisateur Stijn Coninx sur la vie monastique.

À dire le vrai, je suis tombé sur le film, diffusé récemment par une des chaînes de Canal+ un peu par hasard et j’ai dû en rater une bonne dizaine de minutes, celles qui précèdent l’arrivée au couvent des Dominicaines de Waterloo de la jeune Bruxelloise Jeannine ; il se peut qu’il y ait eu, durant les séquences que je n’ai pas vues, quelques indications orientant le spectateur et tentant d’expliquer le chemin d’une jeune femme de 26 ans, issue d’un milieu modeste, d’apparence peu concerné par la pratique religieuse, vers le couvent. J’ai cru déceler, dans la suite du déroulement du film, que Jeannine avait lié une amitié tendre avec une camarade homosexuelle, sans pour autant donner suite à cet attachement, mais l’arrivée chez les religieuses ne semble pas directement liée à cette relation.

Donc la jeune femme, portée par le joli sourire de Cécile de France, arrive au couvent de Fichermont et d’emblée y étonne et détonne, par certaines formes d’indiscipline et de joie de vivre qui scandalisent nombre de couventines, et lui valent, au contraire, l’affection de la doyenne (Tsilla Chelton) ou la bienveillance de la mère supérieure (Chris Lomme).

Mais le regard porté sur le mystère de la vocation monastique est balourd et aveugle, dépourvu de pénétration et même d’intelligence. Je doute fort, par exemple que la jeune Jeannine puisse s’engager dans un ordre religieux sans être tout de même un minimum au courant des règles assez strictes qui le régissent, même si celles de l’ordre de Saint Dominique sont bien loin d’être très rigoureuses : on n’est ni au Carmel comme dans Thérèse, ni à la grande Chartreuse, comme dans Le grand silence ; mais sans aller jusqu’aux hauteurs d’inspiration des films d’Alain Cavalier ou de Philip Gröning, Stijn Coninx aurait pu se dispenser de diverses nouilleries du style "*Si tu veux faire carrière ic*i" lancé à la pauvre Jeannine (on n’est tout de même pas dans une boîte d’intérim) ou de rebellions invraisemblables prêtées à la même… (À noter une séquence copiée-collée du Nom de la Rose où, dans les stalles, les religieuses scrutent la nouvelle recrue et s’épient l’une l’autre dans une galerie de portraits à la limite de la caricature)

Enfin ! Tout cela n’est pas vraiment grave pour un petit film plus proche de la télévision que du cinéma, qui relate la pauvre existence tragique d’une femme dépassée par son succès, rejetée par le bizness aussi vite qu’elle y avait été happée, devenue alcoolique et intoxiquée par les médicaments, qui s’est suicidée avec sa compagne en 1985, à l’âge de 52 ans, harcelée par le fisc belge… Pour l’honnêteté du récit, on aurait aimé que le film mentionnât que les Dominicaines que la pauvre fille avait copieusement insultées et vilipendées après son départ du couvent lui avaient tout de même acheté l’appartement dans lequel elle acheva sa vie…

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