Bateaux, héros, robots

Avis sur Solo : A Star Wars Story

Avatar Rometach
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[Remarques générales. Je n'ai pas envie de juger et noter des films que je n'ai vus qu'une fois, souvent avec peu de connaissance du contexte de production. Je note donc 5 par défaut, et 10 ou 1 en cas de coup de cœur ou si le film m'a particulièrement énervé. Ma « critique » liste et analyse plutôt les éléments qui m'ont (dé)plu, interpellé, fait réfléchir, ému, etc. Attention, tout ceci sans égard pour les spoilers !]

J'ai vu Solo: A Star Wars Story au Festival de Cannes, et cela m'a beaucoup aidé à l'apprécier. En effet, au milieu de beaucoup de films au rythme très distendu, celui d'un film de genre (que j'ai trouvé, et c'était ce à quoi je m'attendais, maîtrisé et classique dans sa forme) m'a procuré un contrepoint agréable.

Du film, je retiens : deux scènes qui m'ont plus, deux éléments (et demi) qui m'ont déplu, et un dernier sur lequel je m'interroge.

J'ai adoré la course-poursuite au tout début. Ça ressemble à une course de voitures : ce sont des véhicules de même gabarit, dans un décor urbain, mais au fond c'est une course de bateaux : les dits véhicules flottent à quelque distance du sol (par la magie de la gravité et de la science-fiction), si bien qu'ils ont une inertie similaire à celle d'un hors-bord. Ce mélange pourtant simple (bateaux+murs), dans une séquence soignée, qui prend le temps de montrer cette spécificité et d'en jouer, m'a comblé : c'était pour moi nouveau et inventif, bref plaisant.
J'ai aussi beaucoup ri lorsque le Faucon Millénium cesse un instant de fonctionner après l'ajout d'une goutte de super-carburant (à l'issue d'une scène très étrange impliquant un succédané de trou noir et un calamar géant de l'espace). Le gag est attendu, c'est un classique, mais un classique dont je ne me lasse pas.

Ce que j'ai moins aimé, c'est surtout l'héroïsation du personnage de Han (Alden Ehrenreich), un personnage qui a absolument tout pour lui, sans qu'il y ait de raison particulière à cela. Le jeune Han me paraît même plus badass que celui qu'interprétait Harrison Ford, lequel était il me semble simplement rusé et expérimenté. Dans Solo, Han est un pilote hors pair, un as de la gâchette... et invincible (à moins de tricher éhontément) au poker-galactique - n'y avoir jamais joué auparavant ne l'empêche pas de plumer les champions du coin. C'est une figure de héros qui me ramène au mode de réception des premiers films, conçus comme une mythologie, dans lesquels les héros suivent une trajectoire parfaite et semblent de toute façon imbattables (en plus naïf même, puisque les obstacles à surmonter présentent moins de difficulté) et s'éloigne de la tonalité des épisodes récents, où les lignes sont plus flous, au profit de l'incertitude et du suspense.
Et puis j'ai trouvé la performance d'Émilia Clarke quelconque - pas mauvaise, mais très peu charismatique. Elle m'a vraiment semblé un ton en-dessous de toustes les autres.
(Par ailleurs, je ne suis pas assez la franchise Star Wars pour savoir avant de voir Solo que Darth Maul avait survécu à l'épisode I ; je l'ai découvert ici, mais cela m'a lassé, de constater une fois de plus qu'être découpé en deux et tomber dans un puits sans fond ne suffit pas à tuer un personnage au fort potentiel commercial...)

Enfin, il y a un personnage sur lequel je n'ai pas réussi à me faire un avis : le droïde L3-37 (Phoebe Waller-Bridge), qui milite pour les droits de ses semblables. J'ai trouvé le personnage sympathique, sa relation avec Lando (Donald Glover) touchante (le « décès » de L3-37 qui bouleverse Lando est je crois la seule situation qui m'ait ému au cours du film, même si elle n'est pas spécialement mise en avant), et ses punchlines amusantes. Mais je ne sais pas comment interpréter l'incursion de ce rôle militant dans un film hollywoodien mainstream : L3-37 a à la fois quelque chose de ridicule (par son côté obsessionnel, et sa cause qui contraste parfois avec les enjeux conjoncturels du film) et de noble (par sa sincérité, son dévouement à sa cause). En fait, j'ai l'impression qu'il s'agit d'un personnage dans l'air du temps, symptôme d'une représentation de plus en plus présente, mais que je ne trouve guère de prises pour y accéder parce qu'il recèle énormément d'impensé. Dans un film qui si je me souviens bien n'atteint que le premier échelon du test de Bechdel, et où les comédien-ne-s restent très majoritairement caucasien-ne-s, la lutte pour l'égalité des droits (des droïdes et des autres) n'est sans doute pas un sujet qui préoccupe particulièrement les réalisateurs (Phil Lord, Christopher Miller, Ron Howard) et scénaristes (Jonathan et Lawrence Kasdan), tous des hommes blancs. J'ai malgré tout envie de recevoir cette L3-37 avec un regard positif, et d'en retenir les aspects enthousiasmants, que la démarche soit ou non portée par de bonnes intentions ou une réflexion approfondie.

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