Tête sous l'eau

Avis sur Solo : A Star Wars Story

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Je ne suis pas fan de la Guerre des étoiles. Ceci considéré, suis-je tombé dans le piège de la facilité, novice que je suis, aveuglé par le spectacle ? A mon sens, point de poudre aux yeux : j'aime le cinéma, et Solo en a revendre. Je connais et apprécie Han Solo ; ce film ne me l'a pas trahi. Surtout, je suis à l'affût des propositions de Disney, que je me figure comme le Molock de Metropolis , monstre rouleau compresseur immobile protégé par ses adeptes. Si le Réveil de la Force me touche et que Les dernier Jedi m'a convaincu, déjà Rogue One m'a plus refroidi et surtout, l'éternel schéma narratif aux résonances mythologiques m'usait : si j'espère que le IX sera dans la continuité des épisodes de la troisième trilogie (plutôt que la "postlogie", un surnom qui achève de faire de la trilogie originale un culte fatiguant), j'espère surtout que le 7ème art qui a vu naître la saga de l'espace se diversifie autant que son univers étendu, que je connais à peine mais qui miroite de splendeur (la B.O de The old Republic , dans la continuité et l'évolution de Williams, le roman La croisade noire du Jedi fou qui a crée ce sadique de Thrawn…). Et Solo le détesté m'a tout également fait entrevoir cette évolution.
Car Les derniers Jedi m'a plu mais reste dans l'ombre des épisodes élevés au nu 4,5 et 6. Idem, et plus gravement encore, pour le plébiscité Rogue One que je trouve bien creux d'enjeux et de personnages ; le film sans thématiquement ou stylistiquement s'inscrire dans une continuité (pour formellement s'en détacher), reste trop timidement dans les clous de la saga, avec nombres de passages obligés (et fondamentalement n'évolue pas). Une variation trop timide sur le même thème, celui de l'émergence du héros et de l'espoir, de la transcendance spirituelle du conflit, du jeu sur le père de substitution et du méchant avec une cape. Tout y passe. Quid de Solo ?
Ma perspective critique de la Guerre des étoiles, celle qui me fait jouer au bingo des clichés à chaque nouvel épisode, est vite désarmée : c'est un personnage frondeur qui nous est présenté. A la cool, Han n'est pas encore Solo et simplement mû par un élan romantique presque grotesque qui dépasse tout bon sens : ça fleure bon le blockbuster décomplexé. La nostalgie à outrance qui ronge le public actuel, étrangement, préfère l'apparence de l'ancienne époque que son essence. Parce qu'est-ce que ce personnage d'éphèbe dont le nom de légende vient d'un blanc administratif, qui rencontre hasardeusement son acolyte de toujours, sinon une coïncidence retourverslefuturesque qui fait se croiser un héros et son destin malgré l'immensité de l'univers ? C'est sûr que l'erreur vient plus de la raison qui motive à construire une telle histoire : comment Solo peut être pertinent quarante ans après la naissance du personnage, à l'ère de la pre awareness, où le public n'entre plus dans une salle sans vraiment savoir ce qu'il va voir ? C'est simple, personne ne pouvait aborder le film, ni le studio ni le spectateur, sans méfiance. Il s'agit donc de voir ce qui a été sauvé de la noyade, lorsque Disney a clairement sabordé le projet avec sa com' hasardeuse et une sortie cinq mois après le précédent opus qui a désarçonné le public.
Solo n'est pas mal écrit mais anachronique, ce qui le rend à mes yeux d'autant plus réjouissant : il est, plutôt qu'un constant appel du pied embelli de CGI qui réactualise les fantasmes tout en maquettes de la trilogie originale, un bond plus assumé dans l'ancien temps.
La jeunesse de Han Solo n'est pas littérale : on encapsule en 2h de film l'essentiel de sa légende, sans que s'écoule un véritable temps d'apprentissage. C'est un défaut : le charisme du personnage (pourtant jouer par le convaincant Alden Heirenreich, qui s'en sort comme il peut dans cette fuite en avant de péripéties qui ne se pose jamais) semble très artificiel et son parcours un name dropping de ses plus grands exploits qui tient parfois du détail que l'on ne désirait pas voir éclairci (la prise de contact avec Jabba le Hutt jetée entre deux répliques à la fin donne une sensation de paresse). Mais c'est le seul résultat négatif qu'a retenu le public. A mon sens, cette inconséquence est aussi une qualité : faisant fi de la crédibilité, Solo porte son sujet avec la conviction d'un jeune premier et veut couvrir tout le champ des terreurs, émois et désillusions de son héros. Difficile de donner un vrai bon point au film là dessus cependant, cette qualité tenant plus de la conséquence que de l'intention. Le scénario trahit trop d'opportunisme : comment justifier autrement cette hasardeuse apparition de Dark Maul où ce Faucon Millenium à peine modifié visuellement mais qui a quand même eu droit à sa gamme de jouet ?
Solo a donc une tare massive à l'égard de la saga : il semble s'en servir plus que s'y connecter. Mais étant suffisamment détaché de celle-ci, j'ai réussi à m'extirper de ce défaut. Un défaut que je reconnais sans problème mais qui ne m'a jamais gâché le plaisir de visionnage, contrairement à Rogue One qui peinait à ne sortir que superficiellement de l'ombre des films précédents qu'incarnait une massive Etoile noire dans le ciel. Ici, pas de sabre laser où de code moral plombant, on se plonge dans Solo les yeux brillants, porté par le souffle fantasmatique de son concept. L'histoire d'un contrebandier de l'espace, dans tout son foisonnement : la table de jeu ne sonne que rapidement comme une cantina bis, car l'enjeu s'élève vite dès lors que le Faucon Millenium est parié aux cartes. Dryden Vos où Beckett apportent une vraie fraîcheur : ils ne sont ni manichéens comme les personnages de la trilogie originale, ni en position d'observateur du monde qui les entoure comme ceux de la dernière. Ils ont simplement une histoire qu'ils portent dans leurs jeux, leurs costumes où leurs actes. Comme les autres opus dirions nous, seulement Solo fonctionne à un degré bien moins mythologique que les autres épisodes, bien plus encore que dans Rogue One : ici, les enjeux sont humains, les vies non pas symboliquement sacrifiées dans une guerre mais bien perdues par accident. Et ça, c'est un vrai renouvellement.
Un dernier mot sur l'esthétique, tout aussi controversée : d'abord, j'applaudis le pari de la photographie du film, qui passe progressivement du sombre désaturé au clair frappant. Simple mais efficace outil narratif qui représente l'avènement du héros, il privilégie le sens du chemin du protagoniste que la beauté lisse et sans challenge d'une grande majorité des autres épisodes (beauté esthétique plutôt que plastique, s'entend). Un parti pris auteurisant, fort, qui donne une vraie dimension artistique au film, contrebalançant les intentions économiques. Ron Howard à la barre, c'est également une qualité : loin du yes man qu'on l'accuse d'être, Howard recherche constamment l'humain dans l'abstraction dans laquelle il s'évertue à se perdre. Que signifient nos objectifs, nos obsessions ? Pourquoi frôler de si près la mort dans Rush ? Chasser un animal à la rage divine dans Au coeur de l'océan ? Condamner l'homme par le dogme religieux (donc intangible) dans sa trilogie Da Vinci code ? Et dans Solo , pourquoi se perdre dans le crime et les étoiles ? Howard sait créer une atmosphère très concrète (formidables scènes de batailles dans les rangs de l'Empire) et une caméra quasi documentaire (la fusillade au sortir de la mine, scène très efficace avec ce plan en caméra portée coupe souffle où Lando s'élance pour sauver son droïde) en opposition à des instants suspendus d'abstractions fantastiques plus que science fictionnelles. En exemple, une autre séquence décriée que je trouve impressionnante, la rencontre du monstre tentaculaire ; vraiment massive, elle crée un espace temps mystique de danger, déconnecté de toute réalité du film qui fait s'affronter le courage du protagoniste et son destin tragique qui prend une forme terrifiante (autre moment comparable, plus narratif : la dernière confrontation de Han et Beckett, aux relents de western post moderne). Les acteurs enfin, vont je le conçois du médiocre (réveillez Emilia Clarke svp) à du très sympathique (comme tout le monde, j'approuve Donald Glover, et je réitère conçernant Woody Harrelson et Paul Bettany).
Solo est hué comme un bâtard, malgré ce qui me semble être un retour à la pure inconséquence 80's, pop et généreux, malgré des intentions mal placées (et une gestation catastrophique). Ce n'est clairement pas le projet le plus acéré de l'Histoire de la saga, le plus suivi et bichonné. C'est ce qui lui donne, par extension, sa touche décomplexée, loin d'une lourdeur fanatique. Aujourd'hui, le public est déçu : demain, lorsque La guerre des étoiles dormira un temps, qui sait si, après une dizaine d'itérations en série live où autres spin offs, personne ne donnera à Solo une seconde chance ? Pour cela, il faudrait que la sphère de fan qui gravite autour soit prête à accepter que chaque opus ne sera pas une application sage des canons, mais une récréation qui, au mieux, change la donne et, au pire, fait passer un bon moment de cinoche. Ouais, c'est pas gagné quoi...

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