J’ai fait un beau voyage dans un rêve de Paris

Avis sur Sous le ciel de Paris

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Sous le ciel de Paris est un film choral où l’on suit une journée exceptionnelle de quelques Parisiens : un père ouvrier gréviste qui fête son anniversaire de mariage, une fillette qui fugue, une vieille dame forcée de mendier pour nourrir ses chats, une naïve Provinciale montée à Paris pour réussir, un tueur psychopathe et un jeune médecin tellement traqueur qu’il a échoué plusieurs fois à l’examen d’internat. Ils sont des figures éternelles de Paris et de l’imaginaire populaire. Ils pourraient être de maladroits clichés. Et pourtant, il n’en est rien. Je marche à fond. C’est par la grâce de la lumière qui ensoleille l’image et fait rêver à ce Paris d’antan, à cette société populaire et humaine qui n’existe plus, faite de gens qui dialoguent et de plaisirs simples. C’est grâce à une habile conduite du récit dont les fils s’entremêlent avec élégance pour amener au dénouement final (dépassant l’artifice souvent loupé du film à sketches). C’est grâce à un découpage fluide servi par une caméra virevoltante.
D’ailleurs, ce Paris d’antan a-t-il existé? Julien Duvivier lui-même y croyait-il en 1950? Ce n’est pas tout à fait sûr. Son film fait penser à l’âge d’or du réalisme poétique, mais il arrive dix ans et une guerre épouvantable après. Duvivier a déjà montré qu’il n’y croyait pas. La vie y est triste et joyeuse, comme dans La Belle équipe, où Duvivier montrait son pessimisme. Dans Panique, en 1947, il faisait des allusions à des standards du réalisme poétique pour en retourner les symboles. Les clins d’oeil à René Clair sont flagrants (notamment un plan sur les toits) avec un titre si semblable à Sur les toits de Paris. Duvivier n’était pas dupe de l’imagerie populiste trop joyeuse pour être honnête. Mais cela ne l'empêchait pas de rêver. Et de proposer un bel hommage à un passé populaire déjà mythique et aux films qui l'ont construite, les symphonies de ville, les films d'atmosphère, les mélodrames et les comédies du Front populaire...
Et comme tout rêve, elle a une part d’ombre qui laisse certes songeur mais aussi inquiet. Il y a bien sûr ce peintre psychopathe qui se bat en vain contre ses pulsions meurtrières. Mais il y a aussi le périple de cette petite fille lancée dans dans Paris devenu un vaste monde fait de contrées inconnues qui bordent la Seine, menée par un jeune batelier prêt à l’abandonner quand le jeu l’ennuie. Et la misère de cette pauvre femme qui ne peut même pas acheter du lait, attaquée par des chats ingrats. Ces scènes sombres (ainsi que celle de l’opération chirurgicale), servies par une magnifique photographie expressionniste, créent un nouveau gothique, celui du fantastique et de l’horreur cachées derrière le quotidien...

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