Pas (encore) de printemps pour Ghibli

Avis sur Souvenirs de Marnie

Avatar Jonsey Norgit
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Avec le départ en retraite des 2 fondateurs piliers, Miyazaki et Takahata, Ghibli était légitimement en droit de se demander ce que l’avenir réservait. En effet, si l’on retire les réalisations des deux maîtres (quoique le dernier Takahata ait bien bidé, semble-t-il…), aucun autre film du studio n’arrivait à pleinement conjuguer vrais succès commerciaux et reconnaissances critiques et artistiques.
Certes, « Arrietty » était très sympathique, bien qu’inégal. Mais on ne peut pas en dire autant des très moyennes copies de Miyazaki junior (Les Contes De Terremer, La Colline Aux Coquelicots)… Pourtant tous ces derniers films étaient supervisés de très près par les deux fondateurs mythiques.

Du coup, à la sortie du petit dernier, 1er film sans aucune influence de Miyazaki ou Takahata, Qu’en est-il très exactement ?

Le réalisateur d’Arrietty décide de raconter à nouveau une histoire d’amitié, légèrement teintée de fantastique, mais le tout sous un angle très intimiste et mélancolique. Rien à reprocher à ce sujet et, même, il n’y a presque rien à redire sur l’histoire dans son ensemble. Les personnages eux-mêmes sont tous crédibles et assez attachants, à commencer par les deux héroïnes. La 1ère, Anna, orpheline de 12 ans douée en dessin et étouffée par sa propre vie, et la jeune et énigmatique Marnie, aussi belle que profondément seule. Chacune des deux, à leurs façons, changera radicalement la vie de l’autre. Simple, poétique, très poignant même si l’on regarde la fin du film.

Mais pourtant, même avec une aussi belle histoire, le traitement et la réalisation ne rendent malheureusement pas toujours justice.

Comme toujours l’animation est d’excellente qualité, les décors et les couleurs rendent magnifiquement bien… Mais tout cela est beaucoup trop impersonnel. La campagne, les marais, les vieilles demeures… Tout semble être tiré des divers films précédents.

La musique, composante émotionnelle essentielle chez Ghibli, fait correctement son travail même si elle ne marque à aucun moment. Quand elle n’est limite pas en train de plagier (même involontairement), sur son « air principal », le morceau « Etude » de Mike Oldfield (générique de fin de « La Déchirure »).

Les personnages, même si tous très touchants à leurs façons, ne sont malheureusement pas exempts de défauts dans leurs traitements.
L’oncle et la tante accueillants Anna remportant d’office la palme de tuteurs les plus irresponsables imaginables (pire que la maman dans « Ponyo »). Laissant vadrouiller leur nièce mineure partout et n’importe quand sur une île qui lui est inconnue, ils réagissent à peine lorsqu’elle est retrouvée inconsciente à terre en pleine nuit sur le bas-côté de la route…
De même, la relation Anna/Marnie, bien qu’émouvante dans le fond, est souvent très discutable dans la forme. Quand le réalisateur ne cède pas à l’insupportable cliché de faire rire de façon très niaise ses héroïnes pour un rien, il rend ses dialogues ambigus au point de créer des sous-entendus lesbiens quasi-constants. Fait d’autant plus dérangeant à la vue du contexte du film…

Malgré une première partie très prometteuse et bien amenée, le reste du film cède malheureusement à certains clichés et à une réalisation beaucoup trop impersonnelle et ennuyeuse. Certains rires gênés et cyniques se contiennent, ce qui est un comble devant une telle histoire et devant un Ghibli en général.
En résumé, les idées et les talents sont bien là, mais la magie et la vraie beauté sont encore trop peu présentes pour convaincre. Intéressant et touchant, certes, mais d’une simplicité décevante à la vue d’un tel potentiel émotionnel.

Le dégel débute petit à petit, c’est indéniable. Mais l’hiver persiste encore chez Ghibli. Malgré le splendide soubresaut que fût « Kaguya » l’an dernier. A suivre !

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