Escapade curative malhabile

Avis sur Souvenirs de Marnie

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Veine ou non, mon désintérêt à l'encontre des Souvenirs de Marnie m'aura évité une sacrée douche froide a contrario de ma comparse de cœur, celle-ci trépignant de découvrir ce Ghibli mineur ; mais tel un oiseau de mauvais augure, la présence de Hiromasa Yonebayashi aux manettes, ou plus factuellement du réalisateur du passable Arriety, laissait entrevoir un visionnage secondaire... ou pire.

Comme de juste, cette adaptation d'un roman de Joan G. Robinson tient davantage de la déception en bonne et due forme que d'un coup d'éclat made-in-Ghibli, ce récit centré sur les déboires d'une adolescente mal de chez mal dans sa peau n'emportant qu'à grand peine notre attachement ; l'idée de départ n'est pourtant pas dénuée d'intérêt, les Souvenirs de Marnie dépeignant la psyché tourmentée d'une jeune fille paumée à souhait, entre héritage pesant de l'adoption et mal-être tenant de l'asociabilité la plus totale, son asthme (costaud pour le coup) tenant alors du détail limite anecdotique (si l'on passe outre sa nature d'outil au service de l'intrigue).

Bref, la fameuse Anna en tire une couche à tel point que ses excès en tous genres la rendent, fort rapidement, antipathique comme pas deux : une entrée en matière en somme problématique, la retraite de la demoiselle au plein air manquant alors d'accroche, de quoi occulter la bonhomie rafraîchissante des Oika (en total contraste avec leur parente) ; à ce stade du récit, prôner la patience se devait être de mise, la suite des évènements pouvant marquer un tournant décisif tant en termes de protagonistes que d'atmosphère (jusqu'ici morose).

Mais voilà, comme pour donner raison à mon acolyte déjà prête à jeter l'éponge, la virée onirico-fantastique qu'empreinte finalement le long-métrage manque à son tour le coche : entre composante capillotractée, non-sens chronique et illogisme implacable d'une Anna n'ayant pas les yeux en face des trous, ce traitement spirituel avançant à tâtons (sa progression n'est alors pas certaine) foire dans les grandes longueurs l'approfondissement d'une figure principale en perdition ; un écho des plus négatifs à des dialogues d'une platitude effarante (à moins de ne les interpréter au second degré, auquel cas on obtient un délirant amour secret liant deux jeunes homosexuelles inavouées).

Difficile en somme de se prendre au jeu de cette vision, brouillée de part en part, d'une âme fiévreuse en quête de réponses... ou plus simplement de guérison : suspendue à ses axes de développements allégoriques, détournés ou que sais-je encore, les Souvenirs de Marnie se perd tout bonnement en chemin, le spectateur lui emboîtant le pas sans savoir sur quel pied danser ; un constat des plus regrettables d'autant que l'once d'éclaircissement finale, certes incomplète (ce qui est voulue) mais révélatrice à bien des égards, confère au tout une tonalité mélancolique enfin touchante (ce dernier quart d'heure est, de fait, un rayon de soleil rassurant au sein de ce satané brouillard).

Ce semi-fiasco s'avère d'autant plus dommageable que l'on passe aisément à côté d'un pan formel des plus réussi, Ghibli n'ayant sans surprise aucunement perdu la main d'un point de vue purement technique ; on retiendra donc surtout un beau foutoir narratif, les Souvenirs de Marnie et son protagoniste principal ne parvenant jamais à conjuguer efficacement sa teneur scénaristique et une ampleur émotive sans garde fou.

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