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Avis sur Space Jam

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Qu’il est difficile d’aborder le cas Space Jam sans une vive nostalgie, l’association des Looney Tunes de la Warner au gratin de la NBA des années 80/90 étant de celles à mêmes de marquer toute une génération de spectateurs. Avec le recul, il est alors intéressant d’opérer une rapide distinction entre ses facéties cartoonesques et l’industrie de la balle orange, l’icône Michael Jordan s’apparentant au seul visage vraiment connu de cette dernière… du moins était-ce le cas pour le gamin que j’étais.

Les temps ont depuis changé : le ballet annuel de la grande ligue m’enthousiasme, tandis que les Bugs Bunny et autres loustics déjantés composent de joyeux souvenirs. Avec le recul, revoir Space Jam était ainsi l’occasion toute indiquée de découvrir des Larry Bird, Charles Barkley et consorts se prêter au jeu d’un délire improbable, dont l’existence fait invariablement écho à la réussite du ténor du genre : Qui veut la peau de Roger Rabbit, référence indéniable de son état.

Une anecdote de Neil Boyle lie cocassement les deux œuvres : producteur de Space Jam, Ivan Reitman (Ghostbusters) aurait demandé conseil à l’illustre Robert Zemeckis quant à la conduite à tenir avec pareil projet, ce à quoi ce dernier lui aurait répondu « Don’t do it, it nearly killed me. » … ambiance ! Mais par-delà l’empreinte savoureuse d’un tel retour d’expérience, force est de constater que le film de Joe Pytka est depuis entré dans la postérité : reste à déterminer s’il s’agit d’un véritable tour de force ou, plus raisonnablement, d’un marqueur culturel et contextuel d’une époque désormais révolue.

Sans trop de surprise, c’est bel et bien la seconde hypothèse qui prévaut, Space Jam n’égalant en rien ses maîtres : car sitôt que l’on gratte son vernis méta (Bill Murray s’en donne à cœur joie), et que le soufflet nostalgique retombe, il ne subsiste guère plus qu’un divertissement survitaminé peu consciencieux. Techniquement pâlot en comparaison de son modèle, ce qui chiffonne le plus demeure la nonchalance chronique caractérisant ses ressorts et enjeux : certes, le second degré qu’invoque les Looney Tunes tombe sous le sens, mais l’on s’étonne de la manière dont le film traite du choc entre ces deux univers (il ne s’en embarrasse guère en l’espèce).

Cela tient peut-être du détail anodin, mais « l’enlèvement » de Michael Jordan sur le green s’avère proprement sidérant, ses acolytes ne tardant pas à plier bagage sans même s’inquiéter. Le registre délirant dans lequel s’inscrit Space Jam tendrait à légitimer la chose sur le papier, mais le problème est que ce genre d’anicroches pullulent en son sein : néanmoins, tel le revers de la médaille, force est d’admettre que son esprit bon enfant et son énergie communicative, effet toon oblige, lui permet de sauver la face.

À l’instar d’un The Last Dance, encore que le parallèle ne soit pas forcément pertinent, il faut bien convenir qu’il s’agit enfin là d’un produit à la gloire d’un Michael Jordan à la stature sans commune mesure (et pourtant, le second three-peat n’était pas encore à l’ordre du jour) : fort heureusement, l’échange introductif avec son père constitue à n’en pas douter une séquence ne laissant pas indifférent (du rêve en barre), tandis que le formidable générique s’ensuivant s’apparente au véritable coup d’éclat de Space Jam (quel punch).

S’il est des plus perfectibles, le long-métrage de Joe Pytka se sera malgré laissé revoir sans déplaisir. Et il est indéniable qu’il sera peu aisé pour A New Legacy et LeBron James de marquer aussi bien son public.

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