Noir, c'est noir ...

Avis sur Spetters

Avatar Nwazayte
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Si Paul Verhoeven est un auteur à scandale, Spetters est sûrement le film qui correspond le mieux à l'étiquette du "Hollandais violent" qui lui fût attribué. Pas étonnant, de fait, que le film ait fait son petit effet aux Pays-Bas lors de sa sortie en 1980. On y suit donc trois jeunes amis d'enfance adeptes de motocross. Rien de bien méchant a priori mais le film dévoile, passé sa première heure festive et sexuée, une noirceur rare.

Un film âpre, sale et violent donc, sorte de penchant trash dérangeant aux comédies type Saturday Night Fever avec Travolta, auxquels il fait explicitement référence, comme Turkish Délices fut la parodie ultra-sexuée et libérée des premières romances américaines. Film générationnel que ce Spetters. Oui mais pas que.

La violence chez Verhoeven, et tout particulièrement dans Spetters, n'est pas uniquement physique bien que le film contienne, à ce niveau, des séquences marquantes (dont le fameux viol homosexuel mais aussi bagarres, agressions ...etc). Elle est surtout et essentiellement morale, et se manifeste dans des contradictions brutales. Verhoeven joue avec les antagonismes, de la famille chrétienne fondamentaliste de Eef à la frénésie de cet univers de motards libertaire et très sexué, des chutes de motocross aux beuveries qui les suivent ... Tout un film pétri de dichotomies radicales, qui, bien évidemment, ne feront pas de Verhoeven le plus subtil des cinéastes ... Pas grave, son film tend vers la même idée de représentation frontale, et on pardonne aisément à Verhoeven ses énormes sabots.

Il y a d'ailleurs beaucoup de beauté qui se dégage de cette noirceur désespérée, le film étant sûrement l'un des plus déprimants et sans concessions de la carrière de Verhoeven. Ce que je lui reproche, en revanche, c'est la fine part de cynisme qu'il y a aussi dans cette noirceur et qui se manifeste surtout par l'incapacité pour Verhoeven d'écrire certains personnages autrement que comme des salauds ou des opportunistes. C'est le cas de Fienje, qui n'est intéressée que par l'argent et l'ascension sociale, mais en fin de film, le Hollandais violent lui laisse sa minute de valorisation, donc why not. C'est surtout le cas du père de Eef et du personnage de Rutger Hauer (carrément sous-exploité) que Verhoeven a du mal à peindre autrement que sous les traits de gros connards.

Mais bon, très bon film quand même et encore une fois, rien à dire sur la maestria de la mise en scène (et du montage qui contribue beaucoup à la violence du film lui aussi !) de ce cher Paul. Respect.

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