Spetters
7.3
Spetters

Film de Paul Verhoeven (1980)

Verhoeven dans sa phase hollandaise (une expérience de réalisation semée d'embûches qui le poussera à émigrer aux États-Unis) ne ressemble à pas grand-chose d'autre au cinéma, et ne serait-ce que pour ça des films imparfaits comme Spetters méritent le détour. Un avant-goût de la déflagration à venir dans Showgirls, un film qui a subi au moins autant de critiques en tous cas. Un film très bizarre aussi, car au-delà des maladresses de mise en scène et de scénario qui rendent l'histoire de ces trois jeunes prolos peu passionnante, il y a de très nombreuses dispositions qui retiennent l'attention, presque malgré elles. Pourquoi avoir exploité ainsi Rutger Hauer, limité à quelques apparitions dans le rôle d'une superstar de motocross ? Avec le corollaire concernant Jeroen Krabbé, dans une moindre mesure.


Le film baigne dans ses oppositions de principe, sa tendance au manichéisme, ses dichotomies à la truelle, et toutes ces marques de non-subtilité qui font autant son charme que le motif de son enfermement dans une case connexe au téléfilm étrange. Mais on ne s'intéresse pas à Verhoeven pour sa subtilité, c'est une évidence, plutôt pour son caractère frondeur, sa frontalité, sa crudité aussi qui font parfois oublier ses gros sabots. On retrouve deux thématiques qui font office de charpente à sa filmographie, le sexe et l'argent, c'est ce qui préside à l'existence des trois protagonistes, ce qui les unit autant que ce qui conduira à pourrir leurs relations, quel que soit le niveau social.


On s'amuse donc à les voir faire semblant de faire l'amour pour le prestige, s'engager dans des concours de bite pour savoir qui accostera la pulpeuse Renée Soutendijk (une vendeuse de baraque à frites très opportuniste, une présence extrêmement forte), dans une ambiance qui pourrait presque relever du conte social — la princesse et ses trois prétendants. Portrait de trois adolescents errants, déchus, roulant de désillusions en désillusions. Si je ne goûte pas à cette façon très brute de mettre en scène le suicide d'un handicapé impuissant ni à sa provocation pour montrer la découverte d'une homosexualité lors d'un viol collectif, son ton pessimiste sans être misérabiliste et tout ce travail d'explicitation dresse le portrait d'un monde inhospitalier qui n'est pas pour me déplaire.


http://www.je-mattarde.com/index.php?post/Spetters-de-Paul-Verhoeven-1980

Morrinson
6
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le 1 nov. 2021

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Morrinson

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