De l'urgence de se renouveler

Avis sur Spider-Man : Far From Home

Avatar Scaar_Alexander
Critique publiée par le

L'auteur de ces lignes ne prévoyait pas d'aller voir Spider-Man : Homecoming, au cœur de l'été 2017. Un reboot lui avait suffi. Et pourtant, il y est allé. Pas super emballé par l'expérience, il prévoyait encore MOINS d'aller voir ce Spider-Man : Far From Home (FFH). Résultat des courses ? Rebelote. Appelons ça l'effet Marvel : on en a vu dix, autant en voir onze, on en a vu onze, autant en voir douze, etc., ce jusqu'à ce que Disney décide d'arrêter, c'est-à-dire jamais, du moins tant qu'aucun hiver nucléaire ni aucune pandémie bien salissante ne seront venu gâcher sa petite fête. Ce n'est pourtant même pas comme s'ils se cassaient la tête : la majorité des films du MCU ne cassent pas trois pattes à un caneton. Il était parfaitement compréhensible de ne pas être intéressé par FFH, étant donné l'intérêt très limité de son prédécesseur, qui n’avait pour lui que son jeune interprète Tom Holland, choix plus inspiré qu’Andrew Garfield, son antagoniste, un des rares satisfaisants du MCU, et un distrayant humour bon enfant (ce qui est déjà ça, direz-vous). C'est vrai, ça, pourquoi croire qu'il allait être moins oubliable ? Et pourtant, rebelote : exactement comme Homecoming, ce deuxième opus, c’est un cinq sur dix tout rond, soit la valeur d’un Marvel mineur, qui n’a RIEN de remarquable, mais arrive à assurer, bon an, mal an, le minimum syndical de l’entertainment dans cette prolifique catégorie. Le divertissement du genre qui énerve un peu parce qu’on n’a pas envie de tomber une nouvelle fois dans le panneau, sauf que si. Du coup, si le film ne mérite pas mieux qu'une critique en forme de plus et de moins, et rien de plus sophistiqué que ça, on finira quand même sur les plus. Parce que popcorn.

LES MOINS :
- L’abus des effets spéciaux numériques, de ces sacro-saints CGI qui donnent des ailes aux producteurs du monde entier, persuadés que touuuuut est possible, quitte à remplir le cadre à ras-bord et manquer de boire la tasse. On ne parle pas d’effets spéciaux de mauvaise qualité, attention, le standard Marvel est respecté… juste surexploités. En résumé, si vous êtes rétif à cet abus trop courant, attachez vos ceintures. D’aucuns diraient qu’il faut vivre avec son temps : la plupart des Marvel partagent cet écueil. Ce serait une justification paresseuse.
- L’identité visuelle du film, ou plutôt son ABSENCE d’identité visuelle forte, dans la continuité de Homecoming. La réalisation de Jon Watts s’est améliorée, l'homme est notamment un peu plus à l’aise dans les scènes d’action, mais la photographie de Matthew Lloyd (Power Rangers...) se plie médiocrement à des normes du MCU qui, avec le temps et donc les répétitions, lassent sévèrement. C’est donc une critique que l’on peut faire à l’égard de bien de ces films, on sait.
- L’absence de thème musical fort contribue à ce manque de caractère. Début juin, les cuivres de Hans Zimmer sauvaient le médiocre Dark Phoenix de l'inanité ; on aurait aimé que Michael Giacchino, compositeur lui aussi brillant, fasse pareil ici.
- L’insipide premier acte du film (celui qui englobe Venise et Prague, et se clôt sur le twist Mysterio), b.-a.-ba du teen movie ras des pâquerettes avec gags potaches, dialogues insignifiants sur l’amour et l’avenir, meilleur pote faire-valoir, et high school crush, donnant un peu l’impression d’être renvoyé à l’époque des potacheries post-American Pie dont les titres « français » commençaient tous par « American ». Ça ne volait déjà pas très haut dans Homecoming, ça ne s’arrange pas cette année. En fait, ça rappelle un peu les trois premiers épisodes de la saison 3 de Stranger Things. Eux étaient une encore plus grosse perte de temps, puisque plus longue. Désolé.
- L’humour ne fait que très partiellement mouche. La majeure partie du temps, vous sourirez, au mieux. Il semblerait qu’avoir réduit de trois quarts le nombre de scénaristes n’a pas servi FFH. Ce qui est plutôt décevant là aussi, car on attendait mieux de Chris McKenna, à qui l’on doit quelques-uns des meilleurs épisodes de Community, comme Conspiracy Theories and Interior Design et Remedial Chaos Theory… sans doute l'esprit créatif était-il davantage stimulé.
- L’idylle entre Happy et tante May, personnage de sitcom insipide que l'éternel charme de Marisa Tomei fait tout juste exister. Autant on est heureux de retrouver Happy (rires), autant on bâille devant cette partie un peu régressive sur les bords qui n’apporte rien au film.
- L’antagoniste Quentin Beck convainc difficilement. Le fait qu'il est joué par le grand Jake Gyllenhaal est susceptible d’attirer quelques cinéphiles réfractaires comme l’avait fait la présence de Michael Keaton dans Homecoming, mais un acteur ne peut pas inventer la substance d'un personnage. Une fois passé le soulagement de voir que Beck, a.k.a. Mysterio, n’est pas un énième guerrier d’une galaxie far, far away, on passe hélas à une AUTRE caricature, celle du méchant de James Bond. Son désir d’être le plus grand super-héros d’une humanité soudain en manque de superhéros présente un intérêt très limité, puisqu'il ne lui apporte justement pas de substance. Tout juste de quoi cabotiner à Gyllenhaal. On pense aussi à un autre cliché, celui de l’ex-employé revanchard, comme le persistant Thomas Gabriel de Die Hard 4, par exemple. En fait, Quentin Beck aurait dû être un joker dans FFH. Un joker fort de son très charismatique interprète, un trublion, une inconnue dans l'équation, qui aurait pu traverser les volets tel un Loki, mais toujours en parallèle d'intrigues menées par des méchants digne de ce nom. Mais cela l’aurait dénaturé. En l’état, c’est un personnage divertissant, mais pas suffisamment ample pour nourrir son public, et du coup, un léger gâchis des talents de l’acteur.
- L’après-Endgame : Chris McKenna et son coscénariste ont accompli l’exploit d’à la fois TROP en faire et PAS ASSEZ. Avec son MCU, Marvel peut difficilement raconter l’histoire d’un super-héros sans mentionner au moins une fois ou deux d’AUTRES super-héros de son écurie, histoire de bien rappeler au spectateur combien de fois il va devoir revenir au cinéma. Nous avons vu combien le studio se complaît dans les auto-références, auto-citations, et autres expressions de nombrilisme pathologique – comme leurs campagnes promotionnelles pour les deux derniers Avengers, qui donnaient l’impression d’apprendre la fin de la Seconde guerre mondiale à la radio. Avec ses pharaoniques Avengers, justement, et leurs cartons historiques, il était impensable que le studio n’en profite pas, l’occasion était trop belle. Pourtant, le résultat est mitigé. D’un côté, le film en fait des tonnes avec son aspirant-héros mythologique Tony Stark, qu’il entoure un constant halo, et sur la mémoire duquel Marvel semble déterminé à bâtir le développement de son nouveau Spider-Man, comme le premier film de Sam Raimi avec oncle Ben, mais fois dix millions. L’idée se tient, mais face à un récit hybride qui donne parfois l’impression de voir Iron Man 4, on se demande si elle n’était pas FAUSSEMENT bonne, car elle conduit ici a) à une banalisation de Spider-Man et b) à un récit surchargé. De l’autre côté, comble du comble, FFH échoue à nous proposer un monde post-Endgame crédible : il a beau mentionner les événements des deux derniers Avengers, on ne les ressent à aucun moment dans ses tripes, dans son univers, dans le comportement de ses personnages. La moitié de la population humaine a disparu cinq ans durant, mais on en faisait plus avec les 4400. La vie continue, quoi. Pour finir, si l’on a été plutôt déçu par ledit Endgame, cette connexion n’est pas une plus-value...
- Les justifications de l’absence des autres superhéros, en parlant d'eux, sont parfaitement bidons, comme d’habitude : Dr Strange doit aller rendre des VHS, Thor a piscine, et les autres (Hulk, Scarlet Witch, Bucky, Hawkeye, War machine, etc.) ne sont même pas mentionnés. Les morts sont mentionnés au tout début, en revanche. Ça, c'est plus facile, tout de suite. Et sur du Whitney Houston, s'il-vous-plait. Dafuq ? Dafuq.
- L’échelle de l’action est trop grande, pour Spider-Man – en tout cas, pour quelqu’un qui n’a jamais vu que les adaptations ciné. D’aucuns pourraient arguer qu’après les deux derniers Avengers, qui ont confronté l’homme-araignée à un des êtres les plus puissants de la galaxie sur une planète extérieure au système solaire, plus rien ne devrait nous étonner. Mais c’était dans le cadre des Avengers. Spider-Man n'était qu'un élément de la fresque. FFH, lui, est censé être un film rien qu'à lui, le petit gars de New-York, or... avouons que nous sommes désormais très loin du Bouffon vert (en cela, le Vulture de Homecoming avait avait le bon goût d'être local). De ce point de vue, estimons-nous heureux que Mysterio ne vienne pas d’une autre planète, car ça limite la casse. Seulement, avec Tony Stark comme père spirituel, il est fort possible que le MCU transforme tôt ou tard Peter Parker en CEO de Stark Industries, avec gadgets à dix millions en bonus…
- La dédramatisation du spectacle au nom du divertissement user-friendly. Le twist révélant les intentions réelles de Mysterio a beau éviter au cerveau de se mettre en veille, il n’en banalise pas moins les enjeux du film. Un méchant n'a pas à menacer l'univers entier d'extinction, mais il faut qu'il soit un minimum menaçant. Dans ce sens, Quentin Beck rappelle un peu le Mandarin d’Iron Man 3, dont la révélation qu’il n’était qu’un acteur britannique toxicomane, sur le mode « ba dum tss », ruinait complètement le potentiel dramatique d’un film que le studio avait pourtant vendu comme un volet plus sombre.
- La scène d’exposition qui suit le twist de Mysterio, où ce dernier se retrouve devant ses perfides collaborateurs à faire un speech archiiiiiiiiiiiii-explicatif à destination du spectateur largué : scénaristes en herbe, si vous cherchez un exemple d’exemple à ne pas suivre, en voilà un.
- Les Google glass version Stark sont un gadget qui gagne en grotesque à mesure que sont révélées ses possibilités. Elles semblent n’avoir que deux fonctions : la première, justifier deux-trois gags débiles, comme le moment où Peter manque de faire sauter l'autocar ; la seconde, rendre Mysterio plus puissant une fois qu’il leur a mis la main dessus. Seulement, pour ça, un tas de trucs moins ridicules auraient pu faire l'affaire. Et puis d’où vient leur voix, au juste ? Soit Peter est le seul à l’entendre, ce qui veut dire qu’il a subi une sorte d'opération qui le rend possible, et certains spectateurs auront loupé cet épisode ; soit elle sort de micro-enceintes situées quelque part dans les lunettes, et, euh, c’est juste ridicule.
- Spiderman dans son costume du GIGN ne ressemble à rien : les upgrades que Stark lui ont apportées dans Infinity War ne trahissaient pas l’incontournable combo du bleu et du rouge, mais ça, en revanche, c’était du grand n’importe quoi. Comme si Batman portait soudain un costume vert parce qu'il doit infiltrer un groupe d’écoterroristes. Bref, merci d’éviter, à l’avenir.
- Zendaya ne joue PAS une Mary-Jane. D’où, peut-être, l'idée de la nommer « MJ », parce que le studio n’assumait pas entièrement le « race-swapping » ? L'actrice est très charmante et fait correctement le job, attention... mais ce n’en est juste pas une. Pourquoi ? Bah, parce que Mary-Jane est rousse. Ce positionnement tranché choquera peut-être certains lecteurs, mais l’heure n’est plus à la tiédeur, face à un Hollywood capable de nous pondre une Petite Sirène black par pur militantisme (une autre rousse tombée au combat, au passage).
- Puisqu’on parle de politique, la propagande progressiste, que l'on peut résumer ici à de la bonne vieille discrimination positive, dans la continuité de celle qui caractérisait Homecoming. Les gros (très, très gros…) sabots sont enfilés assez tôt, dès le voyage scolaire à travers l’Europe, avec la lycéenne voilée. Le pluriethnique (façon politiquement correcte de dire multiracial) est une chose ; la promotion de la diversité au point de mettre en avant des mœurs islamiques en est une autre. Il y a aussi ce passage où Peter dit à MJ « You’re looking pretty », et où elle lui répond par un « Therefore, I have value ? » qui s’avère être une blague, fort heureusement, MAIS fait malgré tout passer un message « inclusif » sous couvert de second degré. Sans oublier la réflexion sur « la vérité de Peter », qui vient également de MJ, modèle de mentalité postmoderne. Après, le film sait ne pas abuser. Pas de réplique sur l’esclavage en vue, par exemple.
- Au côté d’un Samuel L. Jackson lui aussi en mode économie, Cobie Smulders nous revient en très, très petite forme dans le rôle de Mariah Hill : malgré la scène du lance-roquette, on est loin de l’implacable officière du S.H.I.E.L.D. du premier Avengers.
- Enfin, la nullité abyssale de la scène post-générique, vraiment une des plus mémorablement pourries de la saga Marvel avec celle des Gardiens de la Galaxie (aaaaah, ce canard d'Howard !). Elle a le mérite d’expliquer rétrospectivement le léger retrait dont souffrent Fury et Hill, mais c’est loin de la sauver. Et comme les choses sont bien faites, elle est intimement liée à cet autre échec qu'est Captain Marvel...
- Au passage : dans l’univers de FFH, la police n’existe visiblement pas, quels que soient le degré de destruction que subit la ville et le temps que dure ladite destruction. Peut-être est-elle partie au vidéoclub avec Dr Strange.
- Ah oui, et les drones de Mysterio sont un peu pompés sur ceux d’Oblivion, quand même.

Maintenant, essayons de voir le verre à moitié plein, en notre qualité de popcorneur enthousiaste. Ce chapitre sera sans aucun doute moins long car il est très facile de tailler des films de ce type, mais cette longueur n'aura aucune signification sur ce plan.

LES PLUS :
- Tom Holland continue d’assurer, en plus de faire dix ans de moins que son âge, ce qui tombe plutôt bien. Sa performance dans The Impossible, sorti en 2013, l’avait imposé à raison. Il est, en fait, ce qui sauve la partie « comédie ado insipide » en lui prêtant un supplément d’âme, avec, certes, le petit concours de Zendaya. En pinaillant un peu, on trouvera qu’il en rajoute juste un peu trop dans le registre de la gaucherie supposément charmante, mais ce n’est pas tant sa faute que celle du scénario pas des plus subtils dans ce registre.
- Un rythme irréprochable dans les deux derniers tiers. On peut critiquer ce qui s’y passe, mais pas sérieusement dire qu’il ne s’y passe rien.
- Le plan machiavélique de Quentin Beck, LA surprise de FFH, celle que l’on n’attendait absolument pas de la part d’un ÉNIÈME volet du MCU, dont la bande-annonce semblait avoir tout montré de convenu et de cliché. Ce choix scénaristique n’est pas sans défauts, que nous avons abordés dans les « moins », mais il conserve l’intérêt du spectateur à deux doigts de décrocher, et fait partie de ces quelques bons moments qui valent au film sa petite moyenne.
- Mysterio, les bénéfices de sa révélation : une fois révélée sa véritable nature de mystificateur, ce qui n’était jusque-là qu’immonde cliché du genre, revêt des habits de parodie critique – VAGUEMENT critique, mais c’est toujours mieux que rien. Le fait que son costume à cape est un fake, le fait que les « elementals » sont un délire sorti tout droit de l’imaginaire de son « scénariste », le fait qu’il n’y a pas de ce foutu multiverse qui saoulait déjà dans Into the Spider-verse... on prend. Ce n’est pas la façon dont s'orchestre la révélation qui est intéressante, puisqu’on la voit venir à des kilomètres (le personnage est un bien trop bon gars, son rapport quasi-paternel avec Peter se noue bien trop vite, sa pseudo-intronisation en Avengers sort de bien trop nulle part pour ne pas voir la baleine faire sa crise d’épilepsie sous le gravillon). Non, c'est l’idée d’avoir joué avec les attentes d’un public désormais rompu aux figures du genre, qui est intéressante. Étions-nous vraiment prêts, en 2019, à nous taper deux heures de baston contre des bourrasques numériques d’eau et de feu (Monsieur Sable dans Spider-Man 3 était déjà limite), avec l’appui d’un guerrier venu d’un monde parallèle et vêtu d’une putain de cape verte (oui, on sait, il paraîtrait que les « elementals » tout comme Mysterio sont des classiques de Spider-Man…) ? La mini-déconstruction du récit de superhéros que propose Mysterio donne au film un aspect « méta » qui occupe intellectuellement le spectateur dans les moments de vide. Une mise en abyme parodique dans un Spider-Man, ce n’était pas forcément prévisible, même si le Hollywood actuel aime se la jouer postmoderne.
- Un propos étonnamment substantiel sur notre époque saturée d’images, qui va de pair avec le pouvoir de mystification de Quentin Beck – au passage, Jake Gyllenhaal donne à certains moments l’impression de retrouver l’halluciné Louis Bloom du génial Nightcrawler (également le nom… d’un superhéros Marvel). Ledit propos : alors qu’il n’a jamais été moins recommandé de croire à ce que l’on voit en notre ère de « fake news », le public semble n’y avoir jamais été plus disposé. Beck compile plusieurs réflexions assez courantes sur l’état actuel de l’information et sur la société du spectacle, mais sur lesquelles il est intéressant de méditer alors que l’on assiste à un divertissement superhéroïque hollywoodien.
- La technologie de l’antagoniste Quentin Beck est aussi fascinante que plein de potentiel. Et, cerise sur le gâteau, est raccord avec les films Iron Man (comme Civil War).
- Les antagonistes bassement humains de l’écurie Marvel se comptent probablement sur les doigts d’une main, et le seul fait que Quentin Beck en fasse partie constitue une valeur ajoutée : bien qu'il ait un nettement plus gros budget que Vulture, le méchant (bien mieux écrit) de Homecoming, il n’en est pas moins parfaitement vulnérable physiquement, dans le sens où Peter lui met la pâtée en à peu près trois secondes s'il veut. D’où le fait qu’il doit compenser dans d'autres domaines, comme celui de la manipulation… et ça, c’est vraiment pas mal. Un autre point pour ce « villain » pas inoubliable, mais au-dessus de la moyenne Marvel.
- Le piège de Berlin dans lequel tombe Peter vaut, à lui seul, le déplacement : à la fois complexe et limpide (à condition que l’on identifie au moins quelques-unes des références au passé du héros), ingénieux et virevoltant, dans l’ensemble très bien exécuté et riche en rebondissements, ce passage où se déploie pour la première fois le « pouvoir » de « Mysterio », a le notable mérite de changer radicalement de l’habitude, comme ça avait été le cas avec Dr Strange.
- Les scènes de manipulation de Mysterio sont, de toute façon, parmi les quelques indéniables qualités du film, de la première, à l'instant citée, à la dernière, spectaculaire, où Beck essaie en vain un dernier tour de passe-passe pour berner Peter.
- La partie des gags qui fait mouche. Ouais, simple. Aussi simple que « Night Monkey ! », par exemple. Les facéties des lycéens sont dans l’ensemble moins amusantes que celles de Homecoming, mais le personnage de Ned fait un sidekick toujours aussi sympathique.
- MJ, en « love interest », convainc bien plus que dans Homecoming, où on la croyait sortie d'une mauvaise série télé. Tout comme le jeu de Zendaya, d'ailleurs. Une fois ces deux dissociées de Mary-Jane Watson, on peut apprécier leurs petites excentricités, qui les distinguent sans mal de cette dernière, plus proprette. Après, qualifier MJ de « moderne », comme le font certains, sous prétexte qu’elle est moins apprêtée et pratique l’humour noir, est idiot : le cinéma américain rafolle des anti-« prom queen » depuis un moment, maintenant. Winona Ryder dans Heathers, anyone ?
- La scène de l’avion, avec Happy, est un des rares moments post-Endgame vraiment réussi. Nous avons certes critiqué l’obsession un peu handicapante du film pour l’héritage de Tony Stark, mais on ne peut faire comme si leur relation n’avait pas existé, ni comme si ce dernier ne nous avait pas marqués, en dix ans d’aventures...

Au chapitre des « ni pour, ni contre, bien au contraire », nommons le fait que l’identité de Spider-Man est révélée à la tout fin. Il crée inévitablement une attente pour le prochain volet... mais au détriment de la nouvelle dynamique du duo Peter/MJ, que l'on n’aura pas eu le temps d’apprécier : faire découvrir à cette dernière l’identité de Peter durant ce deuxième volet perd un peu de son intérêt. Les scénaristes auraient pu s'accorder au moins la première moitié ou le premier tiers du futur troisième volet pour l’exploiter un peu. Après, peut-être cette idée de dissimulation de l’identité de Spidey était-elle à mettre derrière soi : à l’ère des mille écrans numériques au mètre carré, des smartphones, des drones, des go-pro, et tout le tralala, est-il « crédible » qu’un phénomène comme Spider-Man ne soit pas traqué 24/7 et très tôt décortiqué par une horde de maniaques ? D’autant plus que la majorité des autres superhéros du MCU ne cachent pas leurs identités, alors à quoi bon ? Puisque Marvel vit avec son temps...

En conclusion, Spider-Man : Far From Home, sans être un échec impardonnable dans le MCU – dans le cas contraire, on peut jeter pas mal de ses films aux orties –, est coupable d'une trop grande frilosité (masquée par l'originalité de Mysterio... qui mystifiera une partie du public, justement) pour 2019, après tout ce que les fans ont vécu. Pas assez aventureux, pas assez caractériel, trop balisé, trop terne, tout juste divertissant, peut-être la faute à un studio Disney apparemment prêt à se faire des milliards sans trop se prendre la tête (n'est-ce pas, Le Roi Lion ?). De toute façon, peut-être que rien n’y fait : quand Peter virevolte d’un building à l’autre sur une musique orchestrale censément grandiose, le spectateur, à moins peut-être qu'il soit né après le 11 septembre, ne ressent pas le centième de l'émotion qu’il a ressentit, en 2002, face au même spectacle. Vivre avec son temps, vous dites ?

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