Bourré de peptine

Avis sur Spider-Man : New Generation

Avatar Nio_Lynes
Critique publiée par le

A chaque visionnage, ce Spider-man me remplit de joie et me fait vibrer dans mon siège.
L'oeuvre était dans les films les plus acclamés à la fin de 2018 et ce n'était finalement que justice. Si je me rappelle bien d'ailleurs, je l'avais inclus dans mon bilan filmique de cette fin d'année, c'est dire.

Non mais le pied, le panard quoi !

Et pourquoi ce film remporte t-il à ce point les suffrages, quitte à remporter les Golden Globes et Oscars 2018 (catégorie Meilleur film d'animation) ?

On va y venir mais le maître-mot principal c'est qualité, suivi non loin de respect.

Qualité de l'animation, de son esthétique, tout comme respect primordial de l'oeuvre de base de Steve Ditko et Stan Lee (ce dernier faisant d'ailleurs une apparition caméo posthume assez drôle que je ne spoilerais pas ici).

En effet, visuellement et esthétiquement on a là un travail de qualité qui explose toutes références confondues et dans le film de super-héros et dans le film d'animation, tout en restant profondément respectueux du comics original et de son personnage mais aussi des films sortis, notamment la trilogie de Sam Raimi dont le film prend un malin plaisir à disséminer ça et là de multiples allusions via les multiples spidermen, n'hésitant pas à proposer des mises en abîmes ingénieuses quand il s'agit de restituer le passé ou le contexte propre à chaque super-héros venant de multiples dimensions.

Ce nouveau Spider-man, mené à un train d'enfer, est non seulement mis en couleurs (1) comme les comics de base (Spider-man, bénéficie des couleurs propres aux années 60 puisqu'il déboule aux Etats-Unis en 1962, 1969 pour la France) mais superpose d'une manière proprement inédite le langage des comics et de la bande dessinée à sa structure. Jusqu'ici il n'y avait que dans le jeu vidéo avec l'adaptation (excellente au demeurant) de la bande dessinée XIII sur Gamecube (puis autres consoles ensuite) par Ubisoft que l'on pouvait voir ça : des bulles et onomatopées se superposant à l'action à l'écran, sans oublier d'inclure de vraies cases "sur le papier" au sein même des missions de jeu.

Le film de Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman va dans ce sens mais encore plus loin : quitte à mêler le comics à l'animation, autant y aller franco en mettant même les trames de quadrichromie sur le fond même. Même dans les détails, ça va assez loin puisqu'on remarque par exemple que les cheveux du jeune Miles comportent des hachures comme s'il avait été d'abord dessiné à la plume ou au feutre noir avec les contours en vue d'une colorisation ensuite traditionnelle ou digitale.
Chapeau pour le boulot les gars.

Le respect du comics de base passe aussi par les personnages principaux, repris ou réinventés avec un soin qui rendrait baba toute équipe d'animation.

Pour les fans on à là plein de spider-man alternatifs pensez donc.
Et si Spider Gwen, alias Gwen Stacy existait déjà dans d'autres comics propres au Spider-verse, on ne peut qu'aimer la déclinaison de Peter Parker (Peter B. Parker), se marrer sur les versions manga et cartoon ou applaudir la version noir et blanc (qui permet par rebond un autre hommage aux comics américains cette fois et notamment ceux d'avant, pendant et un peu après la seconde guerre mondiale. Comment dans ce "Spider man black & white" ne pas voir un hommage malicieux et léger au Spirit de Will Eisner, hein ?). Une version dotée au casting de Nicolas Cage pour le doublage, excusez du peu. Je suis sûr que les réalisateurs ont vu Kick-ass et son "big daddy" et ont tout de suite pensé à lui pour le rôle, bien vu ça prolonge agréablement un certain esprit Hard-boiled.

Du côté des méchants, on en a pour son argent aussi.
Outre les plus connus comme Wilton Fisk, alias "Le caïd" (qui est aussi l'un des pires ennemis de Dardevil, les mondes entre les comics coïncidant régulièrement au sein d'une même maison d'édition, ici Marvel à la base) ou le docteur Octopus (ici dans sa version féminine, hipster mais faut-pas-s'y-fier-houlà) on retrouve aussi le redoutable rôdeur, le bouffon vert ainsi que Le Scorpion. Il est donc intéressant de remarquer le traitement graphique qui s'opère quand on les connaît via les films (le Docteur Octopus, alias doc Oc apparaissait par exemple dans le second Spider-man de Sam Raimi et était magistralement interprêté par Alfred Molina) ou séries (le fabuleux Vincent d'Onofrio joue Le Caïd dans la série Dardevil pour Netflix). Peu exploité jusqu'ici sur grand écran, le rôdeur impressionne. Vision infrarouge, griffes d'acier et surtout un hurlement digne d'un t-rex mutant (si ça se trouve les créateurs ont repris à leur compte le fameux hurlement animal qu'on entend brièvement à la fin du DUEL de Spielberg pour le méchant camion...), le relookage impressionne. Le Caïd est encore plus gros que prévu, et finalement par sa disproportion, rejoint le personnage tel qu'il fut réinventé par Frank Miller (2) quand ce dernier reprend les rênes de Dardevil dans les années 80 : énorme, imposant, en retrait et ne se salissant pas les mains mais n'hésitant pas parfois à attaquer au corps à corps (le personnage maîtrise l'art du sumo en plus d'une force surhumaine qui lui permet de résister dans les comics à mains nues aussi bien à l'avocat aveugle justicier que l'homme araignée).

Au final on a presque le film d'animation parfait s'il n'était pas parasité par quelques petits défauts mineurs.

Déjà, le rythme. Bon, ça m'a moins gêné je l'avoue avec les visionnages successifs mais la première fois j'ai eu un peu de mal : Il faut que ça bouge tout le temps, toujours. Peu de repos, le film a peur de laisser son spectateur s'ennuyer et ne lui fait pas assez confiance au risque de manquer de respirer par lui-même. Un brin dommage. A corriger pour le prochain film ?

Sinon j'ai parlé des détails archi soignés visuellement dans le film ? Soulignons alors que les arrières-plans se révèlent souvent floutés et donc manquent d'un peu de profondeur. Si je peux comprendre la démarche (on pourra l'excuser en disant que sur une BD, à cause de la colorisation, ça peut baver et qu'on peut laisser les détails surfaits), elle passe moins bien sur un grand écran. Je me souviens encore de mon premier visionnage au ciné, toujours gêné quand mes yeux déviaient de l'histoire pour prendre le temps de regarder les détails et voir à chaque fois un flou au loin de l'image. Je me suis un temps demandé si ça venait de mes lunettes (je suis myope) mais non ça vient du film. Et si sur un petit écran le problème passe mieux, ce détail visuel finalement voulu donne parfois un aspect trop brouillon à l'ensemble. Dommage là aussi quand tout le reste que j'ai pointé se révèle esthétiquement incroyable.

Bref, pas de raison au final de se priver de ce chouette film d'animation.
Ses créateurs ont pris un sacré risque en innovant pour un produit hyper respectueux de son univers de base, tout en plus en étant très méta (mais accessible et ça, ça fait toute la différence). Autant dire qu'ils se sont jetés dans le vide, qu'ils ont fait le saut de la foi, a leap of faith comme on dit dans le film. Et en sont ressortis victorieux : Spider-man : New Génération est une sacrée perle, bourrée de peptine et donc ultra énergique mais qui fait un bien fou.

=============

(1) Vous vous rappelez la série d'animation de 1967 ? Le film va même lui faire un gros clin d'oeil en reprenant le graphisme simpliste lors d'un passage en cases où l'un des Spider-man explique son plan à Miles. Hop une nimage 60's à souhait.
(2) Hop une image ici et .

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