Claude Sérillon présente...

Avis sur Spotlight

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Applaudit unanimement dans la presse et auréolé de deux Oscars (meilleur film et meilleur scénario) le film de McCarthy semble n’avoir aucun détracteur, tant dans les revus traditionnelles qu’aux yeux du grand public. Film « coup de poing » qui « dénonce », au « sujet brûlant ». Une unanimité suspecte qui après vision ressemble à un gros coup de communication cumulé à une prise d’otage de bons sentiments.

Martelé partout dans la presse comme signe de qualité, le sujet de Spotlight dérange. La dissimulation d’actes pédophile systémique par l’église catholique et sa révélation par la presse serait visiblement matière subversive quand bien même les événements furent dévoilés il y a plus de 15 ans. Mais pour dire vrai, l’histoire de Spotlight est tout à fait passionnante. Le fait que le scénario fut considéré comme « meilleur scénar toujours dans le tiroir » n’a rien d’étonnant tant l’enquête menée par Spotlight se révèle riche en rebondissement et foutrement romanesque. Ce qui est d’autant plus frustrant lorsque qu’apparait à l’écran une entreprise feignante qui se repose uniquement sur son sujet en oubliant de filmer.

Académisme régressif que certains appelleront « sobriété », enchaînant les champs/contre champs tel un téléfilm, la réalisation peine à trouver un angle, laissant ses protagonistes en plan large, se refusant à filmer en gros plans empêchant ainsi toute identification et empathie. Bien qu’ils soient incarnés par des acteurs talentueux aux dialogues efficaces, les interactions sont systématiquement désamorcées par une mise en scène absente, incapable de retranscrire visuellement les rapports de force à l’écran. Une économie dont les dialogues ne bénéficieront pas, puisque ceux-ci, trop soucieux de prendre le spectateur par la main, viendront répéter ce que celui-ci perçoit déjà. Stigmate typique de l’auteur devenu réalisateur. Une œuvre renvoyée d’autant plus vite au bac à sable quand on le compare aux cadors du genre, que ce soit Les hommes du président, Zodiac (dans lequel jouait également Marc Rufallo), ou le tout récent The Post.

Un film trop sage plaisant à la presse et aux délibérations à statuettes dorées, mettant en lumière leur appétence pour le scandale mais également leur méconnaissance du média qu’ils sont sensé traiter. Mais le sujet est trop grave ! Trop sensible ! Il faut donc s’indigner ! Et ici l’indignation passe par l’adoubement d’une œuvre sans collure, autant dire s’offrir de la morale à pas cher.

Serge Danet écrivait jadis « Il faut toujours se demander : Si ce n’était pas du cinéma, qu’est que ça serait ? » Ici c’est une première partie de soirée des dossiers de l’écran pour illustrer le sujet à venir. La semaine prochaine le film « Jacqueline Sauvage » avec Muriel Robin pour parler des violences conjugales avec notre invité spécial : Éric Zemmour.

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