Without my wings, I feel so small

Avis sur Spring Breakers

Avatar yaya-dc
Critique publiée par le (modifiée le )

Dans le métro, je marche devant une affiche quasi-porno de Spring Breakers que je méprise immédiatement : "Tiens, un film à ne pas voir".
Dans mon canapé, j'écoute une émission sur France Culture. Des invités de la haute-sphère cinéphile française parlent du dernier film d'Harmony Korine, l'auteur de ce film.
Pas trop difficilement influençable, ma curiosité est éveillée : "Pourquoi pas en fait, ce film vaut peut être le coup d'oeil..."

En voyant les affiches où figurent Selena Gomez et Vanessa Hudgens, connues pour leurs rôles de High School Musical ou Disney Channel, certains pourront penser aller voir une comédie musicale un peu étrange pour adolescent(e)s.
En voyant le nom d'Harmony Korine, d'autres pourront penser aller voir un film d'auteur expérimental, dont la forme pourrait bien cacher son vide, ou au contraire être à leur goût.
Beaucoup de jeunes filles se sont probablement précipitées en salle pour ne pas rater la dernière apparition sur grand écran de leurs idoles.
Beaucoup de jeunes garçons ont probablement trouvé là le moyen d'assouvir leur fantasme de voir des beaux culs bouger sur grand écran, entre potes, expérience un peu différente que celle d'aller en solitaire sur Youporn.

Au commencement, tout y est.
Après une courte ambiance calme de plage, Skrillex lance un clip qui rassemble plusieurs clichés de jeunes Spring Breakers aux seins et culs qui dansent au ralenti : une main branle une bouteille de bière, des filles font pénétrer des sucettes bleu-blanc-rouge au fond de leurs gorges, des garçons font couler la bière de leurs canettes dans la bouche des filles à leurs pieds.
Les désirs "trash" de ma génération sont là : réaliser tout ce que notre morale nous interdit afin d'échapper à l'ennui qu'elle engendre.
Jésus a beau être cool, il ne parvient pas à faire face aux désertions des bancs de l'école pour la Floride. Lorsque le printemps arrive, les couleurs de la vie de Faith restent ternes. Il devient alors vital de récolter l'argent nécessaire pour partir en Spring Break, pour voir quelque chose de différent.
Permettre à ces fantasmes méprisables de vivre le temps d'un instant, dans une autre réalité. Les laisser prendre le contrôle de mon esprit. Laisser leur lumière divine et leur magie noire pénétrer dans mon esprit...

Spring Break.
Les mêmes mots se répètent, s'entremêlent, quittent librement leurs corps pour les retrouver autre part. Poèmes récités pour soi, pour l'autre, bribes de conversation... ces mots sont lâchés sur un flot d'images qu'ils pourraient habiller et signifier. Mais dès qu'un discours semble émerger, il se désamorce avant de retourner se fondre au sein de ce long clip, lourdement ponctué de ces sons de pistolets qui vont jusqu'à s'immiscer dans l'image, à la surface d'une flamme de briquet qui allume un bang ou d'une main qui immortalise quelques Spring Breakers dans le temps.
Ce clip, saturé de paradoxes, donne une représentation schizophrène de ce Spring Break.
Et mon corps et mon esprit se satisfont de cette représentation.

Mes yeux reçoivent une balle lorsqu'ils se retrouvent face à ces filles masquées par des licornes sorties de My Little Pony qui lèvent leurs armes devant un ciel couleur rose bonbon.
Mes oreilles reçoivent une balle lorsqu'elles entendent cette agonie de mouettes qui se mèle à une douce mélodie au piano déjà entendue quelque part, que l'ange déchu Britney Spears vient habiter.

Hypnotisé, je me laisse transporter par le "Spring Break Forever" répété par Alien, qui m'attire au plus haut des cieux et me fait chuter dans les entrailles des enfers. Il me montre une voie, que je peux choisir d'emprunter pour accomplir et surmonter tous mes désirs les plus fous, pour enfin découvrir le sens de ma vie.
Je devrais me méfier de ce type d'individus. Mais c'est pourtant lui qui m'a libéré. C'est lui qui me guide d'une main bienveillante dans ce monde fait de rêves, d'argent et de liberté. C'est cette main qui a immortalisé ma figure sur ce fond de paradis. C'est cette main qui tient l'arme qui lui a permis la liberté. Alors je lui fais confiance pour qu'il me fasse vivre de nouvelles expériences. Il est au delà du bien et du mal, il est le médium entre rêves et réalité.
Il m'aide à traverser cette frontière tellement instable qui me faisait jusque là perdre tous mes repères.
Alors j'appelle ma grand-mère pour lui raconter toutes ces belles choses que je viens de vivre.

...

Spring Breakers est-il un produit vide comme son sujet, masqué par son montage et sa réalisation "prétentieux" ou dévoile-t-il une poétique facette de ce vide ?
Le vide de l'esprit de celles et ceux qui ont un jour "dansé", torchés en soirée, sur Scary Monsters and Nice Sprites ; qui rêvent naïvement d'un monde meilleur, malgré le pessimisme latent qu'on leur incombe de toutes parts, qui croient qu'il suffit de prendre la route et partir loin de chez soi pour découvrir la beauté en ce monde et en chacun de nous. Mais en attendant de trouver cette beauté, ces êtres vides se l'inventent chaque samedi soir dans le bus qui les emmènent vers ce monde fantasmagorique, bercés par les notes de With you friends...

Spring Break Forever ?
L'arme est chargée, la main ne tire pas.

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