Tellement profond qu'on a oublié de creuser

Avis sur Spring Breakers

Avatar Kevan
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Il est toujours difficile de reconnaître qu'on a eu tort.
Prenez moi, par exemple, je suis toujours parti du principe que si la prétention amène à faire des efforts, ça reste des efforts, et c'est toujours mieux que de végéter bêtement.
Apparemment, pas au cinéma. Ou en tout cas, pas quand on omet d'élever les dits efforts au niveau de la dite prétention. En d'autres termes, pas quand il s'agit juste de reprendre un clip bas-de-plafond en faisant des mines intellectuelles.
Ce film est déroutant. On sent bien que le réalisateur veut nous dire quelque chose. On devine d'ailleurs aisément quoi : jeunesse sans motivation, culte du loisir idiot, gimmick putassiers au possible... On aimerait pouvoir hocher la tête d'un air avisé, à la manière de ceux qui ont compris les subtilités, qui sont dans la confidence. On aimerait voir ce film comme une caricature stylisé de la bêtise entraînante et de la folie des quatre jeunes protagonistes. Le problème, c'est... ben... bon, disons le tout net : c'est qu'il n'y a aucune différence entre le film et n'importe quel mix de télé-réalité et de téléfilm disneychannel. Outch.
Tout est repris à lettre. Les envolées contentes d'elles d'une mièvrerie insupportables, le total manque de recul dans l'analyse ( combien de fois au juste est il affirmé que les Springbreak sont un chemin vers le Nirvana et la compréhension de soi ? ), la culture gangstarap débarquant sans rimes ni raison, la logique discutable... Mais elle n'est pas accentuée comme dans une parodie, ni traitée de façon réaliste comme dans une approche décrédibilisante. C'est juste repris. Les plans nichons sont là où ont les attends, les dialogues pseudo-intellectuels de même. Pire, on a même droit à de simili-moments touchants, où les filles comprennent que trainer avec des dealers idiots qui s'entretuent n'est pas exactement le cocktail des vacances réussies ( sans blagues ?!? ) et qu'elles quittent l'aventure ( oui, comme dans secret story ).
Du coup, la question s'impose comme un pavé lâché sur vous depuis le troisième étage : à partir de quel moment peut-on estimer qu'un film propose une réflexion ou un point de vue sur un sujet quelconque ? Est ce qu'il s'agit juste de reprendre le sujet et de le retourner de façon à ce qu'il puisse passer au cinéma ?
Parce que voilà le hic : au premier degré, le film est une purge. C'est gnangnan, c'est con, c'est provocateur comme le serait un gamin de 5eme, bref, il y a tout juste une image pas trop dégueulasse et des musiques parfois pas mal pour sauver le tout. Mais bon, c'est grosso modo du niveau d'un fast & furious. Et au second degré, le film est vide. Rien à analyser, rien à dire, pas de sous entendu, pas de réalisation spéciale, pas même de pistes. On pourrait allumer sa télé et réfléchir de même devant NRJ12.
Peut être y a-t-il un mythique troisième degré, qui voudrait que puisque ce film a été tourné par des gens censés être intelligents et cultivé, il fait un sujet plus intéressant que d'autres oeuvres dont il partage tous les traits et qui sont, elles, reconnues comme sans intérêt.
Peut être la prétention du réalisateur est-elle censée être le miroir de celle du spectateur.
Quand à moi, n'en déplaise à Marcel Duchamp, on aura beau signer un siège WC, je n'y verrai jamais qu'une chiotte.

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