La forme de l'ivresse

Avis sur Spring Breakers

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Souvent le récit se suspend. Une sorte de vent contraire - de tourbillon plutôt - le fixe sur place. Le montage rapide, emprunté ou, par logique et non par hasard, rappelant celui des clips, organise une sorte d'ivresse temporelle, où flash-back, flash-forward s'organisent en tourbillon, désynchronisent, décollent le son et l'image : la forme enregistre presque idéalement le fond de cette recherche perpétuelle de l'ivresse des quatre jeune filles. Puis trois, puis deux. Deux éjectées par la force en cours de route mais qui reste centrifuge encore pour deux d'entre elles sur la fin. Force de fascination, du mal, de l'excitation mais aussi de l'addiction, voire d'une forme aigue de spiritualité, sensation d'une vie parfaite, sans ennui. Les dialogues ont des airs de poème, de litanies rap, répétées comme des refrains, les sons de la catastrophe à venir jouent comme des oracles. Les couleurs virent au fluo, à l'hallucination. L'histoire transforme même les personnages en demi-dieux grecs, voire en mythe, et les rend soudain à ce moment-là très émouvants. Étonnant film qui réussit dans des formes empruntées au clip, voire à la publicité, et les retourne comme un gant, les met dans la machine folle qui les a fait naître, combattant le mal par le mal et dégageant aussi au passage le désir profond qui préside à l'orgie contemporaine : que ce soit celle d'argent, de drogue, de femmes ou d'alcools. Paradis fiscaux et artificiels pris dans le même vertige. Par la vertu de la forme sans doute, par la puissance et la beauté du regard aussi sur des mondes qui, en d'autres lieux que celui du cinéma, semblent ne vouloir offrir que leurs clichés et qui, ici, délivrent leur forme de 'sainteté' particulière, en tout cas de sublime.

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