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Stalker par dadujones

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J'ai mis beaucoup de temps avant d'écrire quelque chose, parce que c'est le genre de film qui demande du temps, pour savoir ce que tu en gardes, ou même si tu en gardes quelque chose.

Alors, j'ai aimé?

A la longue réflexion, oui. Et beaucoup, encore. Je me le suis dit quand j'ai réalisé que trois semaines après le visionnage, j'avais encore des images et des plans qui me venaient en tête à l'improviste, et que finalement j'y pensais régulièrement.

Mais c'est tout de même un film casse-gueule: soit il te happe, soit il te rejette. Un peu comme la Zone.

C'est quoi ça la Zone? Eh bien mettons qu'on ne sait pas ce qui s'est réellement passé. Météorite, explosion nucléaire, catastrophe, en tous cas. Et cette zone, elle est gardée par l'armée, depuis qu'il est arrivé... ce qui y est arrivé. Beaucoup de ceux qui parviennent à y entrer n'en reviennent pas. Mais on raconte qu'il existe une chambre en son centre où ton vœu le plus intime peut être réalisé. Bien.

Un prof de physique et un écrivain font appel à un stalker, ces gars qui connaissent la zone, savent y entrer, savent y survivre, et sont un peu obsédés par elle. Ils lui vouent un grand respect craintif. Ils guident les gens qui veulent accéder à la chambre.

Voilà un bon synopsis pour un film d'action post-apo inspiré de Tchernobyl.

Perdu. Trois fois perdu. Andreï Tarkovsky a réalisé la bête en 1979, avant la catastrophe de Tchernobyl, c'est pas très post-apo ou alors ça l'est plus que n'importe quelle autre ambiance post-apo (je penche pour cette solution) et surtout, niveau action, tu vas être déçu.

C'est deux heures et quarante trois minutes pendant lesquelles il ne se passe au final pas grand-chose. Beaucoup de plans fixes, beaucoup de défilement de paysages non désolés, mais simplement tristes et humides, des tirades d'ivrognes intelligents que je n'ai pas totalement appréhendées (dire le contraire serait mentir éhontément) mais qui cadrent très bien avec l'ambiance. C'est surtout un film qui se regarde. Qui se dévore des yeux. Quand dans un jeu vidéo RPG ou FPS, tu passes plus de temps à te la jouer roleplay quitte à complexifier la tâche (dans Oblivion, JE MARCHE, et c'est tout), quand tu passes plus de temps à humer les ambiances sonores et visuels, les détails du monde, eh bien, ce film est pour toi.

Extatique.

Tu comprends peut-être mieux pourquoi je disais que soit le film te happe ou te rejette. Les deux sont compréhensibles. Moi, il m'a happé. Il y a une photographie de malade, vraiment, malgré le changement de dirlo en route suite à embrouilles et erreurs des labos soviétiques qui n'étaient pas habitués aux pelloches occidentales utilisées par Tarkovsky. Je me suis demandé un temps si les plans fixes ou les -merde je suis pas cinéaste, moi- plans qui défilent genre, ça n'allait pas me faire chier. 2H43 quand même. Bah non. Les yeux grands écarquillés, on se croirait dans une vidéo géante tournée par les gars de Forbidden Places.

L'histoire? Ah, bon, oui. J'ai bien compris que Tarkovsky penchait fort vers les questionnements existentiels sur la croyance, et j'ai compris au milieu des -rares, c'est un film très silencieux- discours très lyrico-intellos des personnages quelques petites pépites brillantes sur le sujet. Ça demanderait à être revu pour plus se pencher sur les personnages et ce qu'ils racontent, tant les aspects visuels et discrètement sonores (oui, oui, l'ambiance) m'ont totalement hypnotisé. Avec même à un moment un chien noir, qui apparaît furtivement, dont l'utilité dans un film conventionnel eût pu être questionnée, mais qui ici m'a foutu la chair de poule, alors même qu'il ne fait rien. Un spectre. Au diable tous les fantômes que j'ai vu au cinéma. Un simple chien noir qui baguenaude au milieu de l'ambiance de psychopathe dépressif rouillé du film m'a foutu des frissons intenses. Sans compter les acteurs, qui servis par une photographie démente, sont absolument euh... intenses.

T'as remarqué comme c'est dur de causer de ce film?

T'as plus qu'à le regarder. A tes risques et périls, parce que c'est quand même chelou au taquet et je comprendrais que ça te gave. Ce serait amplement justifié.

On notera que plusieurs membres de l'équipe sont morts de cancers divers après le tournage: hasard? Pas selon le preneur de son qui a exprimé sa crainte que ceci ne soit lié à l'intense pollution industrielle des lieux de tournage près de Talinn. Faut dire que les scènes dans de la grosse friche industrielle où les acteurs dorment sur des mousses gluantes au milieu de l'eau courante foutent un putain de doute...

Ah ah ah, Tchernobyl n'a rien inventé.

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