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Avis sur Star Wars : Épisode III - La Revanche des Sith

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Cette critique revient sur la saga dans sa globalité (tenants et aboutissants, qualités, défauts, polémiques, etc...), la note correspond à La Revanche des Sith.

Star Wars, l’une des sagas les plus célèbres de toute l’histoire du cinéma, véritable icône du Space Opera à l’origine d’un phénomène de société sans précédent, dont le premier film sorti en 1977 sera un succès inattendu, qui donna à la science fiction un second souffle. Si la trilogie originale eut un tel impact sur l’inconscient collectif et su marquer les esprits à travers plusieurs générations, c’est grâce à l’alchimie de chacun des éléments dont sont composés les films, les effets spéciaux révolutionnaire, les thématiques abordées, la dimension universelle de sa mythologie et le grandiose lyrique des musiques orchestré par John Williams. Avant de revenir sur les qualités, les défauts et les polémiques suscitées par cette saga autant appréciée que son auteur est décrié, abordons la genèse des films car il est important de souligner que Star Wars n’est pas seulement l’œuvre d’une seule personne mais bien d’une équipe.

En effet, si l’univers de Star Wars est dû en grande partie à l’imaginaire de George Lucas, sa réussite tiens aussi du fait que Lucas savait très bien s’entourer.
- Gary Kurtz, alors producteur, suggéra à Lucas faute d’un budget assez conséquent mais aussi afin d’y définir un univers aux enjeux mieux défini de resserrer son récit et de se concentrer sur ses personnages, en parallèle George Lucas s’inspira de la théorie du monomythe du mythologue Joseph Campbell. La théorie du monomythe représente l’idée selon laquelle tous les mythes du monde à travers différentes époques racontent la même histoire, à quelques variations près, avec la même structure narrative et les mêmes archétypes. Cette structure et ces archétypes se retrouvent sur d’autres films comme, Retour vers le Futur, Matrix, Le Seigneur des Anneaux ou Harry Potter.
- John Dykstra, responsable d’effets spéciaux, notamment chez ILM, (société d’effets spéciaux créé par George Lucas pour les besoins de Star Wars) mettra au point un système appeler Dykstraflex, une caméra montée sur un dispositif semblable à une grue et piloté par ordinateur, permettant des mouvements de caméra d’une complexité inédite autour des objets fixes, donnant l’illusion de vaisseaux en mouvements à l’écran.
- Ben Burtt adopta une approche novatrice du design sonore dans le genre, en cherchant des sons plus naturels à contrario des films de science-fiction antérieurs utilisant des sonorités électronique. En effet, c’est lui qui fût par exemple à l’origine du son émit par les sabres laser, qu’il créa en combinant le bourdonnement des moteurs du projecteur de la salle de visionnage du film et le son produit accidentellement par l’interférence de son enregistreur avec une télévision.
- Ralph McQuarrie, illustrateur et ancien ingénieur de Boeing à l’origine de l’univers visuel de Star Wars, apporta une authenticité inédite en dessinant des lieux et des vaisseaux usés qui donna la sensation d’avoir vécu une vie bien avant le début des films.

Le succès cosmique de Star Wars (775.4 millions de dollars pour un budget de seulement 11 millions de dollars) permis de réaliser une trilogie. Le film fût rebaptisé Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir. Avant la sortie du premier Star Wars, George Lucas élabora l’histoire et l’univers dans les grandes lignes, voulant trois trilogies et commençant par le milieu, la considérant comme étant plus intéressante pour le public, jusqu’à ce qu’il remanie la fin de la trilogie pour en faire la fin de la saga et décide par la suite, avec la prélogie, de faire de la saga l’histoire d’Anakin où la tragédie de Darth Vader. Ceci dit on peut constater que l’épisode IV a été écrit de telle façon à ce qu’il puisse se suffire à lui même en cas d’échec commercial. Pour le second opus, George Lucas confia la réalisation à Irvin Kershner, l’écriture du scénario à Leigh Brackett, puis Lawrence Kasdan. Il se délestera du poste de réalisateur tout en officiant en tant que producteur à cause de la réalisation éprouvante du précédent film. Gary Kurtz et Irvin Kershner s’entendirent tout de suite sur l’approche que devait avoir L’Empire contre-attaque, plus sombre, plus adulte, empreint de spiritualité avec un récit plus proche des personnages. De son côté, George Lucas assura son empire en montant ses films indépendamment des grands studios et en récupèrent les droits sur le merchandising Star Wars qui s’avéra très lucratif. Mécontent de la tournure que prenait l’épisode, le reprochant à Irvin Kershner et Gary Kurtz, et sentant son œuvre lui échapper, Lucas proposa un second montage, ses collaborateurs préférant le montage de Irvin Kershner, celui-ci céda.

La sortie de L’Empire contre-attaque confirma l’impact de Star Wars dans l’imaginaire populaire et fût un nouveau succès. La production du film fût marquée par une rupture entre George Lucas et ses collaborateurs, Gary Kurtz et irvin Kershner. Devenu un homme important en sein de l’industrie cinématographique, se sentant dépossédé de son œuvre par Gary Kurtz et Irvin Kershner, il décida de confier le tournage du Retour du Jedi à Richard Marquand et le scénario à Lawrence Kasdan. Après avoir conclu la première trilogie avec Le Retour du Jedi, George Lucas laissa la saga en suspens le temps de se consacrer à sa vie de famille et de bénéficier d’une évolution technologique dans le domaine des effets spéciaux lui permettant de concrétiser sa vision de la prélogie.

En voyant les progrès effectués par les équipes d’ILM sur les dinosaures en image de synthèse de Jurassic Park, George Lucas décide d’apporter des modifications d’ordre visuel et narratif à la trilogie originale, en la faisant mieux correspondre à l’idée qu’il en avait, les films étant d’un point de vu technique, en particulier l’épisode IV, décevant à ses yeux. Outre une restauration de l’image et du son, certains effets spéciaux ont été retravaillés en image de synthèse, des dialogues ou bruitages modifiés, des faux raccords corrigés et des scènes supplémentaires ont également été rajoutées, elles n’avaient put être inclut aux films pour des raisons financières ou techniques. Les épisodes IV, V et VI ressortirent au cinéma en 1997, ce qui permis non seulement de faire découvrir la saga à une nouvelle génération, mais aussi de mesurer le soutiens des fans avant le lancement de la prélogie. Par ailleurs, au gré des sorties des épisodes I, II et III, d’autres modifications furent apportées afin d’améliorer la cohérence entre les deux trilogies. George Lucas de retour à la réalisation sur la prélogie, poste qu’il n’avait plus occupé depuis 1977, s’assure ainsi d’un contrôle absolu de son œuvre.

L’Édition Spéciale

Et c’est ici que les premières polémiques commencent. En effet, beaucoup de fans de la première heure furent mécontent des modifications apportées sur l’Édition Spéciale. Parmi une liste non exhaustive des éléments les plus contestés, il y a la scène de la cantina dans Un nouvel espoir. A l’origine Han Solo dégainait le premier et tuait de sang-froid le chasseur de prime Greedo. Dans l’Édition Spéciale un plan large a été greffé à la scène montrant Han Solo esquiver le tire de Greedo tout en ripostant. George Lucas modifia cette scène en prétextant un problème de montage et voulant la scène plus clair. Le problème selon les fans, étant que cette scène, aussi courte soit-elle, change le caractère ambigu du personnage de Solo et amoindrit sa transition d’anti-héros à héros. Suite au mécontentement général, George Lucas apporta une légère modification sans toutefois revenir sur son avis. Résultat, en Blu-ray les tires sont simultanés, de ce fait Han Solo n’est plus en position d’auto défense, qui plus est, on peut le voir sortir son arme discrètement ce qui sous entend que son geste était prémédité, donc rien de dramatique.

Autre changement hautement contesté, la fin de l’épisode VI. On peut voir l’esprit d’Anakin au côté de Yoda et Obi Wan, sous les traits de Sebastian Shaw, remplacé à partir de l’édition DVD de 2004 par Hayden Christensen, l’interprète d’Anakin dans les épisodes II et III. George Lucas déclara à ce propos «Lorsqu’il se joint à la Force, Vader peut garder son identité originelle. C’est grâce à Obi-Wan et Yoda, qui ont appris comment se joindre à la Force par le pouvoir de la pensée et ont pu ainsi conserver leurs identités. Mais en ce qui concerne la sienne, il s’agit de celle qu’il avait quand il est mort en tant qu’Anakin Skywalker.». Ce qui semble cohérent, Anakin retrouve ainsi l’apparence de jedi qu’il avait avant de basculer du côté obscur. Parce que, quitte à faire revenir le vieil Anakin, autant le faire revenir tel qu’il était sous le masque de Darth Vader, ça aurait eu plus de sens. Et comment Luke reconnaît-il son père sous cette apparence? De la même façon qu’il a reconnu Darth Vader comme étant son père dans L’Empire contre-attaque. Darth Vader aurait pu lui mentir, Luke n’a pas de preuve tangible de cette paternité, il l’a ressenti, s’est fié à son cœur, les Jedi sont capables grâce à la force de ressentir l’âme d’une personne.

Parmi les controverses dû à des modifications plus récentes, issues des Blu-ray sorti en 2011, il y a l’ajout dans Le Retour du Jedi d’un «Noooo» crié par Darth Vader avant de jeter l’Empereur dans le vide alors qu’il électrocutait Luke jusqu’à ce que mort s’en suive. Le cri de Vader vient faire écho à celui poussé à la fin de La Revanche des Sith et s’inscrit dans une lignée de «Noooo» entendu dans chacun des films.

Et dans une moindre mesure, dans l’épisode IV un rocher a été ajouté afin de mieux cacher R2-D2. Non seulement l’effet est raté mais sur le plan qui suit, le rocher a oublié d’être ajouté ce qui crée un faux raccord. Dans l’ensemble les modifications permettent d’apporter plus de vie à certaines séquences, notamment à Mos Eisley où tout un bestiaire a été rajouté. D’autres séquences spatiales ont été étoffées pour les rendre plus spectaculaire, ou rendre hommage aux illustrations de Bespin, en rajoutant des fenêtres dans les couloirs, qui donnent vue aux décors de la cité des nuages comme illustré par McQuarrie. Certains caches et incrustations ont été corrigés, matte painting retravaillés en numérique, lignes de dialogues modifiés et zoom numérique utilisé sur certains plans afin de dynamiser la mise en scène de George Lucas sur l’épisode IV. Le tout, au fil des éditions, a permis d’harmoniser les six films et d’avoir un tout cohérent et même si certains choix peuvent paraître contestable, il n’y a rien qui ait profondément changé, l’histoire reste la même.

La question qui s’est longtemps posée est, l’œuvre appartient t-elle à son créateur ou au public une fois sortie? George Lucas a tout à fait le droit de retoucher à sa convenance la saga qu’il a imaginé, d’autres réalisateurs sortent régulièrement des versions longues comme James Cameron ou Ridley Scott. Mais dans ces cas là, ils permettent toujours de sélectionner la version du film, là où Lucas a fait en sorte de retirer du marché les versions originales. Il déclara d’ailleurs «Pour moi, l’Édition Spéciale est la version définitive. Je ne m’inquiète même plus des autres,car il a fallu passer par de nombreuses étapes avant d’arriver au résultat final.» Malgré tout, après l’acharnement des fans pour avoir à disposition les versions originales, celles-ci sortent en DVD en 2006, de façon confidentielle, et n’ayant bénéficié d’aucun effort de remasterisation du son et de l’image, preuve d’une certaine mauvaise fois.

Prélogie & Trilogie

Le succès commercial de la prélogie fût au rendez-vous, mais on ne peut pas en dire autant du succès critique. De moins en moins appréciée, à l’exception de l’épisode III dont les avis sont un tantinet plus élogieux, beaucoup dénoncent une infantilisation de la saga, déjà amorcé avec Le Retour du Jedi et les Ewoks. Une accumulation incompréhensible de lieux et de personnages au sein d’un scénario bordélique, aux enjeux absurde où la direction artistique et les scènes d’action sont réalisées dans un but purement mercantile afin de vendre des jeux et des jouets. Où les arguments technologiques passent avant les mythes évoqués dans la première trilogie et une cohérence visuelle ratée entre les deux trilogie, dont la technologie numérique les oppose. Une scission de fans se créa, la génération ayant découvert la trilogie originale en salle durant leur enfance et une nouvelle génération, celle de la prélogie.

Revenons sur les défauts, les qualités et les polémiques suscitées par la prélogie. À commencer par la direction d’acteurs où seul ceux qui s’investissent le plus arrivent à tirer quelque chose de leur rôle, sans que ce ne soit catastrophique. Certes le personnage de Jar Jar Binks est antipathique, souvent irritant et n’arrive jamais à susciter un sourire chez le spectateur, à contrario du duo R2-D2 et C3-PO beaucoup plus subtil. Mais si l’on regarde bien, il n’y a pas que le spectateur qui est irrité par Jar Jar, les personnages le sont aussi, comme lors de la première rencontre entre Qui-Gon Jinn et Jar Jar Binks.

  • On a failli mourir à cause de toi tu n’as pas de cervelle ?
  • Je sais parler.
  • Ce n’est pas parce que tu parles que tu es intelligent, laisse moi maintenant.

Ou lors du repas chez les Skywalker. Jar Jar se sert, sans gêne, en utilisant sa langue, Qui-Gon attrape sa langue et lui ordonne de ne jamais recommencer. Plus tard, Obi-Wan rétorque à son maître «J’ai comme l’intuition que nous allons encore ramasser une pitoyable créature en chemin.». Donc oui, le personnage est lourd et maladroit mais il est voulu ainsi et provoque la même réaction chez les personnages. Ça ne justifie pas le supposé échec du personnage mais permet de le relativiser.

Le scénario comporte quelques incohérences, par exemple, dans La Menace fantôme, pourquoi mettre en danger la vie d’Anakin en l’emmenant sur Naboo au cœur d’un conflit entre deux armées? Si il est si précieux aux yeux de Qui-Gon Jinn, il aurait dû le mettre en sécurité et non pas le laisser seul dans un lieu grouillant d’ennemis.

Dans L’Attaque des Clones, Une fois Zam Wesell arrêté par Anakin et Obi Wan, Jango Fett, utilise une fléchette empoisonnée pour la tuer à distance avant que celle-ci ne le dénonce au prêt des jedi. C’est la première fois dans un Star Wars que ce genre de technologie désuète est utilisée, un tir de blaster aurait suffit et n’aurait pas laisser de trace, il n’aurait donc pas eu à utiliser une fléchette facilement identifiable. Sans oublier qu’au lieu de tuer Zam, il aurait pu tuer les deux jedi qui lui tournaient le dos.

Mais la trilogie contient aussi des failles scénaristiques.

Dans Un nouvel espoir, Obi Wan Kenobi précise à Luke en voyant des Jawas s’être fait abattre que «Seuls les troupes de la mort de l’Empire ont des tirs aussi précis». Par la suite, on pourra constater que les Stormtroopers manquent souvent leur cible à tel point qu’ils arrivent à rater un Wookie dans un corridor. Lors de l’attaque de l’Étoile de la mort par les rebelles, pourquoi doivent-ils faire le gros de leur parcours dans la tranchée? Pourquoi ne pas localiser la bouche d’aération permettant de détruire l’Étoile de la mort directement et s’en rapprocher? L’empire ayant découvert que la base rebelle se trouvait sur Yavin IV, ils décident de la détruire mais doivent contourner une planète obstruant leur ligne de mire pour être dans l’axe de Yavin IV. Pourquoi l’Étoile de la mort n’a pas juste explosé la planète d’en face pour ensuite détruire la base rebelle?

Oui il y a des incohérences, mais c’est valable pour les six films et sur des détails complètement tertiaires et futiles à l’histoire, ce qui ne gêne absolument en rien la compréhension des multiples symboles et autres messages portée par la saga.

Si à mon sens la trilogie peut prétendre à être un léger cran au-dessus de la prélogie, c’est surtout parce qu’elle bénéficie du meilleur épisode de toute la saga. Star Wars, épisode V : L’Empire contre-attaque, réalisé par Irvin Kershner, qui touche à des choses universelles, à travers une fin anthologique à la dimension la plus shakespearienne de toute la saga. Un nouvel espoir était déjà très bien construit et ambitieux technologiquement, et L’Empire contre-attaque réussi l’exploit de le surpasser sur tous les points. L’élaboration de la mise en scène du film souligne un grandiose homérique qui n’était jusque là qu’effleuré, que ce soit dans le choix des cadres, de l’importance des décors, des vaisseaux et de leur multiplicité. La profondeur des personnages, Darth Vader passe d’une simple brute et bras droit de l’Empereur à un être en apparence meurtri et torturé qui révèle une certaine mélancolie, même son armure gagne en symbole (aidé par la prélogie) et ressemble plus à un tombeau renfermant Anakin dans son échec passé, qu’à un simple costume intimidant. Alors que l’épisode précédent se concluait sur une victoire, ici tout s’écroule. La quête de Luke dans son désir de devenir un chevalier jedi se révèle bien plus fastidieuse que prévue. Et Han Solo est prit au piège par l’Empire et est plongé dans la carbonite. Le combat final entre Luke et Darth Vader est un parfait exemple de réalisation mettant en évidence le symbolisme du film par le prisme de sa mise en scène. Les décors et l’éclairage tirent sur des tons froid (bleu, blanc, et le sabre laser bleu de Luke) et chaud (rouge, orange, marron, et le sabre laser rouge de Darth Vader). Le tout se confronte et s’affronte, illustrant le combat du bien contre le mal, de la lumière contre l’obscurité. Et la fumée illustre le voile qui cache la réalité, remettant en cause la vision du héros une fois la vérité révélée à la fin du duel. Tous ces éléments rendent cet épisode puissamment évocateur et ont participé à appuyer la saga dans l’inconscient collectif. Dans un même ordre d’idée, au fil de la trilogie, on peut s’apercevoir que les vêtements de Luke passe du blanc, au gris, puis au noir, ce qui illustre son cheminement psychologique et que ce soit de plus en plus foncé évoque le fait qu’il pourrait basculer du côté obscur comme son père. Anakin dans la prélogie est habillé en beige, marron claire, puis marron foncé pour les mêmes raisons.

La prélogie elle, aborde un récit aux enjeux un peu plus complexe et est loin d’être mauvaise. Elle réussi plus qu’elle n’échoue dans son désir d’approfondir la genèse de l’univers et de la famille Skywalker. Lucas n’oublie pas non plus d’aborder son histoire sous l’impulsion d’une mise en scène inspirée. George Lucas s’autorise l’absence de musique, pour appuyer la tension de certaines scènes (la course de Podracer, le combat entre Obi-Wan et Darth Maul, le champ d’astéroïdes de l’épisode II, etc...). Lorsque Mace Windu dit à Yoda «Mais lequel des deux est mort, le maître ou l’apprenti?» la caméra fait le point discrètement sur Palpatine. Dans L’Attaque des clones il y a une synecdoque lorsque Anakin annonce à Padmé son désir de retrouver sa mère, on voit seulement les ombres des deux personnages, et la coupe de padawan d’Anakin ressemble au casque de Darth Vader, ce qui évoque son futur destin. La Revanche des Sith propose la meilleure ouverture de toute la saga. Le film s’ouvre sur un plan séquence mémorable et lourd de sens, l’apparition d’un croiseur laisse supposer que tout est calme jusqu’à ce que la caméra bascule et montre un conflit dantesque, ce qui reflète l’idée des faux semblants conflictuels perpétré par Palpatine, ce qui est au cœur de la prélogie. Toujours dans La Revanche des sith, la chute de la république est symbolisée lors du combat entre Darth Sidious et Yoda, toute la démocratie vole littéralement en éclats. Un certains nombres de symétrie se font échos et se retrouvent entre les deux trilogies. La scène du départ du croiseur quittant Coruscant pour Utapau, est l’exacte opposée de la scène d’ouverture de l’épisode IV. La scène dans le champ d’astéroïdes des épisode II et V. La confrontation Anakin/Dooku et Luke/Darth Vader devant Palpatine dans les épisodes III et VI. Ou la destruction du vaisseau de la fédération du commerce et de l’Étoile de la mort dans les épisodes I et IV. Alors oui George Lucas ne fait pas de salto vrillé avec sa caméra lorsqu’il film des scènes de dialogues mais sa mise en scène se veut entre autre héritière du style d’Akira Kurosawa. La différence la plus notable entre les deux trilogies tiens du fait que les rebelles de la trilogie sont confrontés à un ennemi clairement défini qu’ils attaquent frontalement, alors que les Jedi de la prélogie essayent de défendre un pouvoir en place attaqué de l’intérieur par un ennemi dont l’identité reste diffus.

Abordons quelques polémiques en commençant par les midi-chloriens. Considéré par beaucoup comme une hérésie, tenter d’expliquer le phénomène de la Force par une rationalisation scientifique, ce serait briser la magie en dévoilant les ficelles du tour. Les midi-chloriens ne rationalisent en aucun cas le concept de la force. Cela reste quelques chose de spirituelle, la force et les midi-chloriens sont deux choses différentes. Il s’agit d’une forme de vie microscopique présente dans les cellules de tout individu, permettant aux Jedi de créer un lien avec la force et ainsi communiquer avec elle. Vérifier le taux de midi-chloriens chez un individu consiste à vérifier à quel point une personne est réceptive à la force. Tout cela parait logique dans un univers où les croyances d’un ordre Jedi vont bien au-delà de simple croyances mais sont clairement un savoir aux effets visibles.

Les interprètes d’Anakin Skywalker ont été vivement critiqués. La faute, à priori, à la direction d’acteur. Jake Loyd se retrouve à jouer un petit garçon au caractère un peu trop unidimensionnel et Hayden Christensen joue un Anakin tête à claque dans l’épisode II, mais rien de rédhibitoire, encore une fois, c’est l’effet recherché. On nous montre un jeune homme fougueux, sûr de lui, car promu à un grand avenir, mais aussi à la sensibilité à fleur de peau ayant du mal à gérer son trop plein d’émotion et surtout frustré car freiner par son mentor et le conseil. À partir de La Revanche des Sith, Hayden Christensen arrive à développer une certaine présence et à avoir l’air plus intimidant. Parmi les scènes les plus significatives, il y a la scène où Anakin et Padmé sont séparés, Anakin attend au conseil des Jedi, la puissance émotionnelle est palpable et parfaitement retranscrite sans aucun dialogue, il y a aussi la scène où Anakin assassine les leaders séparatistes restant sur Mustafar.

En ce qui concerne le développement du personnage, il est tout à fait logique. Nous apprenons que Darth Vader fût autre fois Anakin Skywalker, qu’il a eu deux enfants, que sa femme est morte et que c’était un jedi. Si c’était un jedi passé du côté obscur, c’est qu’il était fragile, dont les sentiments pouvaient facilement s’emballer et pas uniquement la colère ou la violence mais aussi l’amour et l’attachement porté envers sa mère et sa femme Padmé. Un jedi est censé contrôler ses émotions et pour qu’il bascule du côté obscur il fallait que ses émotions soit intenses, la perte de sa mère explique sa fragilité, qu’il ai connu sa mère longtemps était nécessaire pour qu’il y soit attaché et abattu par sa mort. La Revanche des Sith révèle la nature faustienne d’Anakin Skywalker. Faust, déçu par la science, n’arrive pas à résoudre les problèmes auxquels il est confronté et passe un pacte avec le diable, lui apportant une source de savoir pour trouver des réponses grâce à la magie noire. En échange, il vend son âme. Tout comme Anakin passe un pacte avec Palpatine, afin d’acquérir des pouvoirs du côté obscur lui permettant ainsi de sauver sa femme d’une mort certaine, dont il a eu une vision comme pour sa mère avant qu’elle ne meurt. Ces deux personnages sont dépassés par leur propre désir. Ce désir de se surpasser se montre très tôt chez Anakin, qui refuse la mort de sa mère, puis de sa femme. Depuis sa plus tendre enfance, Anakin, amoureux des machines, a la capacité d’en construire (notamment C3-PO et un podracer). Les épisodes I et II mettent en exergue ce rapport fusionnel entre Anakin et la mécanique, ce désir de créer, de donner la vie à des machines, voir de préserver les gens qu’il aime de la mort. Par ironie du sort, lui qui occupait la place du docteur Frankenstein finira par devenir la créature de Frankenstein, une machine. Anakin est aussi l’élu de la prophétie censé amener l’équilibre dans la force. La force, c’est la nature et la nature est impartiale, il n’y a pas de mal ou de bien, ce sont des notions humaines, c’est donc de ce besoin d’équilibre que la force créée Anakin, d’où le fait qu’il soit tiraillé des deux côtés et l’existence des midi-chloriens justifie le caractère exceptionnel du personnage. En éliminant tous les Jedi, les Sith et en se sacrifiant, Anakin rétabli ainsi l’équilibre et boucle la boucle d’un opéra en six actes ne souffrant d’aucune carence. La prélogie améliore donc considérablement la vision que l’on a de Darth Vader. Elle permet enfin de mesurer tout le poids dramatique, toute la tragédie qui entoure le personnage d’Anakin et de se rendre compte qu’il n’est pas seulement l’incarnation déshumanisé du mal.

En ce qui concerne la transition visuelle entre les deux trilogies. Beaucoup estiment que le sentiment de progression est raté, que le tout numérique de la prélogie s’oppose aux décors et autres maquettes de la trilogie. Ce qui est faux puisque la prélogie regorge d’innombrable décors naturel ou studio, maquettes et animatroniques comme le prouvent ces liens :
http://furiousfanboys.com/2014/05/the-star-wars-prequels-model-or-cg/
https://www.youtube.com/watch?v=p0cpRamEur4
En ce qui concerne le sentiment de progression, il est tout à fait cohérent, la plupart des vaisseaux qui nous sont présentés sont issues de divers ethnies, ce qui est le reflet d’une culture différente, là ou la trilogie ne nous a montré que des vaisseaux de guerre de l’Empire et des rebelles. La main robotique d’Anakin n’est constituée que d’une armature alors que celle de Luke est recouverte d’une peau synthétique. Les Jedi Starfighter ont besoin d’un réacteur additionnel pour utiliser l’hyperespace alors que les X-Wing en sont déjà équipés, de même pour les croiseurs ou autres quadripodes des épisodes II et III ressemblant à des embrouillons de ceux utilisés dans la trilogie.

Parmi les points forts incontestables de la prélogie il y a l’interprétation d’Ewan McGregor dans le rôle d’Obi Wan Kenobi. L’un des meilleurs choix de casting, Il a su transiter d’un jeune homme fougueux, en train d’apprendre à un maître Jedi plus sage, en reprenant les mimiques d’Alec Guiness. Il ressemble vraiment à l’idée que l’ont se fait d’Obi Wan jeune en ayant vu Alec Guiness.

Ian McDiarmid dans le rôle de Palpatine est lui aussi excellent, il a bénéficié de l’une des meilleures écriture qui soit. Palpatine est un grand diplomate, charmeur et manipulateur. Il est le personnage à l’origine de la confusion général et du conflit qui entraînera la république dans une guerre, ce qui causera son ascension et sa chute. Sous le nom de Darth Sidious, Palpatine fomente l’invasion de Naboo (sa planète d’origine dont il est le sénateur) par la fédération du commerce en promettant des récompenses substantielles à Nute Gunray (Vice-roi de la Fédération du commerce). L’intention est de susciter un mouvement de sympathie envers Palpatine, tout en discréditant le Chancelier Valorum incapable d’agir, afin d’accéder au poste de Chancelier. Palpatine délègue au Comte Dooku, Jedi déchu qui devient son apprenti, le soin de procéder à la création d’une armée de clones pour défendre la République tout en entretenant les rivalités contre les séparatistes qu’il dirige aussi. Ce qui lui permet de fragiliser la république dans la guerre des clones et profiter du chaos et des esprits échauffés pour falsifier un coup d’état contre les Jedi, afin de s’en débarrasser. Il règle ensuite la guerre fictive dont il gérait les deux camps, en ordonnant à Anakin/Darth Vader, récemment devenu son apprenti, de tuer les leaders séparatistes, il acquit ainsi un contrôle absolu de la Galaxie grâce à son empire. Toutes ses machinations lui feront donc croiser le chemin de l’élu, Anakin Skywalker, qu’il intègre à son plan et qui sera la cause de son échec qu’il a finalement lui même provoqué.

Et pour finir dans quel ordre regarder la saga? George Lucas a prit un malin plaisir à renverser l’ordre chronologique des films avec l’ordre de parution. Si la saga est vu dans l’ordre de parution, la prélogie fonctionne comme une ironie dramatique. Le spectateur ayant vu la trilogie avant la prélogie, sait pertinemment qu’Anakin Skywalker deviendra Darth Vader, l’idée est de savoir comment et pourquoi. Et dans cet ordre certains effets de surprise permettent de rester intact, comme la découverte de Yoda, ou le lien familial entre Darth Vader, Luke et Leia. Dans l’ordre chronologique, d’autres retournements de situations apparaissent, comme Palpatine qui s’avère être Darth Sidious, celui qui tire les ficelles des deux camps depuis le début. Anakin, alors prédestiné au rôle d’élu censé amener l’équilibre dans la force bascule du côté obscur, et le voir devenir la représentation du mal absolu à la tête d’un empire tyrannique rend l’histoire du personnage à travers les six films encore plus complexe et tragique. L’Édition Spéciale de la trilogie va aussi dans ce sens de lecture en incluant des éléments qui évoquent la prélogie.

En conclusion, la saga en six films se tient très bien, les films répondent à une logique de mise en scène et l’histoire est pensée de façon symbolique et mythologique. George Lucas a puisé dans de nombreux mythes et faits historiques pour écrire son histoire. On peut voir dans la montée au pouvoir du Chancelier Palpatine une analogie de celle d’Adolf Hitler. La chute de la république évoque l’Empire Romain et son gouvernement qui s’enfonce peu à peu dans la confusion et la corruption total. La course de podracer fait écho aux courses de char de l’antiquité. La mythologie grecques, la légende arthurienne, et bien d’autres encore. Il faut considérer Star Wars, non pas comme deux trilogies, mais comme un tout uni et fédérateur, à l’image de la force.

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