À l'aube de l'Empire

Avis sur Star Wars : Épisode II - L'Attaque des clones

Avatar Eren
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J'ai toujours eu du mal avec l'Attaque des Clones, ce surplus de CGI vieillissant et cette narration entrecoupée par des temps morts en font l’un des épisodes les moins appréciés.

Et pourtant... cela fait quelques temps que j'ai changé mon regard sur ce deuxième épisode. Ce n'était pas gagné, mais je suis forcé de constater certaines grosses qualités.

I. Un épisode politique tourné vers l'enquête des autres... et de soi
La plus grande force de ce film est son aspect politique, c'est sans nul doute la partie de cette saga la plus politisée, un épisode pivot dont l’action gravite autour de la description d’un coup d’état constitutionnel. Le film multiplie les symboliques pour montrer la dangerosité de cette République moribonde et d'une administration centrée sur ses intérêts, pendant qu'à l'autre bout de la galaxie se trame un complot de grande envergure. Et c'est ce qui fait le charme de cet épisode selon moi, on est immergé dans cette atmosphère politique et je prends véritablement du plaisir à suivre Obi-Wan dans son enquête, qui à mesure d'avancer dans ses découvertes va nous faire prendre conscience de l'inéluctabilité du gouffre dans lequel s'enfonce la République. Symboliquement c'est un tournant pour la saga, tous les ingrédients du parfait coup d'état tyrannique sont réunis et cet ennemi de l'intérieur qu’il faut faire disparaître, le film parvient foncièrement à construire le propos de cette guerre inévitable et celle-ci est renforcée par les méfiances mutuelles que les personnages attisent entre eux.

Petit à petit l'épisode s'émancipe dans ses injonctions politico-sociétales et c'est ce qui le rend si plaisant à mes yeux, voir cet Empire qui se bâtit lentement mais sûrement. Toutes les pièces du puzzle se mettent en place, chaque dialogue fait écho à un autre dialogue, chaque personnage conduit à une conséquence parfois considérable et cela s'accompagne d'une bande sonore esquisse qui met un point d'orgue à cette tragédie intergalactique.

II. Anakin & Padmé... une relation loin d'être inintéressante
Souvent attaqué, le rapprochement entre Anakin et Padmé est souvent décrié pour l'ennui qu'il procure et pour leurs dialogues niaiseux. Mais contrairement à ce qui a été dit maintes fois, je trouve que leur relation tient parfaitement la route. Anakin fait preuve d'érotomanie comme j'en ai rarement vu dans un blockbuster. L'aspect érotomanique de Anakin est un des aspects les plus importants le concernant, il n'est pas aussi inexpressif qu'on le dit, au contraire. Il confond ses fantasmes qu'il n'a cessé d'alimenter avec la réalité. Sa vérité doit forcément être celle des autres, quand Padmé n'est pas tout de suite réceptive à son amour cela le rend fébrile dans son attitude, Anakin a un cœur de verre, la moindre chose pour laquelle il se sent offensé ou insatisfait va le pousser à se livrer, au risque de mettre mal à l'aise son interlocuteur. Et cette limite rouge qu'il n'hésite jamais à franchir va lui permettre d'arriver à ses fins, sans pour autant éviter certaines conséquences évidemment. Là où je trouve aussi les scènes intéressantes entre lui et Padmé, en plus d'être essentielles, est dû à la teneur des dialogues, oui vous avez bien lu, les dialogues m'ont convaincu, ils sont théâtraux et leur idylle cachée est semblable à celle d'un conte grecque antique, leur relation est tout aussi épineuse que peut l'être celle de Pâris et Hélène de Sparte. Et moi ça me parle.

III. Les yeux rivés vers la Planète Mustafar
A partir de ce deuxième épisode tout ce que fera Anakin en l'absence d'Obi-Wan sera plus ou moins déraisonnable. Hormis quelques passages avec Padmé où il retrouve une lueur de tendresse ou bien dans l'introduction du III quand il sauve son maître alors que Palpatine voulait l'abandonner. Mais elles sont très rares les scènes où Anakin agit comme un homme respectable de la pensée Jedi et de la sagesse que cela implique. Tout ce que construit George Lucas dans la prélogie a pour seule issue le combat "final" contre son maître Obi-Wan. Cela commence de manière assez terrible dans l'Attaque des Clones où Anakin se retrouve devant des choix cornéliens, il est mis à l'épreuve et son interprète Hayden Christensen propose une palette de sentiments conséquente et variée, la colère, la haine, l'injustice, le droit divin, l'amour... Anakin sera toujours cet homme qui ne connaîtra jamais le sentiment d'être aimé par un père et d'aimer en tant que père. C'est avec L'Attaque des Clones que cette histoire de paternité se poursuit, c'était déjà le cas dans La Menace Fantôme mais Anakin n'était encore qu'un jeune enfant pour qu'on puisse lui donner une conscience dans ses actes, des actes irréfléchis et instinctifs. Et de ce fait, la perte de sa mère sera le premier grand signe de sa descende en enfer et de son enfoncement dans le côté obscur.

Conclusion
Hormis un visuel décadent avec des allures de jeux vidéo et quelques maladresses dans la mise en scène, ne faisant pas toujours le bon choix pour dynamiser sa narration, George Lucas livre pourtant un épisode de qualité et bien souvent critiqué à tord. L'Attaque des Clones est un film d'enquête, un film de romance, un film de manipulation, mais par-dessus tout un film qui fait date dans la chronologie Star Wars et il est dommage de le voir si mal considéré par ses fans. Selon moi on le juge sur ses mauvais aspects en omettant toutes la force de son contexte et son enjeu politique. Les nombreux groupes (commerçants, banquiers, jedi, sith, etc) permettent de montrer toute la richesse de cet univers et leur action respective démontre de l'interaction grandissante qui inonde la galaxie. Rien n'est laissé au hasard et les erreurs comme les promesses ne sont pas oubliées, elles ont toutes du poids et rappellent à quel point la responsabilité de chacun est de mise. L'Attaque des Clones est un épisode qu'il faut cesser de sous-estimer, pour ses nombreux aller-retour entre l'enquête d'Obi-Wan pour démêler le vrai du faux, le cadre paradisiaque d'Anakin & Padmé où ils vivent un amour interdit, la tragédie de la famille Skywalker avec la perte de Shmi et puis cette action qui monte en puissance, se décuplant avec une course-poursuite ou en nous entraînant dans les bas-fonds d'une ville à la recherche d'un tueur à gages... L'Attaque des Clones a des arguments et je me ferai un plaisir de le défendre car il me le rend bien.

(7,5/10)

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