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Star Wars : Épisode I - La Menace fantôme par Pierre-Yves_Georges

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"Il y a trop de politique dans ce film..."
C'est vrai et faux à la fois. Je ne dirais pas qu'il y a trop de politique, mais plutôt que celle-ci est très mal exploitée dans ce film. En effet, alors que la dimension politique de la trilogie était tout à fait simple (le combat contre une dictature), celle de la prélogie se veut à la fois plus riche et plus complexe (raconter comment la dictature est née) et ce, au point que l'exposer clairement au spectateur et réussir à lui faire adhérer à cette dimension politique est un vrai défi.
Est ce que Lucas réussit son défi ? Non. En vérité, il n'essaye même pas. Il n'essaye même pas de décortiquer cette carapace ultra politisée (ce qui aurait, par exemple, passé par une explication plus rigoureuse des termes, des enjeux, etc.), il préfère nous la servir telle quel et, ce faisant, nous inciter à détourner le regard pour nous intéresser aux autres choses que le film a à nous offrir. Mais le problème, c'est que toutes les autres choses du film, de l'intrigue, découlent de cet enjeu politique. Aussi, quoique les personnages fassent, on ne sait jamais vraiment pourquoi, et on s'en fout même. S'opère donc une distance entre le spectateur et le film qui n'est jamais atteint par ce qu'il se passe.
La politique, dans ce film (et dans le prélogie toute entière) est un contexte alors qu'elle devrait être un enjeu (comme dans la trilogie originale dont la dimension politique était assez simplifiée pour faire adhérer le spectateur).

Mais, je ne peux pas en vouloir à Lucas d'avoir été aussi ambitieux quant à la dimension politique du film. Je lui en veux de ne pas l'avoir été assez, car le summum de l'audace aurait été non seulement de parler du passage (plus évident qu'on le croit) d'une démocratie à une dictature dans un blockbuster, mais en plus de faire en sorte que le public y adhère.

Au lieu de ça, la volonté de Lucas ne devient que personnelle: vu qu'il n'a pas essayé de rendre la dimension politique du film à peu près tangible pour le public, c'était bel et bien rien que pour lui qu'il l'a foutue dans. Ce qui m'amène à souligner, ou plutôt à re-souligner, qu'il n'aurait jamais dû être seul à écrire et réaliser ces films, quelqu'un aurait dû le freiner dans ses délires persos...

"Le duo Qui-Gonn/Obi-Wan claque..."
Oui. Rien de plus à dire, sinon que Liam Neeson a la classe. Et, aussi, je pense que si les gens sont aussi emballés par l'idée d'un spin-off sur Kenobi, c'est en partie grâce à ce film: en effet, il y a un sentiment général comme quoi il est utile de rendre "justice" à ce personnage qui n'a jamais été que le second, qui devait se sacrifier pour le véritable héros du film. C'est surtout flagrant dans ce film où, alors qu'il pourrait donc totalement être le héros (puisqu'il n'est pas vraiment le mentor, le rôle revenant largement plus à Qui-Gonn), doit se sacrifier et céder son mentor à Anakin.
C'est aussi un des points forts du film: cet effacement assez touchant d'Obi-Wan qui pourrait être le héros, mais, accepte, dans sa volonté de suivre les règles, de se voir priver de ce rôle et de le céder à Anakin.

"Jake Lloyd ne joue pas bien..."
Ce n'est pas faux, et c'est l'un des intérêts de la VF: corriger le jeu du jeune acteur et rendre au final assez sympathique cet enfant. Si on en vient à parler de la version française, les doublages sont très bons (ceux de Qui-Gonn et d'Obi-Wan en tête) et permettent de "brouiller" le mauvais jeu d'acteur (ce sera surtout le cas pour Hayden Christensen dans la suite).

"Dark Maul est sous-exploité..."
C'est vrai, et c'est pas plus mal. Je préfère un personnage muet et monolithique au possible, la chose étant impossible à rater en ce qui concerne l'écriture, qu'un personnage sensé être plus torturé et complexe, au point qu'on foire totalement son écriture (Anakin dans cette prélogie en gros). Du coup, oui, Dark Maul est un pantin qui agit mécaniquement et ce sans le moindre état d'âme; et alors ? Il n'en est que plus flippant (surtout grâce à son design, qui embellit le tout).

"Les midi-chloriens retirent tout son aspect mystique à la Force..."
Le concept des midi-chloriens n'est en lui même pas une mauvaise idée: c'est un moyen de mesurer la sensibilité à la Force. Il s'agit pour les êtres intelligents de la galaxie de rendre mesurable ce champs d'énergie hors de leur monde physique: sous cet angle, les midi-chloriens soulignent la mysticité de la Force plutôt que de l'atténuer. MAIS, si cette conception marche dans un premier temps du film, quand les midi-chloriens ne servent qu'à montrer à quel point Anakin est sensible à la Force, elle ne marche plus dès lors que Qui-Gonn explique à ce dernier ce que sont les midi-chloriens. Ce seraient des "organismes présents dans les cellules" qui représenteraient la Force: et c'est là que ça nuit réellement au concept de la Force, en le démystifiant, alors que ça devait au contraire le mystifier d'avantage. Ce qui est encore plus absurde et énervant, c'est que les midi-chloriens ne sont plus du tout utiles à l'histoire quand Qui-Gonn en parle plus précisément puisqu'on a déjà compris qu'Anakin était particulièrement sensible à la Force à ce moment là du film. C'est donc une formidable balle dans le pied.

Au final, j'ai beaucoup de sympathie pour ce film, dont le principal tord est de très mal exploiter ses idées qui sont, pour beaucoup d'entre-elles, très bonnes. Aussi, que ce soit le discours politique ultra sophistiqué, les personnages bien badass ou des détails sensés clarifier des éléments de l'intrigue, rien ne résiste au passage du papier au film en lui-même.

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