La Chute

Avis sur Star Wars : L'Ascension de Skywalker

Avatar Albiche
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Cette critique spoile le film et les deux précédents volets.

Affligeant de médiocrité : sans recul, voilà comment je qualifiais Star Wars Episode IX au sortir de ma séance. Je crois que l’amour un peu exagéré que je portais pour le VIIIème épisode de la saga n’a d’égal que le dégoût que j’ai pour The Rise of Skywalker, cet immense gâchis. Première fois d'ailleurs que je vais voir un Star Wars le premier week-end de son exploitation et que je constate une excitation seulement très relative du public, et surtout, une salle à moitié vide. En pouvait-il être autrement quand l’ogre Disney a décidé de tuer la créativité de deux réalisateurs de talent et en faisant le choix de l’inconstance et de l’incohérence en confiant la trilogie à ces deux cinéastes aux visions opposées qui n’ont cessé de se tirer dans les pattes et de vouloir imposer leur propre vision à la postlogie, pour que finalement aucune n’émerge si ce n’est celle d’un blockbuster médiocre, fade et sans saveur qui se rapproche de ce dont est capable de nous pondre le MCU ?

Par où commencer ? Peut-être par la forme, en disant que c’est le Star Wars de la nouvelle trilogie le plus moche et le plus mal réalisé. La confusion qui émane du visionnage est bien sûr liée au scénario et à ses raccourcis, mais également à son montage elliptique, qui ne nous aide pas à contextualiser comme il le faudrait. Le rythme des différents arcs narratifs avait été bien mieux géré dans le film précédent. D'ailleurs, en termes de mise en scène pure, là où Rian Johnson avait placé la barre assez haute dans The Last Jedi, on est confronté à un produit insipide, sans aucune prise de risque et devant lequel un terrible manque de souffle épique se fait ressentir, même dans le combat final. C’est la première fois que je ne ressens quasiment rien devant un Star Wars tout du long, si ce n'est un encéphalogramme plat constant, et pourtant je suis loin d’être un fan invétéré de la saga. Les combats sont si mal chorégraphiés (une qualité qu’on n’enlèvera jamais à la prélogie, mais également au deux précédents volets de la postlogie malgré tout) et les effets visuels vieilliront sans doute très mal. JJ Abrams se caricature même avec son usage abusif de flous en arrière-plan qui se remarquent trop facilement et le filtre utilisé pour la photographie rend le tout extrêmement quelconque d’un point de vue esthétique. Ceci contraste fortement avec ce qu’avait su proposer le réalisateur américain pour Le réveil de la force, qui malgré une direction artistique assez pauvre, avait réussi à créer une œuvre plutôt réussie visuellement. Là on sent que l’œuvre a été faite dans la précipitation et on se retrouve avec un produit bâclé dans son aspect formel. Et tout ça, c'est sans même évoquer le manque d'inventivité des planètes qui accueillent nos héros. Les quelques trouvailles visuelles dont le duel à distance entre Rey et Kylo Ren au milieu du film ne suffisent pas à relever l’ensemble.

Et si ce n’était que ça… Car si la forme est déjà ratée, le fond l’est encore plus. Je ne sais même pas quel choix scénaristique dénoncer tellement ils m’apparaissent tous aberrants. Tout le monde avait bien compris que JJ Abrams s’amuserait à détricoter tout ce qu’avait mis en place Rian Johnson dans le huitième opus, mais personne ne s’attendait à ce qu’il s’en donne autant à cœur joie. Lui-même qui confessait ne pas savoir où aller après le VIIème épisode nous confirme ses dires quatre ans plus tard. On sent qu’il a le cul entre deux chaises tout au long du film, qu’il pourrait conclure avec une fin osée, mais non, il enchaîne twist, puis retwist, puis re-retwist pour finalement nous offrir la pire conclusion possible pour la saga, à laquelle participe l’intervention de nombreux deus ex machina (le retour de Kylo d’entre les morts pour sauver Rey, l’intervention presque divine de la population qui ne forme même pas une armée, le basculement définitif de Kylo Ren dans la lumière qui s’opère grâce au sacrifice de Leia, entre autres). Et ce baiser que je redoutais tant symbolise à lui seul une fin consensuelle (mais paradoxalement non souhaitée) et niaise au possible, pour un écoeurement presque total du spectateur, qui montre que Disney est vraiment la pire chose qui soit arrivée à la saga.

Ce qui me plaisait chez Johnson, c’est qu’il avait réussi à imposer ses choix couillus à Disney : Rey issue de parents inconnus, c'était novateur, l’assassinat de Snoke qui laissait entrevoir la possibilité d’un Kylo Ren plus menaçant que jamais dans l’épisode IX et débarrassé de tout carcan supérieur pour mettre fin à la dualité Sith-Jedi, l’instauration d’une romance entre Finn et Rose qui donnait de la consistance et un background aux personnages secondaires, la magnifique conclusion pour le personnage de Luke bien entendu, et enfin une utilisation originale de la force au travers de la relation à distance entre Rey et Ben Solo qui approfondissait ce qui avait été effleuré auparavant dans la saga, entre autres. Dans The Rise of Skywalker, à l’exception du dernier point mentionné, JJ Abrams se débarrasse de cet encombrant héritage en faisant revenir Palpatine (qui se retrouve parachuté dans cet épisode comme un soldat américain au-dessus de Sainte-Mère-Eglise en 1944) d'on ne sait où, sans explication vraiment convaincante du pourquoi ou du comment, qui devient la menace commune à abattre pour nos deux héros, dont sa petite-fille, au terme d’un cheminement brouillon trop accéléré et surtout prétexte à cette scène finale. Imaginer que ce méchant puisse avoir une descendance me dépasse, m'enfin... Le tout en reléguant au rôle de sidekicks les personnages qui ne l’intéressent pas (Snoke, par ricochet, devenu la plus grosse arnaque de la trilogie, c'était attendu ; Hux et le twist le concernant d’un pitoyable absolu, alors qu’il était déjà ridicule dans le VIIIème épisode, le pion du pion du pion finalement si on a bien suivi ; et Rose qui méritait un meilleur traitement). Rose semblait pourtant destinée à un rôle plus important dans cet opus, mais JJ Abrams a préféré introduire de nouveaux personnages dont on se contrefout déjà cinq minutes après le visionnage.

Ce qui est le plus dommage, c’est que le casting initial avait été réussi par Disney et JJ Abrams : Rey et Kylo Ren, et leurs interprètes respectifs, sont sans doute la meilleure trouvaille de la postlogie, mais la conclusion de l’arc les concernant s’avère être finalement la plus grosse déception. De même que les autres personnages principaux introduits dans la disneylogie (Poe et Finn) qui avaient été bien mis en valeur dans l’épisode VIII sont ici un peu plus en retrait malgré leur rôle essentiel dans la victoire finale, et c’est bien dommage. Les nombreuses facilités scénaristiques (le prétexte trouvé pour C3PO afin qu’il ne divulgue pas d’entrée de jeu la localisation d’un objet capital pour retrouver Palpatine ou l’utilisation de la force à tout bout de champ pour sauver de la mort l’un ou l’autre des personnages, pour ne citer que deux exemples parmi tant d’autres), la déception que constituent les combats au sabre-laser et de manière générale les scènes d’action très en-deçà de ce à quoi nous avait habitués la saga et même la postlogie, l’assassinat de l’excellente partition de John Williams trop couverte par les bruitages et peu aidée par un mixage sonore des plus médiocres, et les hommages trop appuyés au point qu’ils en deviennent bourratifs (le retour de Lando, le masque de Dark Vador, la conclusion qui singe l’épisode VI, y compris dans le sauvetage de Finn qui rappelle celui de Luke après son combat avec son père, les Ewoks, et la dernière scène qui donne finalement un sens au titre mais qui rappelle un peu trop facilement l’un des plans les plus iconiques de la licence) parachèvent la condamnation à mort d’une trilogie vouée à devenir anecdotique du point de vue artistique malgré les milliards dépensés. Elle a finalement le mérite de revaloriser a posteriori une prélogie certes imparfaite mais qui possédait un véritable auteur à sa tête, maître d’œuvre absolu de l’objet fantastique qu’il a créé. Et je ne parle même pas de l'intouchable trilogie originale dont la conclusion suffisait amplement. C'est d'autant plus dommage car chaque opus de la postlogie pris séparément est largement à la hauteur finalement, même si le dernier souffre de lacunes bien plus importantes que les deux précédents.

Les maigres points positifs que constituent à la fois les quelques jolies scènes qu’on retiendra malgré tout (la scène d'introduction, le premier duel entre Rey et Kylo Ren déjà aperçu dans le premier teaser, le sacrifice de Leia pour faire définitivement basculer son fils du côté lumineux, la fin tout de même sublimée par le score de John Williams), un C3PO de retour en pleine forme et au premier plan, totalement fidèle à l’esprit du personnage introduit dans Un nouvel espoir, et la moindre présence d’un humour lourdingue et typiquement marvelien qui portait préjudice à l’opus précédent, ne permettent malheureusement pas de sauver les meubles d’un film à la fois trop calibré et en même temps si peu maîtrisé.

On se consolera en se disant que le bouche à oreille négatif et les scores décevants au box-office qui en résultent pourraient peut-être faire prendre conscience à Disney de la nécessité d’arrêter le massacre ou au moins de proposer quelque chose d’artistiquement plus cohérent et réfléchi comme l’a fait la Warner suite aux échecs de la franchise DC qui a fini par enfanter l’immense succès commercial et artistique Joker. Mais ce serait sous-estimer, je pense, la capacité de l’entreprise-monde à se saboter non seulement elle-même mais également les licences qu’elle a rachetées.

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