Star Wars IX : La Série Abrégée

Avis sur Star Wars - L'Ascension de Skywalker

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La grande force de J.J. Abrams, dans Rise of Skywalker, c'est de réussir à faire passer l'épisode de Pokemon qui a envoyé 700 enfants japonais à l’hôpital (l'épilepsie, tout ça) pour le Solaris de Tarkovski.

Non parce que si vous aimez les films qui vous procurent les mêmes sensations que votre fil d'actu Instagram', checké toutes les trois secondes pendant deux heures comme si vous souffriez de troubles obsessionnels compulsifs, réjouissez-vous : c'est le film qu'il vous faut. C'est d'ailleurs inquiétant, pour être sérieux deux minutes, parce que si ce film est calibré pour plaire au public de l'ère internet, on est en droit de se demander avec effroi ce que les nouvelles technologies ont fait de notre espèce. Indice chez vous : c'est jaune, carré, et ça vit à Bikini Bottom.

Je sais pas si vous avez déjà essayé de regarder les dessins animés sur Piwi ou les Pingouins de Madagascar mais cette hystérie permanente de bruits, de mouvements, de couleurs se retrouve en égales proportions dans ce Star Wars cuvée 2019 et les programmes de lavage de cerveau russes des années 60. Dans les deux cas, ça fiche les jetons.

Pour vous situer le truc, en gros, Rise of Skywalker, c'est un peu. Comme. Si je. Rédigeais. Cette. Chronique. Comme. ça. Mais avec des pioupiou lasers à chaque point. Le truc n'était pas lancé depuis trois minutes que j'hyperventilais déjà, ça a été la plus longue crise d'angoisse de ma vie. Pour arriver à encaisser ce rythme sans broncher, il faut avoir déjà l'esprit bien mâché par des heures de Candy Crush sur tablette alors qu'on n'a pas encore appris à marcher.

A un moment, mon cerveau a tellement manqué d'oxygène que j'ai cru apercevoir des Ewoks. L'ivresse des profondeurs, sans doute.
Parce qu'on n'était pas loin de toucher le fond.

En terme de rythme, c'est l'épisode le plus pénible à visionner depuis l'épisode 1 - ce qui n'est certes pas un mince exploit, mais je ne suis pas sûr qu'il y ait de quoi faire péter le champagne.

Et là, je crois que c'est le bon moment pour rappeler que je suis quand même du genre bon public, parce que dans mon coeur je suis un Jedi et tout ça, et que du coup j'ai bien noté l'épisode VII, et encore mieux noté l'épisode VIII (je ne suis pas attaché plus que ça à la mythologie originale, j'ai apprécié qu'ils aient tenté quelque chose d'un peu courageux, même si très maladroit), c'est vous dire si je suis un gros nounours digne de figurer dans le catalogue des jouets Hasbro au côté des Porgs et du nouveau Droïde dégueulasse dont ils vont vendre des palettes par millions (il va pas être bien cher à fabriquer, c'est tout bénèf' pour les petits enfants chinois qui vont s'en occuper). Parce que clairement et sans hésitation, le IX, contres toutes attentes, c'est le moins bon des trois. Popopopopoooommmm.

La bonne nouvelle, c'est qu'a priori, les scénaristes savaient où ils allaient et avaient vraiment un fil conducteur (potentiellement intéressant, en contexte Star Wars) depuis le début de cette trilogie.

La mauvaise nouvelle, c'est que comme le tout-internet n'y a pas cru une seconde, Disney a essayé de sauver les meubles en confiant cet épisode IX à J.J. "ALIAS" Abrams, qui a "légèrement retouché" le script à sa sauce avec son gros marqueur stabilo premier âge pour que Rey ressemble à Sydney Bristow sans la perruque dégueu et que Palpatine nous la joue Arvin Sloane. Et me dites pas que Poe Dameron n'a pas des faux airs de Marshall Flinkman, parce que vous seriez de mauvaise foi (what has been seen can't be unseen) !

Et alors vraiment, perso, c'est peut-être injuste mais j'ai jamais compris comment le gars responsable d'une des pires séries de l'histoire du début des années 2000 (ne protestez pas, ce ne serait jamais passé sur Téva si ça avait été une bonne série) avait été bombardé par Hollywood "réalisateur surdoué à la mode", mais enfin autant l'épisode VII, ça passait encore avec la vaseline de l'indulgence (surtout après deux Star Trek parodiques à s'en taper les cuisses), l'épisode IX, c'est une saison de Oui-Oui sous cocaïne et en avance accélérée.

On ne doit pas y trouver une seule scène de plus de vingt secondes, ni trois lignes de dialogues qui se suivent d'affilée. Les séquences s'enchaînent et se fouettent comme si elles pratiquaient le BDSM. Les enjeux artificiels ne cessent de se désamorcer l'un l'autre. Les ellipses de temps et d'espace transforment les lois de la physique en gros doigt d'honneur en 3D (rappelons que c'était déjà la grosse spécialité d'Alias, où ils faisaient New-York Bagdad en trois secondes parce que tout le monde s'en fout de les voir prendre l'avion). Les nouvelles têtes (j'allais écrire "nouveaux personnages", mais non) entrent dans le champ et disparaissent avant même que l'esprit humain ait eu le temps d'enregistrer leur existence, sans doute qu'ils ont été piqués dans un comics qu'on a pas lu, ou un roman qu'on ne lira pas, ou une fan-fiction dont on ne veut rien savoir. Comme si ça ne suffisait pas, J.J. place ses copains dans des caméos pathétiques qui sentent la charité chrétienne (triste Dominic Monaghan), et a collé ses rebondissements dans un sac à dos qu'il a fixé sur le Marsupilami au pistolet à clou. Houba, houba, les mondes explosent et on s'en fout, les gens se rencontrent et on s'en fout, il y a des extraterrestres et on s'en fout, ça fait pioupiou et on s'en fout, on en arrive à se foutre de tout sauf du prix du billet : en fait de conclusion épique, ça tient plutôt de lobotomie frontale (je suis à peu près sûr qu'après deux ou trois visionnages d'affilée, ça doit passer tout seul, on doit applaudir en criant "JE DU TROP BIEN LE STAR WARS DE L'ÊTRE !") (spéciale dédicace).

Vingt minutes ne se sont pas passées qu'on regrette déjà que ça n'ait pas été Shyamalan aux commandes - tandis qu'on se surprend à repenser à The Last Airbender avec une nostalgie coupable, comme quoi "c'était pas si mal, finalement". A un moment, j'ai même senti le côté obscur m'appeler en PCV, j'en arrivais à regretter "l'intériorité cérébrale à la Kurosawa" de Dragon Ball Evolution, c'est vous dire si j'étais à deux doigts de devenir un seigneur Sith.

Le drame, c'est que même si ça ne casse pas trois pattes à un bantha (c'est Star Wars, après tout, on n'y vient pas pour ça), le propos avait de quoi finir en apothéose. Si. Derrière les Abramseries en cascades, l'absence totale de créativité et de courage artistique, les j'étais-méchant-mais-en-fait-je-suis-gentil-mais-je-suis-méchant-mais-je-suis-attendez-je-suis-quoi-déjà-où-sont-mes-notes-? (Arvin Sloane for the win), les rares bonnes idées expédiées le temps d'un battement de paupières (le traître du Premier Ordre, pour ne citer que lui), les promesses non tenues (la véritable identité de Rey, Oscar 2019 du pétard mouillé), les blagues cartoon network, les deux ex machina tirés par les oreilles de Kylo Ren (elles lui ont aussi un peu tiré le nez au passage, pour le lol), on devine les bribes du script originel, quelques fulgurances ça et là qui, sous la houlette d'un autre, auraient permis de tordre habilement le cou à une bonne partie des maladresses qui plombaient les épisodes précédents, pour achever la trilogie dans la dignité et la surprise générale.

Mais non.

Au lieu de ça, on a J.J. qui achève le truc à coups de pelle.
De pelle laser qui fait pioupiou, certes.
Mais ça ne suffit pas à faire un bon film.

Du coup j'ai mis 5 parce qu'à un moment, on voit des Porg.

Je vous l'avais bien dit, que j'étais du genre bon public.

*

Oh, et si, quand même : vivement la sortie en Bluray, qu'on puisse se repasser le film à la moitié de sa vitesse normale, histoire de le rendre compatible avec les limites perceptives de l'être humain.

*

Bonus pour ceux qui ne craignent pas le spoil, mon Abramserie préférée, piochée parmi des dizaines d'autres toutes aussi lamentables - qui m'auront systématiquement fait hurler à l'intérieur (enfin... j'espère pour mes voisins de siège que c'était à l'intérieur...) :

Pour accéder à la vilaine planète pas belle qu'on sait qu'elle est pas belle parce qu'elle a un nom de méchant dans Harry Potter, il faut les coordonnées que C3PO a enregistrées, mais il ne peut pas les traduire parce qu'elles sont dans une langue qu'il connaît mais qu'il ne peut pas parler parce que c'est interdit (les programmeurs sont des génies : plutôt que de ne pas lui intégrer un module "le Sith pour les Nuls", ils lui ont collé tout le dictionnaire, puis ils en ont bloqué l'accès. Après coup, sans doute, parce que j'imagine bien qu'il y a dû y avoir un moment dans l'histoire de cette putain de galaxie où ce n'était pas mal vu de parler le Sith... AH TIENS MAIS NON EN FAIT !), alors il faut le pirater parce que bon, Chewie est mort et la dague sur laquelle sont gravées les coordonnées a explosé avec lui. Sauf que pour pirater C3PO, il faut effacer sa mémoire. Séquence émotion. Une minute plus tard, nos héros apprennent que Chewie n'est pas mort et récupèrent la dague, pendant que C3PO dit des trucs rigolos rapport au fait qu'il a perdu la mémoire et tout ça. Perte de mémoire totalement inutile, donc, qui n'apporte rien et qui n'est jamais exploitée que pour des vannes ringardes qu'on aimerait pouvoir oublier aussi facilement que lui.

Honnêtement, j'adorerais les lister une par une, ça me ferait du bien d'un point de vue thérapeutique, mais il y en a tellement que ça me demanderait :

1) De revoir le film
et
2) De poser des RTT - auxquels je n'ai pas droit.

Du coup, je préfère couper la poire en deux et me programmer un rendez-vous chez le dentiste sans anesthésie.

*

Bonus gratuit : un extrait exclusif du Making-Of, où l'on peut voir Jar Jar Abrams et son équipe en plein travail créatif.

https://youtu.be/9YbfEAr5kqg?t=14

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