Mourir peut attendre

Avis sur Star Wars : L'Ascension de Skywalker

Avatar Tonton_Paso
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Attention spoilers majeurs.

Alleluïa, ils sont venus, ils sont tous là, pour participer à la grande partouze nostalgique qui est censée clore (définitivement ?) la « saga Skywalker ». Parce que ouais, personne ne meurt jamais VRAIMENT dans les Star Wars, surtout dans cet ultime chapitre qui multiplie à foison les fausses morts et les vraies résurrections. À commencer par celle de l’Empereur Palpatine also known as Dark Sidious also known as Palpy-l’embrouille, dont l'improbable retour est annoncé dès les premières phrases de l’« opening crawl », comme ça, bim, sans faire la moindre transition avec l'épisode précédent. Même pas une minute pour souffler, le temps d’un montage surcocaïné montrant cette grande asperge de Kylo Ren remuant ciel et terre pour retrouver son potentiel rival au poste de führer intergalactique, et coucou revoilou pervers pépère avec ses dents cariées, ses lèvres nécrosées et ses ongles sales. Au détour d'un plan d'une demi-seconde tu comprends (si tu es assez attentif) que Snoke n'était au final qu'une créature de Frankenstein fabriquée et clonée par un Palpa-zombi revenu d'entre les morts avec l'aide d'une armée d'un milliard de Siths encapuchonnés sortis d'on ne sait où. Gros plot-twist : depuis le début c’était donc bien l’Empereur qui tirait toutes les ficelles bien planqué dans la cave d’un HLM du neuf-trois. En matière de retcon tout pété, c’est probablement ce qu’on a vu de pire depuis le retour de Blofeld dans Spectre, le dernier James Bond.

Soyons franc, ça n’était pas forcément facile de passer après Les Derniers Jedi et les « audaces » toutes relatives de Rian Johnson. Entre maladroites tentatives de réparer ce qui a été cassé et révisionnisme tranquillou, JJ Abrams ne semble jamais trop savoir s’il doit donner suite aux thématiques développées dans l’épisode précédent, ou les faire sombrer dans l’oubli. Exit donc Grumpy Luke, qui réapparaît ici sous la forme d'un gentil Force ghost super cucul-la-praline. Exit la vision démocratique de la Force (pourtant pas si éloignée de la manière dont le concept était introduit dès l'épisode IV). Exit la révélation déceptive sur les origines familiales de Rey, qui découvre (I shit you not) qu’elle est en fait la petite-fille de l’Empereur himself, ce vilain petit cachottier — par contre on en saura pas beaucoup plus sur ses parents, désolé on a plus le temps il faut boucler les 450 arcs narratifs avant de dépasser la durée fatidique des 150 minutes. Exit la situation désespérée de la Résistance à la fin des Derniers Jedi, qui semble désormais relativement requinquée on ne sait pas trop comment. Exit Rose, le love interest de Finn, complètement jar-jar-binkisée et réduite à quelques apparitions inoffensives. Et caetera, et caetera.

Je ne suis pas forcément un grand fan des Derniers Jedi mais je pouvais au moins reconnaître à Rian Johnson le mérite de tenter vaguement des trucs, quitte à se planter dans les grandes largeurs (l’atroce planète casino) et à privilégier une approche destructrice des fondations de la saga sans vraiment proposer quelque chose de neuf à la place. Ce n'est pas forcément la première fois qu'une trilogie Star Wars s'adapte à la réception du public (cf. La Revanche des Siths qui corrigeait, en partie, les problèmes des deux premiers films de la prélo) ou construit un film en réaction au précédent (cf. Le Retour du Jedi moins sombre et désespéré que L'Empire Contre-attaque). Mais on a rarement eu autant l'impression de voir deux auteurs se tirer la bourre d’un film à l’autre, essayant maladroitement de détruire ou de masquer les maigres apports de leurs œuvres respectives. Choix étrange que de confier la réalisation des épisodes d’une même trilogie à deux cinéastes qui semblent avoir une approche aussi différente et opposée en ce qui concerne l'évolution de la saga. C'était déjà flagrant dès l'épisode VIII (voire dès le VII) : il manque une véritable direction derrière cette postlogie sans histoire à raconter, sans vision esthétique nouvelle, sans véritable imaginaire, sans autre point de vue qu'un rapport amour-haine vaguement méta avec les deux trilogies de George Lucas.

Résultat : le scénar' ressemble de plus en plus à une fan fiction improvisée au fur et à mesure par un geek en plein coma éthylique, une ratatouille indigeste aux ingrédients beaucoup trop nombreux dans laquelle anciens et nouveaux personnages cohabitent tant bien que mal. En dehors de Ian McDiarmid qui cabotine (un peu moins que d’habitude) dans le rôle d'un Empereur encore plus décrépi qu'avant, tous les autres acteurs de la trilogie originale (Harrison Ford, Mark Hamill, Billy Dee Williams) ont l'air super embarrassé d'être là, comme s'ils étaient conscients du cynisme mercantile de l'entreprise. Le retour "tant attendu" de Lando ne sert quasiment à rien, le malheureux Billy Dee est condamné à lâcher trois répliques sur un ton peu motivé avant de ramener la cavalerie à la toute fin du film tel un Gandalf au rabais. Quant à la pauvre Carrie Fischer, les rush des films précédents servent à bricoler des scènes de dialogues mal branlées au cours desquelles l'actrice multiplie les banalités du genre « n'aie pas peur de qui tu es » et les moues dubitatives, avant de mourir littéralement d'épuisement sous la forme d’une doublure (réelle ou CGI ?) filmée à contre-jour. C'est. D'une. Tristesse.

En dehors de quelques saillies drôlatiques plutôt réussies (l'humour est à peu près la seule chose que JJ Abrams réussit un poil mieux que Rian Johnson), et d’un trop court passage sur une énième planète désertique qui est relativement bien mené, le film régurgite son trop plein de fan service comme s’il était pressé d’en finir, évidemment sans prendre le moindre risque de froisser d’éventuelles susceptibilités… Et lorsqu’il semble vouloir faire preuve de courage, il s'empresse de désamorcer ses quelques rares audaces dès la scène suivante (la fausse mort de Chewbacca et de Kylo Ren provoquées par une Rey en pleine transe de grosse rageuse, l’effacement volontaire de la mémoire de C3-PO, etc.). On reconnaîtra au moins à L'Ascension de Skywalker d’être le film de l’ère Disney qui reproduit le moins la trame d’un épisode de la première trilogie. Sauf que bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, les dernières minutes du film (un gloubiboulga visuellement immonde) sont littéralement pompées sur celles du Retour du Jedi. Pour le reste, on remplace la quête de la cachette de Luke de l’épisode VII par celle de l’Empereur, on multiplie les MacGuffins OSEF à la Marvel et on tartine le tout avec des tonnes de saindoux. Après la méga super Étoile de la Mort géante du Réveil de la Force, JJ Abrams nous sort une méga super flotte de croiseurs interstellaires gigantesques planquée bien au chaud sur la planète mystère de Palpatrump. Sérieux je vais finir par me demander si JJ a pas besoin de compenser quelque chose.

Alors que la série Le Mandalorien bute sur les mêmes blocages créatifs après un démarrage pas trop déshonorant, que les spin-off cinématographiques semblent définitivement enterrés après l’échec de Solo, et que l’éventualité d’une nouvelle trilogie reste hypothétique, qu’est-ce qu’on peut retenir de cette saga post-Lucas ? Le début très poétique et miyazakien du Réveil de la Force ? La scène de la salle du trône de Snoke dans Les Derniers Jedi ? Maigre récolte. On pourra toutefois constater qu'à trop vouloir ménager la chèvre et le chou, L'Ascension de Skywalker est peut-être le film qui est parvenu à mettre d'accord (contre lui) les fans et les haters des Derniers Jedi. Une manière comme une autre de rétablir l'équilibre dans la Force.

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