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La nostalgie des étoiles

Avis sur Star Wars : Le Réveil de la Force

Avatar Velvetman
Critique publiée par le

Le marasme est là, le nouveau Star Wars vient de prendre place dans nos salles obscures, tel un Destroyer qui viendrait affaiblir l’éclat d’une planète. Les sabres, les X Wing, les pouvoirs, la bravoure, la Force, l’aventure vers la pureté, la dichotomie des couleurs du bien et du mal sont là, le Falcon rugit tel un Phoenix, Même Chewbacca est là. C’est vous dire. Est-ce que le changement, c’est maintenant (sic)? Non, l’histoire est déjà connue. Même sans voir le film, on connait son déroulement. Finis, les enjeux géopolitiques de la Prélogie, Le Réveil de la Force redonne la primauté à l’exposition de ses personnages et de leurs parcours initiatiques entre le bien et le mal dans un environnement où la République fait face au fascisme du Premier Ordre.

Tout cela semble clair, mais cet environnement contextuel est bien trop manichéen dans son approche, trop stéréotypé pour amener un quelconque cheminement narratif. D’ailleurs ce dernier Star Wars est bien plus schématique que narratif, où JJ Abrams est pris en flagrant délit de plagiat…de Star Wars. Et cette volonté n’est pas sans conséquences : avec comme stigmates cinématographiques d'avoir gardé le compteur espace-temps dans une époque révolue, noyée entre une autosatisfaction pâlotte et une humilité d’enfant avec comme genèse centrale : la filiation et l’envie de s’en affranchir. Celle d’une saga, celle de personnage parenté, celle d’un auteur à son passé d’enfant adorateur de Star Wars.

Par ce biais Abrams articule son mécanisme narratif autour de ce modernisme hollywoodien où ce Réveil de la Force devient le miroir d’un pilote de série avec ces personnages avec une lointaine empathie qui prend l’ascendant sur leur caractérisation intrinsèque. Le Réveil de la Force est une mosaïque d’idées, une odyssée qui donne ses informations en urgence sans prendre le temps de s’appesantir. Malheureusement, le résultat est plus ou moins embarrassant sur bien des points, notamment dans ses moments clés, fatidiques, sclérosés par le manque de rigueur de l’écriture faite de raccourcis.

Dès le premier coup d’œil, JJ Abrams nous indique clairement que la notion de surprise ne sera pas le maitre mot d’un nouvel opus bien trop chargé en référence, trop respectueux de l’univers antérieur dans son aspect « revival » pour faire naitre une véritable évolution, et abusivement trop fidèle à la Trilogie Originale (Episode IV) dans le but de laver l’affront d’une Prélogie bâclée. Peu fertile en iconisation, le Réveil de la Force manque de souffle dans son récit, s’engourdit de son passé trop lourd à porter avec un passage de témoin qui atténue la puissance de sa nouvelle imagerie, de la « force » de son nouveau quatuor : Ray, Finn, Po et Kylo Ren. Alors que la trilogie Star Wars avait inventé et retranscrit pour une génération, un périple épique, un environnement imaginaire novateur, ce 7ème épisode ne semble qu’être un ersatz de plus dans l’océan cinématographique actuel.

Et ce n’est pas l’académisme formel de l’emballage visuel, l’absence de personnalité esthétique et graphique (on est loin d’un travail d’un auteur comme Nolan avec Interstellar), le manque de scènes d’actions fortes qui va nous mettre des étoiles dans les yeux (excepté dans un rapide plan-séquence latéral dans un X Wing). L’année 2015 aura connu le retour au premier plan de deux grandes séries cinématographiques : Mad Max et Star Wars. Et il est assez déroutant de constater que George Miller a réussi là où JJ Abrams s’est loupé dans la faculté à surprendre et à remodeler un univers encré dans l’inconscient collectif grâce à une Furiosa incroyable et sa contextualisation d’une époque (les djihadistes).

Pourtant le réalisateur arrive à déjouer de certains carcans scénaristiques avec d’emblée l’excellente idée de voir un Stormtrooper (se sentir coupable de sa violence et le génocide gratuit de tout un village) partir en guerre contre le Premier Ordre et puis donner le premier rôle à une héroïne comme a pu le faire George Miller et son Fury Road. De ce revirement, né la logique, cette fêlure de cette adolescence meurtrie, orpheline, où il sera question d’un choix d’horizon de trois protagonistes dont le grand méchant : Kylo Ren, réussi et charismatique, même si toutes les questions qui entourent son passé et ses écorchures semblent rester en suspens. Une force entrainée, au lien familial dissout et à l’écrasant conflit de moralité intérieur. Sublime scène à la sacralisation circonspecte d’un passé lourd face au dépouille du casque de Dark Vador. Ray, héroïne charismatique, aux pouvoirs latents, comprend que Kylo Ren (le méchant) a peur de ne pas être aussi fort que Dark Vador.

Duel de deux êtres en proie au doute, jeunes et encore inconscients de leurs potentiels, mais cette révélation est aussi une métaphore, un message subliminal d’un film qui a peur de ne pas être à la hauteur de ses ainés (la trilogie). Le film, les personnages, les acteurs, se rendent compte eux-mêmes de la dureté de la tâche, la peur de ne pas plaire à quelques choses qui les dépasse (le public). Dans cette logique d’écriture, le dernier exemple flagrant est la trilogie du Hobbit de Peter Jackson.

Sauf, qu’avec autant de fan, et le communautarisme presque névrotique et totalitariste qui entoure la saga, JJ Abrams semble pieds et poings liés, et crée son film comme un prologue, une passerelle narrative pour délier et rassurer l’attente de toute une liesse populaire quitte à ne jamais vouloir aller plus loin que le plaisir d’un fan service consensuel. De ce fait, le film rate la plupart des entrées de ses anciennes gloires, par la faiblesse de leur évocation dans ce futur dépeint, et par le biais d’une iconisation un brin cheap comme durant l’arrivée de la princesse Leia face à Han Solo et ce dialogue à l’humour désuet. Humour, souvent présent, qui n’est pas sans rappeler celui des Gardiens de la Galaxie. Symbole de la fainéantise de ce remake non assumé, on voit comme menace, le concept d’une Etoile Noire remplacée par une plus grosse (StarKiller).

La séquence qui concentre toute la banalité de ce Réveil de la Force est ce fameux moment entre Han Solo et son fils durant ce dénouement mortel. Alors que l’émotion devait atteindre des sommets, la dramaturgie y est presque anesthésiée par la connotation référentielle dont la finalité diminue l’impact tragique. Abrams oublie un background pour que l'émotion revive de ses cendres. Mais pouvions nous, nous attendre à plus de la part d’une saga reprise par une firme comme Disney ? Difficile de jouer les hypocrites, le Réveil de la Force est le film imaginé et pensé par tous, sans prises de risques, ce qui atténue presque la moindre portion de déception. Un film hommage, un film de marionnette gigogne qui vient hanter le futur, où JJ Abrams fait revivre son âme de petit garçon, et s’amuse avec ses jouets d’enfance sans leur donner une mythologie féconde.

Compliqué de faire plus formaté, alors que pourtant son auteur y insère ses propres questionnements méta et sa propre logique thématique: le passage de flambeau et le regard nostalgique (comme dans Super 8). D’ailleurs, la quête du film n’est pas celle d’un avenir mais plutôt le retour de la sagesse d’un passé lointain, figure angulaire : Luke SkyWalker. Mais en vain, pour le moment…

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