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Starbuck par AntoineRA

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C'est simple : Ken Scott a juste tout compris. Il a compris tous les rouages d'une bonne comédie qui ne se contente pas de ressasser des gags forcés et s'enliser dans des dialogues alcoolo-scatos pendant 1h30. Loin des teen movies qui semblent désormais marquer les standards du genre, Starbuck se montre bien plus profond, en plus d'être une idée originale.

David Wozniak a un peu laissé sa vie partir en sucette. Entre responsabilités non prises, dettes à gogo qui le poussent à cultiver du cannabis, et un train de vie laborieux avec son éternel t-shirt des Avengers sur le dos, c'est un personnages quelque peu pommé que l'on nous présente. Jusqu'à ce qu'il apprenne que ces centaines de dons de sperme, vingt ans auparavant, ont procréer un demi-millier d'enfants, et 142 veulent absolument découvrir qui se cache derrière le pseudonyme du masturbateur en chaîne : Starbuck.

C'est alors l'histoire d'un homme qui, partagé entre la honte d'être découvert de tous et son désir d'apporter du bonheur à ces enfants, va petit à petit parcourir le chemin qui mène au rôle de père, et s'atteler à se construire une nouvelle vie en reconnaissant une part des ses responsabilités. Lui, il se considère comme un ange gardien, et cette centaine d'enfant qui a débarqué dans ses préoccupations, il va veiller sur chacun d'entre eux.

Le long-métrage ne cherche pas à créer un débat d'éthique sur le don de sperme, c'est avant tout une comédie fine qui met en avant quelques arguments pour étayer son histoire, et sa dimension émotionnelle. Starbuck fait incroyablement rire. Les gags sont rares, mais les blagues sont glissées sans trop en faire ou découlent de certaines situations. Bien vues, subtiles, et appréciables.

Mais Starbuck ne se contente pas de jouer la carte de l'humour, et c'est à cela qu'on reconnaît, en lui, l'étoffe d'une excellente comédie. mais emprunte également au tableau de l'émotion, tout en y rajoutant une pointe de dramaturgie pour équilibrer la balance. Le film de Ken Scott émeut, chamboule, nous tire quelques beaux éclats de rire et, surtout, dispose aussi bien d'un fond élaboré qu'agissant sur la forme. Son intrigue est travaillée et ne se contente d'enchaîner les scènes humoristiques. Comme dit précédemment, c'est avant tout la passage de cet homme de l'adolescence à la responsabilité paternelle qui est mise en avant dans le film.

Et je dois avouer que le charme de l'accent québécois a dû jouer quelque peu sur mon appréciation globale. Il n'empêche que le casting frôle l'excellence lui aussi. Avec, dans le rôle phare, Patrick Huard parfaitement ancré dans son personnage. Ces expressions faciales de chien battu sont un régal et l'on ne peut s'empêcher de toute suite éprouver de la compassion à son égard. D'une vie morose il tente d'apporter le bonheur qu'il n'a pas eu, un homme sympathique et dont son caractère n'est que trop bien résumé dans le film : "Partout où tu vas David, les gens t'aiment". Les rôles secondaires sont bien plus éparses qu'à l'accoutumée. On peut noter Julie LeBreton qui joue Valérie, son ex-compagne qui ne finit pas de le fourrer dans des situations paradoxales. Ou encore, son ami, avocat du dimanche, joué par Antoine Bertrand, qui veut à tout prix lancé sa carrière en défendant l'anonymat de David au tribunal. Pour ce faire, il va, à maintes reprises, saborder son moral dans sa reconstruction sociétaire et familiale.

La joie de vivre qui ressort du film est aussi due aux musiques utilisées dans l'accompagnement sonore. Des morceaux souvent Rock, légers et dynamiques, qui mettent tout de suite de la bonne humeur sur les images. La réalisation est plutôt classique, mais le montage assez énergique et permet au film de garder un rythme captivant tout du long. La photographie est soignée mais discrète, rehaussant, même dans les moments plus intimes, les couleurs pétantes, à la manière d'un Detention, toujours pour laisser ressortir ce côté radieux de la pellicule.

Starbuck est une œuvre qui respire le bonheur. Sans s'engouffrer dans des situations rocambolesques, tirées en épingles à cheveux, qui jouent le mélodrame à outrance, Ken Scott propose ici une comédie simple, consistante et agréablement menée par un casting empathique au possible. Je ne peux que chaudement vous recommander ce film qui égayera, à coup sûr, 2h de votre vie, et même plus, tant il donne envie d'être revu. Ah, et dernière chose, une comédie qui se finit mal, chez moi ça s'appelle un drame.

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