Servitude et grandeur militaires

Avis sur Starship Troopers

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Critique publiée par le (modifiée le )

On a écrit que "Les deux sociétés sont aussi expansionnistes, totalitaires et belliqueuses l’une que l’autre", ce qui me paraît plus en phase avec la réalité que l’opinion qui met la lutte sans merci des Humains et des bestioles sur le compte d’un militarisme qui serait source et cause de tous nos malheurs.

Certes, le livre de Robert Heinlein, le faucon de la science-fiction américaine, dont le film est issu, est une vibrante exaltation du Devoir, du Sacrifice, de l’Abnégation, de la Loyauté à son peuple et à ses chefs, du Courage physique, tout cela constituant le fond de commerce du militarisme, j’en conviens bien volontiers (mais, parallèlement, on ne peut pas vraiment dire que ces traits de caractères ne sont pas des vertus, au sens noble et ancien du terme).

Mais de surcroît on ne peut pas dire que Paul Verhoeven n’ait pas mis son large grain de sel dans l’adaptation. Et la visualisation qu’il donne va, il me semble, de plus en plus dans un sens martial, en tout cas nullement pacifiste, ni même pacifique.

On peut se gausser à bon droit de cette société militarisée, sans déviance, où les individus semblent être eux aussi des insectes grégaires, triés, sélectionnés sur des critères scientifiques et écartés, quand ils ne réussissent pas les tests, de tout avenir éclatant. Certes. Je donne acte bien volontiers à ceux qui auront vu du sarcasme derrière ces débuts, et une critique assez vive de l’enrégimentement.

Seulement… seulement au fur et à mesure qu’avance le film, on se trouve devant la nécessité absolue, impérative de se plier aux prescriptions et interdits de l’organisation, parce que, en face, la forme de vie et d’intelligence représentée par les Bestioles est si radicalement incompréhensible, étrangère et inaccessible qu’on n’est plus dans le domaine de l’incompréhension génératrice des batailles, des ambitions de certains cyniques, créateurs de conflit, mais dans une lutte forcenée pour sauver sa peau. Et ce diable de Verhoeven ne nous laisse plus trop respirer…ni choisir.

En d’autres termes, on n’est plus dans un empyrée moral où l’on peut – à juste titre – s’interroger sur la légitimité du combat, mais dans une peur primale qu’il faut surmonter pour survivre. Pour revenir (un instant !) sur Terre, c’est un peu comme un pitbull qui vous saute à la gorge : peu importe qu’il ait été martyrisé dans une cave pour devenir un fauve, et que les vrais coupables soient ses maîtres tortureurs : lorsque vous pouvez abattre la bête avant qu’elle vous arrache le visage, vous ne vous posez plus de question.

Et c’est exactement comme ça qu’avance le film : les niquedouilles prétentieux ou sommaires du début vont affronter une sorte d’horreur absolue et s’en sortir par des valeurs de Discipline, de Dévouement, de Sacrifice.

Sauf à juger que la métaphore est si claire que les Bestioles sont – forcément ! – une incarnation des terreurs profondes des WASP des États-Unis – Vietnamiens, Noirs, Homosexuels, Drogués, Jeunes – ce qui me paraît tout de même aller chercher bien loin, il me semble que la Guerre, que la Nation en guerre, avec ses censures, ses évidentes et nécessaires restrictions des libertés, ses ravages, ses injustices épouvantables, est au cœur même du monde animé et que chercher de la Morale là où elle n’a pas lieu d’être est d’une grande vanité.

Et, si je ne lâche pas ma bombe sur Hiroshima, est-ce qu’on croit que le pitbull japonais me léchera le museau d’une langue tiède et affectueuse ?

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Mon interprétation de Starship troopers n’est pas taillée dans le marbre et je ne suis pas certain que quiconque engagerait sa tête sur une autre ; s’il en était besoin, je conseille de lire le bref et décapant entretien que Paul Verhoeven a accordé à Paris Match à l’occasion de la présentation de son dernier film Black Book ; il y a chez lui, outre un goût certain pour la provocation, une robuste et décapante faculté à ne pas se laisser couler dans le béton facile des certitudes, quitte à choquer, à révulser, même…

Je ne chipoterai donc pas sur de très pertinentes observations ; tout juste pourrai-je dire, ou redire (ou anticiper sur la chronique que je me propose de faire sur Aguirre) qu’il est de la nature de l’Homme d’être curieux, agressif et non tolérant ; avez-vous vu Mr. Arkadin d’Orson Welles ? Le moment où il raconte la fameuse parabole du scorpion qui, malgré qu’il en ait, pique néanmoins la grenouille qui lui a fait traverser le ruisseau parce que c’est son caractère ? Il servirait autant de déplorer ce travers que de regretter que l’espèce humaine ne soit pas dotée de la vue perçante de l’aigle ou de la sobriété du chameau !

Et pour demeurer pédant, je citerai volontiers ce mot de Camus « Entre la Justice et ma mère, je choisis ma mère », c’est-à-dire, je choisis mon espèce, ma nation, ma fratrie, quels que soient ses insuffisances, ses injustices et ses torts.

Enfin…mais c’est un point sur quoi l’on pourrait discuter des heures !, je doute qu’on eût pu transporter de hauts gradés japonais dans le désert du Nouveau Mexique pour leur montrer ce qui les attendait s’ils continuaient leur sale guerre ; il me semble qu’à aucun niveau (et dût Hiro-Hito devenir spectateur des essais d’Alamogordo !) les Japonais n’auraient pu arrêter la machine ; croyez-vous qu’après le bombardement de Dresde, en février 1945, les Allemands n’auraient pas dû crier « pouce » ?

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