Mamma Mia (Spoilers)

Avis sur Stoker

Avatar SeigneurAo
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Seulement deux films vus de Park Chan-Wook mais, une chose est sûre, ça me confirme l'envie de continuer.
La trilogie de la vengeance attend encore dans un coin.
Ses épisodes de violence me font un peu peur, mais après avoir vu l'utilisation qu'il peut en faire, et combien c'est mis au service de l'histoire, la plupart du temps, je suis tout de même rassuré.

Stoker, donc.

Je rejoins ce que j'ai pu lire, notamment chez @VaultBoy : de frappantes allusions au vampirisme (au premier lieu desquelles le titre du film tout simplement, et j'avoue pourtant avec honte que je n'avais pas relevé...).
Si Thirst abordait la question frontalement, ici j'ai une sincère admiration pour la subtilité avec laquelle les éléments sont semés dans le récit, à tel point qu'on ne sait jamais vraiment jusqu'où il a voulu aller.
On n'aura d'ailleurs aucune réponse claire, même s'il paraît peu probable qu'il s'agisse d'une coïncidence, eût égard au nombre de ces signes.
La maturation est progressive, entremêlée avec l'intrigue au premier degré.
On plonge petit à petit dans la démence de Charlie, mais le doute persiste : est-il simplement fou ou un peu plus que cela ?
Omniprésence du sang, comportements "classiques" du Canon vampirique (pas de nourriture ingurgitée, notion de chasse, relation inhabituelle à la carnalité, jusqu'à la question bizarre de Charlie à India, qui demande à cette dernière si elle accepte qu'il réside dans sa demeure, après avoir obtenu l'accord de sa mère), finalement le seul élément plus litigieux est la tolérance au soleil.
Ce dernier point est toutefois égratigné via le symbole des lunettes de soleil, portées tour à tour par le père d'India, l'oncle Charlie et enfin India elle-même. On note également ponctuellement des réflexes de recul devant certaines lumières vives, ce qui peut aisément être vu comme une suggestion supplémentaire de leur nature profonde.
Peut-être cela remonte-t-il à un lointain ancêtre, ce qui expliquerait l'atténuation du phénomène malgré la persistance de certains instincts.
Enfin bref, vous ne manquerez pas de vous faire votre propre opinion sur la question, mais pour ma part ça n'en a rendu le visionnage que plus jouissif.

Je ne passerai pas au crible chaque scène, et me bornerai à vous dire que ce long-métrage concentre une virtuosité esthétique indéniable, des cadrages somptueux à la lumière en passant par le montage, jusqu'à un plan-séquence ridiculement génial, donnant une dimension insoupçonnée à une scène qui aurait pu rester banale par ailleurs, mais qu'on lit tout à fait différemment grâce à l'immersion au plus près des personnages, que l'on voit littéralement sous tous les angles.

Impossible toutefois de ne pas évoquer cette merveilleuse douche, que l'on croit d'abord expiatoire pour finir dans l'onanisme déviant, motivé par les réminiscences du récent meurtre plutôt qu'horrifié par lui (combo gagnant, le plaçant doublement très haut dans la belle liste de douche de @Before-Sunrise !).
Le glissement du personnage d'India est d'ailleurs très symbolique, intimement lié à ce moment-clé du film, et de voyeuriste et gratuite, la scène devient un pivot essentiel dans la compréhension des protagonistes.
Comment exprimer toute ma gratitude envers ce réal pour nous rappeler que tout est bienvenu dans un film, du moment que c'est bien utilisé (oui oui, c'est toi que je regarde, Verhoeven, toi et ton infâme Showgirls) ?

La musique est impeccable et partie intégrante de l'histoire, les intermèdes au piano assurant des transitions aussi irréelles qu'opportunes. Preuve supplémentaire, s'il en est besoin, que tous les aspects ont été pensés comme un ensemble.

Même si l'on regrettera une légère sous-utilisation de Nicole Kidman, qu'on sait pourtant capable du meilleur (et du pire, mais là ça augurait du meilleur, quel dommage...), le casting est largement à la hauteur d'autant qu'il est très restreint, et le fragile équilibre de malaise est maintenu tout du long, ne sombrant pas dans le ridicule ou le cliché, que ce soit par les procédés narratifs ou les parti-pris de mise en scène.
S'extirpant avec grâce et flamboyance de son costume fade et gluant d'Alice, la chère Mia livre une prestation de haute volée, toute de retenue et de bestialité contenue.

À l'instar de certains de mes petits camarades, j'avais quelques craintes suite à "l'américanisation" de nos chers amis coréens, Bong Joon-Ho et Park Chan-Wook en tête.
Si le premier a passé l'épreuve de manière satisfaisante, le second ne m'a pas laissé une seconde le temps de me rappeler ces appréhensions pendant le film. Elles se sont envolées dès le générique de début, et ne sont revenues qu'en les voyant évoquées dans d'autres critiques.

Un réel coup de coeur donc, parmi les films vus cette année, même si je découvre celui-ci quelques temps déjà après sa sortie.

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