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Produit en 1994 pour profiter du succès de la célèbre licence de jeux de combat, Street Fighter The Movie cartonna au box-office mais fût vivement attaqué par la critique, au point d’apparaitre aujourd’hui comme une des adaptations de jeu les plus honteuses de l’histoire du cinéma, une catégorie pourtant marquée par des titres aussi surréalistes que Super Mario Bros ou les œuvres de Uwe Boll.

En même temps, la production de ce métrage fût à ce point catastrophique que le résultat aurait dû être bien pire. Entre autres écueils : un tournage délocalisé en Thailande et en Australie ; Capcom – coproducteur du film et détenteur de la licence – obligeant Universal Pictures à inclure tous les personnages du jeu (malgré ce qui était initialement prévu) au détriment de toute logique cinématographique, puis imposant l’acteur japonais Kenya Sawada alors que tous les rôles masculins avaient déjà été distribués ; la Guilde des Acteurs d’Australie imposant à son tour un acteur local avant d’autoriser une partie du tournage sur son territoire, ce qui se traduit par l’intégration de Kylie Minogue (1m53) dans le rôle de Cammy White ; des acteurs plus intéressés par les salons de massage que par leur travail lors de leur séjour en Thailande ; l’état de santé très faible de Raul Julia ; l’égocentrisme d’un Jean-Claude Van Damme au sommet de sa popularité, accro à diverses substances illicites et qui aurait passé plus de temps en privé avec Kylie Minogue que sur le plateau de tournage ; des producteurs ambitionnant de se faire un nom avec ce projet, acceptant de manière inconditionnelle les demandes les plus irraisonnables de Capcom, et persuadés de pouvoir aisément contrôler un réalisateur débutant donc dépourvu de la moindre légitimité… Dans ces conditions, Steven E. de Souza ne peut accomplir de miracle, mais s’emploie malgré tout à faire de son mieux.

A l’origine, Steven E. de Souza est un scénariste ayant largement contribué à la vague de films d’action des années 80, et par extension au cinéma reaganien, à l’instar de son collègue Shane Black lui-aussi passé à la réalisation par la suite. Avec Street Fighter The Movie, il se retrouve dans l’obligation de gérer une licence qui ne repose que sur une seule chose : ses personnages – après tout, nul n’ira jouer à un jeu de combat pour son scénario – ce qui revient finalement à partir de zéro. Il va donc prendre une décision sensée : mettre les protagonistes au service de l’intrigue, et non l’inverse, ce qui aurait certes permis de les valoriser, mais aurait condamné le projet en tant qu’œuvre de cinéma, avant même que la production ne s’en mêle. Le point négatif, c’est que pour réussir à intégrer ces personnalités dans son script, il ne peut garder que les éléments les plus identifiables de chacun, avant de les tordre pour les faire rentrer dans les archétypes d’un film d’action, quitte à s’attirer les foudres des amateurs de la licence. Ainsi, la plupart se résument à leur apparence physique, voire à leur métier (militaire) ou à leur alignement (bon/méchant) quand celui-ci est évident. Et comme Jean-Claude Van Damme, en pleine gloire, est la tête d’affiche, c’est Guile qui doit monopoliser le devant de la scène, au détriment de toutes les autres figures de Street Fighter, même si elles se doivent de faire leur apparition.

Malgré toutes ces contraintes, Steven E. de Souza s’en sort avec les honneurs. Il y a trop de protagonistes dont nous nous moquons des tenants et aboutissants, mais il nous livre un film d’action bourrin, avec de l’humour, dans la droite lignée de ce qu’il avait écrit dans les années 80. Ce qui, au passage, le condamne aussi à être passé de mode avant même sa sortie en salles, mais en fait à posteriori un des avatars les plus réjouissants de cette mouvance, en cela qu’il en est parfaitement représentatif, qu’il sait exploiter ses codes, et qu’il dispose d’un budget largement supérieur à la moyenne, ce qui lui offre des possibilités inédites, comme cette mémorable attaque à bord de vaisseaux furtifs. La preuve que le scénario dispose de bonnes idées à offrir : la manipulation orchestrée par le personnage de Guile, qui simule sa mort pour tromper ses ennemis, sera reprise à l’identique dans Captain America: The Winter Soldier.

L’humour – volontaire – constitue une des forces du métrage, notamment via le personnage de Zangief, ou les délires mégalomaniaques de M Bison. Son interprète – Raul Julia, l’acteur le plus expérimenté sur le plateau – a parfaitement compris cet aspect de son rôle, et n’hésite pas à en rajouter des caisses, aboutissant à la prestation mémorable – car oui, que nous l’aimions ou non, elle ne peut nous laisser indifférent – que nous connaissons aujourd’hui.

Surtout, comme dit précédemment, il s’agit d’un pur film d’action des années 80, certes à contre-courant des tendances de l’époque – comme l’était, en 1993, l’excellent Demolition Man – mais avec toutes les qualités de ce genre. Nous y retrouvons ce charme bon enfant, presque naïf, des productions de Cannon Group ou de Carolco Pictures, avec leurs héros invincibles, leurs méchants vraiment très méchants, et leur patriotisme forcené (car n’oublions jamais que Guile est Américain). En même temps, nous sentons toute la nonchalance du buddy movie, initié justement par Steven E. de Souza et Walter Hill avec 48 Hrs., ici incarné par le duo constitué par Ken et Ryu. Evidemment, le genre a rarement brillé par son intelligence – il suffit de voir Commando, lui-aussi co-écrit par de Souza, pour s’en convaincre – et de ce point de vue, Street Fighter The Movie ne dépareille pas. Mais ce sont souvent de grands divertissements, bourrés de rebondissements, de personnages truculents, d’action, et d’humour – Guile prêt à attaquer une armée entière avec un couteau, un grand moment – soit autant de qualités dont peut se prévaloir ce film.

Seulement, il convient d’aborder ce métrage dans de bonnes conditions pour pouvoir apprécier ce qu’il nous offre. Si nous attendons des personnages de jeux vidéo hauts en couleur, qui s’affrontent dans des duels en un contre un, alors nous devrions plutôt regarder du côté d’autres œuvres mettant en scène Jean-Claude Van Damme, comme Bloodsport, Kickboxer, Lionheart, ou The Quest. Sur le même principe, Best of the Best est aussi une option. Par contre, si nous acceptons de regarder un film d’action à l’ancienne, avec certes des soucis dans l’écriture – la faute, encore une fois, au nombre de protagonistes à intégrer – et un nombre conséquent de petits défauts, mais doté d’une véritable générosité et d’un budget offrant des possibilités inédites, Street Fighter The Movie fait parfaitement le travail, et propose un divertissement mémorable.

Ninesisters
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