" Kill Johnny, kill !!! "

Avis sur Strictly Criminal

Avatar Yoann_Carré
Critique publiée par le

Que dit-on de la vie des grands criminels ? Qu’elle est dangereuse et complètement illégale, pour sûr. Mais n’existe-t-il pas une part de douce folie, une échappatoire passionnante ou en tout cas passionnée ? Avec Strictly Criminal (Black Mass), Scott Cooper dépeint celle de l’un des plus célèbres truands du 20e siècle, James J. Bulger...

Ça prend aux tripes, ça nous emprisonne et surtout ça nous passionne. Strictly Criminal fait preuve d’une structure à la fois ancrée dans la modernité tout en faisant la part belle aux grands films noirs. La réalisation semble aussi froide et puissante que le personnage de Jimmy. Et si le quadrillage du montage vous lasse, vous ne vous dépêtrerez pas de l’ambiance poisseuse qui se dégage du film. Du grain de l’image aux comportements en passant par les costumes, impossible de ne pas se sentir happé par les années 70 et 80...

Brutal et parfois choquant, le film ne tombe jamais dans l’excès et nous fait accrocher à une mise en scène réaliste, proche de ses personnages. La galerie de malfrats est parfois un peu conséquente et nécessite une bonne attention pour ne pas perdre le fil. C’est bien là le problème de vouloir traiter l’histoire d’un seul homme à travers ce qui l’a aidé à se construire à savoir son entourage. Globalement on assiste à un effacement des bons personnages aux bons moments, mais certains traitements peuvent décevoir...

Souvenez-vous ! 1997. Donnie Brasco dans lequel Johnny Depp jouait un flic infiltré chez les mafieux est un franc succès, l’un des meilleurs long-métrages de la filmographie de l'acteur. Aussi, s’en sera-t-il rappelé au moment opportun : celui de choisir enfin un film digne d’intérêt après les pitoyables Charlie Mortdecai, Transcendance et autres clowneries. Dans Strictly criminal : l’acteur renoue avec les gangsters en incarnant James 'Whitey' Bulger, caïd irlandais qui, dans les années 70, servit d’indic au FBI pour coincer la mafia italienne et ainsi devenir le king de South Boston...

Certes, Johnny Depp ne ressemble pas à Johnny Depp dans Strictly criminal ... quoiqu’on ne se souvienne plus vraiment de son vrai visage après tant de rôles grimés. Mais, il ne se repose pas ici que sur ses lentilles bleues, ses tempes grisonnantes et son crâne dégarni pour devenir le personnage. La star semble enfin avoir retrouvé le plaisir du jeu... En psychopathe ultraviolent et manipulateur, il est aussi glaçant que charismatique...

Si sa prestation valait bien un attardement, le reste du casting n’est pas en reste. Dirigés d’une main de maître ou talent naturel, les acteurs collent avec justesse à la narration et à la mise en scènes, toujours en tension. On regrettera une Dakota Johnson anecdotique et un Benedict Cumberbatch un peu en retrait, faute surtout à l’écriture qui manque le coche d’un parallèle puissant entre les deux frères que tout oppose. C’est d’ailleurs sur ce point qu’on pourrait trouver à redire sur Strictly Criminal. Même si les enjeux sont très bien exposés et l’ascension d’une simplicité de compréhension, on aurait souhaité un peu plus de longueurs pour profiter pleinement du récit et de ses personnages...

Strictly Criminal (Black Mass) réussit donc à imposer une réalisation froide, cadrée et puissante et s’en délecter un peu plus longtemps n’aurait pas été de refus. De l’image aux acteurs, en passant par la bande-son, le film allie intimité, violence et justesse. Tout ce que l’on demande d’un film noir adapté à une audience moderne !!!

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 180 fois
2 apprécient

Autres actions de Yoann_Carré Strictly Criminal