Desolation Row

Avis sur Sucker Punch

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Sucker Punch est un énorme malentendu. Comme toujours, la doxa habituelle du site n'en a retenu que la geekerie, le mauvais remâché entre jeu vidéo et manga, les ralentis qu'elle déteste tant de la part de Zack Snyder, ainsi que l'absence de scénario.

C'était couru d'avance, de toutes façons. Comme le fait qu'elle allait écrire son billet sur Sens Critique en le parsemant de capitales afin de dire à quel point cela sent mauvais et que si d'aventure tu aimais ce genre de spectacle, tu n'es qu'un imbécile érotomane fossoyeur du septième art. Tout en récoltant mépris et haine.

Le fait que cette doxa vient enfin affirmer que Snyder ne fait même pas semblant de ne rien raconter n'est même pas surprenant, pour tout dire, vu qu'elle n'a pas jugé utile de gratter la surface, d'aller voir derrière des paravents luxuriants détournant l'attention de tout le glauque de la situation et de toute la souffrance des victimes, de leur vie brisée et sans issue, entre douleur et culpabilité.

Mettre en scène les rêves et les fantasmes afin d'échapper à une réalité de cauchemar n'est pas nouveau. Zack Snyder ne risque pas de réinventer la roue. Mais les univers disparates s'entrechoquent avec une telle passion et un tel plaisir, l'imagerie est si stimulante qu'on ne peut sortir de Sucker Punch qu'en étant séduit, admiratif d'un résultat final aussi exaltant que fataliste et désespéré. Ainsi, le metteur en scène parvient à orchestrer un Alice au Pays des Merveilles évoluant constamment entre heroic fantasy et esprit très Heavy Metal. Il s'amuse de toutes les couleurs qui peuvent être mises à sa disposition, cachant son asile déshumanisant et vétuste derrière une maison close clinquante et ultra chamarrée échappée des années 50 et de ces musicals cossus et désuets. La frontière entre le réel et la réalité s'estompe un peu plus encore lorsque le corps de Baby Doll est emporté dans une danse en forme de piège et d'échappatoire dérisoire et multiple. Qui prend conscience, encore adolescente, de son pouvoir d'attraction et de séduction.

L'imaginaire est encore un peu enfantin. Mais il est riche, virevoltant et débridé. malgré les tourments et la souffrance endurés. En forme d'épreuves fortement typées jeu vidéo dans leur agencement. Nerveuses, inspirées, spectaculaires, elles distraient l'attention spectateur du drame qui se joue à son insu, à l'image de la puissance d'évocation de la figure du High Roller et de sa menace, qui ne se matérialisera que dans une dernière ligne droite marquée par le désespoir, même si elle est aussi synonyme de libération.

Véritable hymne à l'imaginaire d'une générosité qui n'a malheureusement plus cours aujourd'hui, Sucker Punch a tout de l'oeuvre somme lyrique, ambigüe, en forme d'abandon de soi. Celui de son héroïne comme celui de Zack Snyder, qui ouvre ici une large fenêtre sur ce qui l'anime, sur un univers en forme de fourre-tout inspiré et furieux.

Un visionnaire peut être ? Voilà un mot qui ne manquera pas, sans doute, de faire tousser les tenants de la doxa au bon goût infaillible.

Si elle pouvait par la même occasion s'étrangler...

Behind_the_Mask, dreams are my reality.

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